Oren, défendant Trump, rappelle que personne n’a accusé Obama de l’antisémitisme de gauche
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Interview

Oren, défendant Trump, rappelle que personne n’a accusé Obama de l’antisémitisme de gauche

Le vice-ministre, ex-ambassadeur aux Etats-Unis, affirme que l’antisémitisme n’est pas nouveau dans ce pays et salue la politique “responsable” de Netanyahu de ne pas critiquer la déclaration sur la Journée de l’Holocauste

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Michael Oren, député de Koulanou, à la Knesset, le 20 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Michael Oren, député de Koulanou, à la Knesset, le 20 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ceux qui accusent le président américain Donald Trump d’alimenter l’antisémitisme de droite devraient se rappeler que personne n’a accusé son prédécesseur, Barack Obama, d’avoir nourri l’antisémitisme de gauche, a déclaré jeudi Michael Oren, vice-ministre en charge de la Diplomatie publique.

Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, a également défendu le refus du Premier ministre Benjamin Netanyahu de parler de la déclaration de la Maison Blanche pour la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, qui ne citait pas le peuple juif. Il a déclaré que le Premier ministre avait une politique « responsable ».

« Trop d’importance est accordée à ce que disent ou ne disent pas les gens, et pas à ce qu’ils font. La question n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est fait, a déclaré Oren au Times of Israël. Oui, il y a une poussée de l’antisémitisme, mais la conversation sur le sujet ne va pas dans la bonne direction. »

Pendant ses rencontres avec les délégations républicaines et démocrates du Congrès américain, a déclaré Oren, il lui est souvent dit qu’il est moins important que les crimes de haine soient condamnés qu’ils ne soient stoppés. « La question, c’est de savoir ce qui est fait sur le terrain pour les combattre et les empêcher. »

Ces dernières semaines, en pleine hausse des actes antisémites aux Etats-Unis, notamment avec plusieurs vagues de menaces à la bombe contre des centres communautaires juifs de tout le pays, plusieurs dirigeants juifs américains ont pris à partie la nouvelle administration, qui n’a pas dénoncé catégoriquement la hausse de l’antisémitisme.

Trump a fait taire la semaine dernière un journaliste juif orthodoxe qui l’interrogeait sur cette hausse, affirmant que « je suis la personne la moins antisémite. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Mercredi, Trump a dénoncé pour la première fois les crimes antisémites, comme la profanation d’un cimetière juif du Missouri, où 170 pierres tombales ont été abîmées. Le vice-président Mike Pence s’est rendu au cimetière et a participé aux efforts de restauration.

Netanyahu, depuis la Grande synagogue de Sydney, a rendu hommage à Trump pour sa « position forte contre l’antisémitisme. » Pendant une conférence de presse conjointe avec Trump ce mois-ci, Netanyahu avait affirmé qu’il n’y avait « pas de plus grand soutien du peuple juif et de l’Etat juif » que le président américain.

Oren, qui était un spécialiste reconnu de l’histoire des relations israélo-américaines avant de suivre une carrière diplomatique puis politique, n’a pas nié que l’antisémitisme soit une préoccupation croissante aux Etats-Unis, mais a indiqué qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un phénomène nouveau.

« Evidemment, il y a un problème avec l’antisémitisme, et nous devons le prendre au sérieux », a déclaré Oren, qui est député du parti centriste Koulanou. « Mais, il y a aussi de l’antisémitisme à gauche, et personne n’a accusé Obama de cela. Quand j’étais à Washington [en tant qu’ambassadeur israélien], je n’ai jamais affronté l’antisémitisme de droite, mais j’ai connu beaucoup d’antisémitisme, en particulier sur les campus [universitaires]. Demandez aux étudiants juifs aux Etats-Unis s’ils craignent l’antisémitisme. C’est le cas, et pas celui de droite, mais celui de gauche. »

Barack Obama, alors président américain, avec Michael Oren, alors l'ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, à la Maison Blanche, le 20 juillet 2009. (Crédit : Maison Blanche)
Barack Obama, alors président américain, avec Michael Oren, alors l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, à la Maison Blanche, le 20 juillet 2009. (Crédit : Maison Blanche)

Tout comme Obama ne devait pas être accusé de ces incidents, Trump ne peut pas être accusé de la vague actuelle d’attaques qui semblent être inspirées par des idéologies de droite, a-t-il affirmé.

