Pénurie imminente de missiles intercepteurs ? Les experts écartent tout risque d’épuisement
Des informations évoquent des stocks sous pression à Jérusalem ; des experts rappellent qu’une baisse de stock est normale en guerre et qu’Israël s’y est probablement préparé
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Alors qu’Israël et les États-Unis puisent dans leurs stocks de missiles intercepteurs pour contrer les tirs incessants de missiles lancés depuis l’Iran, ainsi que de roquettes et de drones tirés depuis le Liban par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, les spéculations sur une éventuelle pénurie de munitions vont bon train.
Si les responsables israéliens cherchent à tempérer ces inquiétudes, les experts estiment qu’il n’y a guère lieu de s’alarmer, malgré les délais généralement nécessaires à la production de nouveaux intercepteurs.
Pour des raisons de sécurité opérationnelle, le niveau réel des stocks reste un secret bien gardé.
Samedi, un article du site d’information américain Semafor a rapporté qu’Israël aurait informé les États-Unis, la semaine précédente, que ses stocks d’intercepteurs de missiles balistiques étaient « au plus bas », selon des responsables américains proches du dossier.
Le même jour, le gouvernement israélien a approuvé le transfert de 2,6 milliards de shekels supplémentaires du budget au ministère de la Défense pour des « achats de défense urgents et essentiels ».
Une publication antérieure du Washington Post, selon laquelle les États-Unis transféraient des éléments de leur système de défense THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) de Corée du Sud vers le Moyen-Orient, a également alimenté les spéculations.
Cependant, selon les sources citées, il s’agissait avant tout d’une mesure de précaution, sans indication d’une pénurie immédiate d’intercepteurs dans la région.
L’attention portée à cette question s’explique par le rôle central des intercepteurs dans la stratégie de défense d’Israël. La principale menace posée par Téhéran et ses mandataires dans la région étant aérienne – missiles, roquettes et drones – Israël repose fortement sur un système de défense multicouche destiné à intercepter ces projectiles en vol avant qu’ils n’atteignent leur cible.
Sans ces intercepteurs, les centaines de missiles et de roquettes lancés contre Israël depuis le début de la guerre, le 28 février, auraient probablement causé des dégâts considérables, les abris renforcés constituant alors la seule protection.
Des rumeurs sur un possible épuisement des stocks d’intercepteurs circulaient déjà avant le lancement par Israël, le 28 février, de l’opération Lion rugissant contre les dirigeants du régime iranien et ses infrastructures militaires.
Au début du conflit, Tal Inbar, expert en politique aéronautique, en espace et en systèmes de missiles, avait indiqué au Times of Israel que Jérusalem et Washington avaient probablement intégré la question des stocks d’intercepteurs dans leur planification.
« La quantité de missiles intercepteurs a, à mon avis, été prise en compte tant aux États-Unis qu’en Israël », avait-il déclaré. « Les plans opérationnels ont intégré la durée de la campagne ainsi que les capacités [des deux pays] non seulement d’intercepter les missiles, mais aussi de prévenir des frappes en détruisant des sites en Iran. »
Cette analyse semble correspondre à la position officielle d’Israël. Dimanche, l’armée israélienne a rejeté les informations selon lesquelles le pays commencerait à manquer de missiles intercepteurs.
Un responsable militaire de Tsahal a affirmé aux journalistes que l’armée ne souffrait d’aucune pénurie de missiles intercepteurs. « Nous nous sommes préparés à un conflit prolongé. Nous surveillons la situation en permanence », a-t-il déclaré.
Yinon Yavor, directeur de l’École d’ingénierie mécanique de l’Afeka College et du Centre Afeka pour les matériaux énergétiques, a estimé que les sources anonymes à l’origine de ces allégations pourraient être motivées par d’autres considérations.
« Je pense que quelque chose d’autre motive ces affirmations. Quelqu’un souhaite peut-être raccourcir la durée de la guerre », a-t-il confié au Times of Israel.
Même si ces rumeurs contenaient une part de vérité, Yavor a souligné qu’Israël ne se retrouverait pas nécessairement à court de moyens.
