Pas de coopération israélo-arabe dans la lutte contre un virus sans frontières
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Pas de coopération israélo-arabe dans la lutte contre un virus sans frontières

Israël ne coordonne pas sa réponse d'urgence avec d'autres pays du Moyen-Orient ; un appel prévu entre Netanyahu et des dirigeants de cette région n'a jamais eu lieu

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Les pèlerins musulmans portent des masques à la grande mosquée de la ville de la Mecque, en Arabie saoudite, le 28 février 2020 (Crédit : Abdel Ghani Bashir/AFP)
Les pèlerins musulmans portent des masques à la grande mosquée de la ville de la Mecque, en Arabie saoudite, le 28 février 2020 (Crédit : Abdel Ghani Bashir/AFP)

L’Autriche avait été l’un des premiers pays européens à imposer des mesures draconiennes pour endiguer l’épidémie de Covid-19, avec notamment un semi-confinement similaire à celui qui a été mis en œuvre par le gouvernement israélien.

Et le chancelier Sebastian Kurz a attribué le mérite de ce passage à l’action rapide à une conversation récente avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Hé, vous, en Europe, vous sous-estimez ce qu’il se passe. Réveillez-vous et agissez », lui aurait dit le leader israélien.

Kurz n’est pas le seul responsable étranger avec lequel Netanyahu s’est entretenu de la pandémie. Il y a deux semaines, ce dernier a organisé une vidéoconférence avec les responsables de six autres pays européens. Il a également discuté avec le vice-président américain Mike Pence et la coordinatrice de la question du coronavirus à la Maison Blanche, la docteure Deborah L. Birx.

Et à peu-près au même moment, Netanyahu avait aussi annoncé qu’il organiserait une vidéo-conférence avec « les leaders des pays du Moyen-Orient ».

Elle n’a jamais eu lieu.

En fait, même si le virus touche la région entière, il n’y a aucune coordination ou coopération entre l’État juif et ses voisins dans la lutte commune contre le Covid-19.

Le Premier ministre Netanyahu s’adresse aux dirigeants européens lors d’une vidéoconférence au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 9 mars 2020 (Crédit : Koby Gideon/GPO)

Avant l’éruption de l’épidémie, Netanyahu n’avait guère caché son dédain pour l’Europe, mais il parlait avec enthousiasme des relations entre Israël et le monde arabe qui, clamait-il, s’approfondissaient. Avec des ennemis communs – l’Iran chiite et le fondamentalisme sunnite – et partageant un intérêt commun pour les innovations et technologies israéliennes, pratiquement tous les États arabes désiraient travailler avec Israël, martelait-il.

Mais, pour une raison obscure, la crise actuelle n’a pas permis de renforcer ces liens.

Jérusalem n’a pas uni ses forces à un quelconque État arabe de la région dans le combat contre la pandémie, pas même avec les deux pays avec lesquels il entretient des relations diplomatiques officielles – l’Égypte et la Jordanie, a fait savoir dimanche un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il y a bien une forme de coopération avec l’Autorité palestinienne, a indiqué le porte-parole qui a ajouté ne pas vouloir donner de détails afin de ne pas mettre en péril ce partenariat – qui n’est pas au goût de tous les Palestiniens.

Dimanche, les autorités chargées de la Santé à Gaza ont annoncé les deux premiers cas de Covid-19 au sein de l’enclave côtière. Il y aurait environ une soixantaine de malades en Cisjordanie, ce qui a amené l’Autorité palestinienne à placer en toute hâte, dimanche, des restrictions drastiques sur la liberté de mouvement, avec notamment un couvre-feu à partir de 22 heures.

Un musulman portant un masque en mesure préventive contre le coronavirus fait un discours pendant la prière du vendredi à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 20 mars 2020 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

« Nous et les Israéliens nous trouvons dorénavant dans une salle d’opération conjointe pour gérer le problème de la contamination et pour prévenir la propagation de la maladie. Nous et eux sommes en danger », a déclaré dimanche le porte-parole du gouvernement de l’AP Ibrahim Milhem lors d’une conférence de presse organisée à Ramallah.

« De plus, nous nous coordonnons avec eux à un haut niveau. Il y a des secteurs que nous contrôlons, d’autres que nous ne contrôlons pas. Nous nous coordonnons à un haut niveau avec les Israéliens pour écarter la contagion, l’écarter de nous, l’écarter d’eux et du monde entier », a-t-il ajouté.

Les porte-paroles du bureau du Premier ministre et du ministère de la Coopération régionale n’ont pas répondu aux requêtes de commentaires soumises par le Times of Israel.

Israël est-il en meilleure posture que les autres pays de la région ?

Netanyahu s’est attribué une grande part du mérite concernant les mesures anticipées qui ont été mises en place pour prévenir la propagation du coronavirus, avec la fermeture des portes du pays aux visiteurs en provenance de Chine, les mises en garde aux voyageurs visant à les dissuader de tout déplacement non indispensable, la mise en auto-quarantaine obligatoire pour les Israéliens de retour sur le territoire et finalement le confinement à domicile, sauf nécessité absolue.

En comparaison avec certains pays d’Extrême-Orient ou d’Europe, l’État juif est dans une bonne forme relative : lundi matin, le nombre de cas confirmés de Covid-19 s’élevait à 1 236. Une personne en est décédée, et une femme de 91 ans se trouve actuellement à l’hôpital dans un état critique.

Jusqu’à présent, un seul cas de coronavirus a été annoncé en Syrie.

Parmi les voisins d’Israël, 294 personnes ont été testées positives au coronavirus en Égypte, 99 en Jordanie et 230 au Liban – mais certains présentent un nombre de morts plus élevés qu’au sein de l’État juif. Quatre personnes ont succombé à la maladie au Liban et dix en Egypte. Aucun décès consécutif au virus n’a été enregistré en Jordanie.

Au Moyen-Orient, plus largement, la situation est quelque peu similaire. Il y a 214 cas en Irak (avec 17 morts), 392 cas en Arabie Saoudite (pas de décès), 52 cas à Oman (pas de morts), 310 cas au Bahreïn (un décès), 481 cas au Qatar (pas de morts) et 153 cas aus Émirats arabes unis (deux décès).

Aucun malade n’a été annoncé au Yémen.

Des Iraniens, dont certains portent des masques de protection dans une rue de la capitale Téhéran le 22 février 2020. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

L’Iran est le sixième pays en termes de contaminations (avec 21 638 cas). Le pays a enregistré 1 685 décès.

Dimanche, le guide suprême iranien a rejeté les offres d’aide des États-Unis pour combattre la pandémie dans son pays, citant une théorie du complot infondée qui prétend que le virus a peut-être été fabriqué par les Américains.

« Peut-être votre offre de médicaments est-elle un moyen de propager encore davantage le virus », a clamé l’ayatollah Ali Khamenei. « Ou que si vous devez nous envoyer des thérapeutes et des médecins, peut-être que ces derniers voudront simplement voir l’effet de ce poison, dans la mesure où il a été dit qu’une partie de virus avait été créée pour l’Iran ».

La République islamique fait l’objet de sanctions américaines étouffantes qui empêchent le pays de vendre son pétrole brut et d’accéder aux marchés financiers internationaux. De hauts responsables de Téhéran ont récemment vivement recommandé à la communauté mondiale d’ignorer ces sanctions, disant que les difficultés financières rendaient plus dures la prise en charge par le pays de ses malades.

Adam Rasgon et l’AFP ont contribué à cet article.

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