L’antisémitisme n’est pas nouveau aux Etats-Unis, a déclaré Oren, natif du New Jersey, en citant des incidents survenus pendant sa jeunesse. « Il y a de nombreux précédents. L’antisémitisme était un fait quotidien pendant mon enfance. Je l’ai sans cesse affronté : nos fenêtres ont été brisées, je me battais tout le temps. Il y avait des quotas [de juifs] dans les universités de l’Ivy League [les très grandes universités de la côte est des Etats-Unis, comme Harvard et Yale]. »

La clef pour lutter contre l’antisémitisme d’aujourd’hui repose sur les forces de l’ordre, a-t-il déclaré, défendant des efforts plus importants pour retracer les individus passant les coups de téléphone annonçant la présence de bombe dans des centres communautaires juifs et pour que le FBI déploie plus d’agents pour combattre ce phénomène.

« Quand une bombe a été placée dans ma synagogue, le FBI s’est présenté le lendemain », a-t-il rappelé. Il faisait référence à une attaque qui a eu lieu en 1971 au centre juif de West Orange, le soir où le rabbin Meir Kahane, agitateur israélo-américain raciste, devait s’adresser à la communauté conservatrice.

Oren, qui a été ambassadeur aux Etats-Unis de 2009 à 2013, a refusé de commenter le silence de Netanyahu sur la hausse de l’antisémitisme aux Etats-Unis et la déclaration de la Journée de l’Holocauste. Le Premier ministre avait commencé par refuser de commenter le fait que la Maison Blanche ait omis de citer toute référence au génocide des Juifs dans son communiqué, et il avait ensuite affirmé que les protestations de la communauté juive américaine à ce sujet étaient « déplacées ».

Même s’il n’est lui-même pas d’accord avec l’explication de la Maison Blanche pour ce qu’elle a appelé sa déclaration « inclusive » – que les Juifs ne sont pas les seuls à avoir souffert pendant l’Holocauste – Oren a déclaré qu’il ne s’exprimerait pas pour « critiquer » la nouvelle administration.

Il a plutôt appelé à donner du temps à Trump et son équipe avant de les prendre à partie sur de tels sujets, rappelant qu’il faut six mois à une nouvelle administration avant que ses employés ne sachent seulement où se trouvent les toilettes de la Maison Blanche.

« Nous [Israéliens] avons des sujets cruciaux qui touchent à la sécurité de chacun d’entre nous », a-t-il déclaré, indiquant que les discussions sur l’Iran, la Syrie ou les Palestiniens devaient prendre le pas dans les relations entre Jérusalem et Washington.

Le refus de Netanyahu de commenter le communiqué de la Journée de l’Holocauste était une politique « responsable et lucide » qui se concentre sur le plus important, a déclaré Oren.

Obama, au début de son premier mandat, avait déclaré qu’Israël avait été créé à cause de l’Holocauste, a rappelé Oren. « C’était un narratif problématique, parce qu’il nie fondamentalement l’histoire juive. Mais nous n’en avons pas fait un gros problème. C’était une nouvelle administration, et nous avions des choses importantes à aborder. »

Il a fallu plusieurs années à Obama avant de corriger publiquement sa déclaration, quand dans un discours devant les Nations unies, il avait parlé des racines juives millénaires en Terre d’Israël, a déclaré Oren.

« Laissons à Trump la même opportunité [de corriger ses erreurs] et ne sautons pas sur toutes les petites choses qu’il dit. »

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