« Il s’agit de missiles défensifs », a-t-il expliqué, notant que des alliés européens disposant de leurs propres stocks d’intercepteurs, notamment l’Allemagne, seraient plus enclins à aider Israël à reconstituer ses capacités. « Ce n’est pas comme si vous leur demandiez un missile pour frapper Téhéran… vous leur demandez des missiles qui sauveront des civils. »
Les complexités de la défense antimissile
Le système de défense antimissile Arrow 3 d’Israël est actuellement son dispositif de défense à longue portée le plus avancé. Il est conçu pour intercepter des missiles balistiques, tels que ceux tirés depuis l’Iran, alors qu’ils se trouvent encore en dehors de l’atmosphère terrestre.
D’autres systèmes de défense aérienne, tels que le Dôme de fer et la Fronde de David, sont conçus pour intercepter des projectiles à plus courte portée, notamment les roquettes tirées par le Hezbollah depuis le Liban. Cela signifie que l’implication de ce mandataire iranien dans les combats en cours ne mobilise pas les mêmes ressources que celles nécessaires pour contrer les missiles balistiques iraniens.
Les missiles balistiques, qui suivent une trajectoire prédéfinie, sont généralement considérés comme plus difficiles à intercepter que d’autres types de projectiles.
Dans un article publié par l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), le chercheur principal Yehoshua Kalisky explique qu’un missile balistique se compose d’un moteur, d’un corps contenant le carburant, de capteurs et d’une ogive.
Le moteur propulse le missile à grande vitesse avant de se détacher une fois le carburant épuisé. Le corps restant poursuit alors sa trajectoire en dehors de l’atmosphère avant de redescendre vers sa cible. Au cours de cette phase, il peut déployer des leurres, une ogive manœuvrable ou des munitions à fragmentation, ce qui rend l’interception précise particulièrement difficile.
Pour les missiles tirés vers Israël depuis des pays comme l’Iran ou le Yémen, les interceptions ont idéalement lieu en dehors de l’atmosphère et loin de l’espace aérien israélien, afin que les débris retombent hors du territoire israélien.
« Pour éviter les dommages collatéraux ou les blessures causés par une interception manquée, le missile doit être intercepté loin de sa cible », a écrit Kalisky.
Les missiles équipés d’ogives à fragmentation, largement utilisés au cours des combats en cours, ajoutent une difficulté supplémentaire à l’interception. Idéalement, ils doivent être neutralisés avant le déploiement des sous-munitions, qui dispersent des dizaines de charges explosives dans toutes les directions.
« Cela pose des défis supplémentaires aux intercepteurs, car ces missiles doivent être neutralisés à une plus grande distance », a expliqué Ari Cicurel, directeur adjoint chargé de la politique étrangère à l’Institut juif pour les affaires de sécurité nationale, au Times of Israel. Il a précisé que les missiles à fragmentation libèrent généralement leurs munitions au moment de leur entrée dans l’atmosphère.
Bien que les effets des sous-munitions soient moins destructeurs individuellement, leur utilisation exerce une pression accrue sur les stocks d’intercepteurs, a-t-il ajouté.
Les inquiétudes concernant les stocks refont surface en temps de guerre
Ce n’est pas la première fois que des interrogations sur les stocks d’intercepteurs israéliens émergent lors d’un conflit avec l’Iran.
Des informations similaires concernant un prétendu épuisement des stocks avaient déjà circulé dans les médias internationaux lors de la guerre de juin 2025, des informations également démenties par Tsahal.
Il est impossible de vérifier de manière indépendante les affirmations des médias ou de Tsahal concernant l’état des stocks de missiles intercepteurs, Israël ne communiquant généralement pas d’informations publiques sur la disponibilité de ses munitions.
Ces stocks restent toutefois par nature limités et dépendent du temps nécessaire à la production de nouveaux missiles.
En décembre 2025, le ministère de la Défense a signé un accord de plusieurs milliards de shekels avec Israel Aerospace Industries afin d’augmenter la production de missiles intercepteurs Arrow 3.
« Dans toute guerre, les stocks finissent par diminuer », a déclaré Cicurel.
Lors de la guerre de juin 2025, l’Iran avait lancé de vastes salves de missiles sur Israël, par vagues destinées à submerger les défenses aériennes, contrairement aux salves plus limitées observées dans le conflit actuel.
Même avec un taux d’interception élevé, chaque missile entrant nécessite souvent plusieurs intercepteurs pour garantir sa destruction, ce qui signifie que les stocks défensifs peuvent être consommés bien plus rapidement que prévu.
Un missile Arrow 3 coûte entre 2 et 3 millions de dollars et nécessite plusieurs mois de production, même si Israël ne communique pas publiquement les délais exacts pour des raisons de sécurité.
« Israël a eu huit mois pour se réapprovisionner, ce qui lui a permis de renforcer ses capacités », a ajouté Yavor. « Je pense qu’il disposait du temps et des capacités de production nécessaires pour le faire. »
Les intercepteurs THAAD américains auraient également été largement sollicités lors de la guerre de 12 jours en juin. Selon des informations publiées plusieurs semaines après le conflit, les forces américaines auraient tiré entre 100 et 150 missiles THAAD, dont le coût unitaire est estimé à 12,7 millions de dollars, contribuant à intercepter environ 500 missiles tirés par l’Iran.
Environ un quart du stock américain de missiles intercepteurs THAAD aurait été utilisé au cours de cette guerre.
À l’instar d’Israël, la pression sur les stocks américains semble avoir poussé Washington à accélérer ses efforts de réapprovisionnement. L’an dernier, les États-Unis ont lancé le Munitions Acceleration Council, qui, selon le département de la Défense, « s’est engagé dans une augmentation de la production », reflétant une inquiétude croissante face à l’inadéquation des cadences actuelles aux conflits modernes, où les missiles jouent un rôle central.
Un récent article du Washington Post, citant trois sources anonymes proches du dossier, affirme que les États-Unis pourraient être « à quelques jours » de devoir commencer à rationner leurs moyens de défense aérienne.
De hauts responsables militaires américains ont toutefois publiquement démenti ces informations. Le général Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major, a déclaré lors d’un briefing disposer « de suffisamment de munitions de précision pour la tâche à accomplir, tant en matière d’attaque que de défense ».
La pression sur les stocks d’intercepteurs ne concernerait pas uniquement les États-Unis et Israël.
Selon The Economist, des États du Golfe, tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, également visés par des tirs de missiles iraniens depuis le début de la guerre, le 28 février, sembleraient eux aussi puiser dans leurs réserves.
L’Iran s’adapte à une guerre plus longue
Alors qu’Israël intercepte les missiles entrants, il cherche également à réduire la menace en ciblant les lanceurs et les stocks avant qu’ils ne soient lancés.
Les experts décrivent le conflit comme une course, dans laquelle Israël et les États-Unis tentent de neutraliser les capacités de lancement de missiles et de drones de l’Iran avant que leurs propres stocks d’intercepteurs ne s’amenuisent.
Après plusieurs semaines de frappes aériennes intensives, Cicurel a estimé que l’état des stocks de missiles balistiques iraniens n’était « pas bon ».
« Les stocks de missiles balistiques auront certainement été fortement réduits, ne serait-ce qu’en raison du nombre de tirs effectués et de l’ampleur des destructions causées par les frappes américaines et israéliennes », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que cette phase du conflit s’était révélée plus efficace que celle de juin pour cibler les sites de production de missiles iraniens, ce qui limite la capacité de la République islamique à reconstituer ses stocks pendant la guerre.
L’Iran semble également adapter sa stratégie à l’érosion de ses capacités et à la perspective d’un conflit prolongé. Cette approche consiste à économiser ses missiles tout en en lançant suffisamment pour perturber les défenses israéliennes, dans l’espoir d’épuiser les stocks d’intercepteurs adverses.
Cicurel a qualifié cette tactique de « guerre psychologique ».
« Nous avons observé une baisse significative du volume des tirs iraniens, car ils sont passés d’attaques de grande ampleur à une logique de guerre d’usure », a-t-il expliqué, « tirant moins de missiles par salve, mais multipliant les attaques au fil de la journée. »
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