Plus de tirs du Hezbollah mais pas de répit non plus : les habitants de Nahariya n’en voient pas la fin
Après six semaines d'attaques incessantes du Hezbollah, les habitants de cette ville du nord d'Israël se sentent déconcertés et trahis par la soudaine décision du gouvernement de cesser les combats
NAHARIYA — La semaine dernière, moins d’une heure avant que n’entre en vigueur le cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Hezbollah, à minuit, dans la nuit de jeudi à vendredi, le Hezbollah a tiré une salve de roquettes sur le nord d’Israël.
À Nahariya, la chute de fragments d’une interception a endommagé un centre communautaire et modérément blessé un homme dans la quarantaine. À Karmiel, à 31 kilomètres de là, des roquettes tirées par le groupe terroriste libanais soutenu par l’Iran ont grièvement blessé une jeune fille de 17 ans et un motard de 25 ans, auxquels s’ajoutent vingt blessés légers, dont 7 enfants.
En ce vendredi matin, venteux et calme, au lever du soleil, le cessez-le-feu tient – pour l’instant.
Shimmy Levy, un habitant de Nahariya qui vit à quelques rues du centre communautaire, est sur le trottoir avec ses deux fils, âgés de 6 et 10 ans, en train d’examiner les dégâts causés par les tirs de la nuit passée.
« Heureusement, les roquettes ont été tirées de nuit, les enfants n’étaient pas à la maternelle », explique Levy au Times of Israel, en désignant la maternelle, face au centre communautaire, que son plus jeune fils a fréquentée pendant deux ans.
Plane encore dans l’air l’odeur du caoutchouc brûlé. Les employés municipaux nettoient les débris et autres vitres brisées. Les automobilistes passent en ralentissant en montrant du doigt le mur d’enceinte du centre, qui accueille divers cours et activités, dont les traces d’impacts sont bien visibles.
« Je suis allé à cette maternelle », déclare Amit Levy, six ans, en regardant à travers la clôture la cour de récréation, légèrement endommagée.
Le cessez-le-feu a semblé tenir toute la nuit, même si l’armée libanaise a accusé Israël de l¡avoir enfreint en bombardant de manière intermittente plusieurs villages du sud-Liban.
Depuis le début de la guerre, le 28 février dernier, lorsqu’Israël a lancé sa campagne contre l’Iran, aux côtés des États-Unis, pour affaiblir les capacités militaires du régime iranien, le Hezbollah a tiré sans relâche des milliers de roquettes sur le nord d’Israël.
Moshe Davidovich, président du Conseil régional Mateh Asher, qui borde Nahariya en Galilée occidentale, estime que l’accord de cessez-le-feu a été « conclu à Washington » mais qu’il « se paye dans le sang, les maisons détruites et les communautés démantelées d’ici ».
Le maire de Nahariya, Ronen Marely, n’a pas répondu à une demande de commentaire.
« J’espère que le Hezbollah va bien se tenir pendant cette période importante. Ce serait FORMIDABLE qu’ils le fassent. Plus de morts. Il faut enfin instaurer la PAIX ! » a écrit Trump sur Truth Social peu de temps après le début du cessez-le-feu.
« Nous espérons qu’il s’agit d’un véritable cessez-le-feu, durable, et non temporaire », ajoute Levy. « On ne veut pas d’une nouvelle manche et d’une autre, encore près. »
Bien loin du soulagement, et plus loin encore de la jubilation de Trump, les habitants du nord se disent déçus, apeurés et dans l’incertitude face à ce soudain cessez-le-feu.
Sur le trottoir, Yechiam Konsker a une mine amusée.
« C’est la sixième fois que je vois des endroits bombardés à Nahariya », dit-il en secouant la tête en constatant les dégâts.
Il estime que la décision du gouvernement d’accepter le cessez-le-feu est « mauvaise ». Puis il fait une pause et ajoute : « Comment dit-on en anglais ? C’est indéniablement mal. »
Dans le centre-ville de Nahariya, à moins d’un kilomètre et demi de là, les gens sont là, bien plus nombreux que pendant la guerre, au moment où le Hezbollah a tiré un grand nombre de roquettes sur la ville.
Sima Haziza est passée chez Home and Kitchen acheter des sets de table avant d’aller acheter des halot pour le repas du vendredi soir.
En entendant la salve de roquettes, la nuit passée, elle a pensé : « Ça y est, cette fois, l’immeuble va y passer. »
« J’ai fait une crise de panique et commencé à hurler », confie-t-elle.
Interrogée à propos du cessez-le-feu, elle répond qu’il ne durera pas.
« Nous allons bientôt recommencer à souffrir », dit-elle. « Les soldats recommenceront à se battre et leurs mères, à ne plus dormir la nuit. »
Haziza déclare avec véhémence que « l’Amérique ne devrait pas décider pour Israël. »
Mais le propriétaire du magasin, Eli Guetta, fait observer : « Israël n’a pas eu le choix, à partir du moment où l’Amérique a demandé le cessez-le-feu. »
Un des clients de la boutique, Itzik Kobi, venu choisir un verre à kiddouch, se joint à contrecœur à la conversation.
« Quel cessez-le-feu ? » dit-il en haussant les sourcils, avant de quitter le magasin.
Guetta explique que le fils d’Itzik, Idan Kobi, qui était infirmier dans la brigade parachutiste, a été tué au combat dans le sud-Liban pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006.
Un silence pesant s’installe.
« Nous ne sommes pas naïfs », assure Guetta, dont les parents sont venus de Libye pour s’installer en Israël. « Ce n’est pas la fin de cette guerre ni la fin des guerres. Tant que nous serons là, il y aura la guerre. » Après quoi il se saisit de son téléphone pour montrer au Times of Israel une photo de sa fille, enseignante à Herzliya, déguisée pour une fête de Pourim le matin-même.
« C’est un Pourim en retard », dit Guetta avec un rire irrépressible, en parlant de cette fête juive célébrée il y a de cela un mois et demi.
Au coin de la rue, Yossi Attias s’arrête au Social Justice, café qui appartenait à l’ami de son fils, Uri Peretz, tué par une roquette du Hezbollah à Nahariya le 26 mars dernier.
Le café est fermé, mais les gens s’y arrêtent pour mettre des fleurs et regarder la photo de Peretz, qui était père de quatre enfants.
« Le gouvernement a capitulé face à l’Iran et aux États-Unis », affirme Attias d’une voix morose. « Les Iraniens disent : ‘Oui, oui’, mais ils font ce qu’ils veulent. »
À quelques pas, Gil Kohen, Gal Arnon et Eliya Leizer, qui participent à un programme Shnat Sherut (une année de service civique), ont installé une table sur le trottoir pour distribuer des drapeaux israéliens aux passants en l’honneur de la fête de l’Indépendance, qui sera célébrée mercredi.
« Je suis très optimiste », assure Kohen, 18 ans, en apposant sur un paquet de drapeau un autocollant sur lequel on peut lire « Nous allons traverser tout ça ensemble ».
Les trois expliquent qu’ils terminent leur année de service bénévole, qu’ils ont passée à travailler avec des enfants et des jeunes des centres communautaires et des écoles de Nahariya. Kohen et Arnon espèrent intégrer des unités de combat de Tsahal cet automne.
À ce moment-là, le propriétaire d’un restaurant voisin vient leur apporter des boissons et les invite « gracieusement » à déjeuner.
Le trottoir se remplit de monde et soudain, il règne comme une ambiance festive dans cette ville sous le feu des roquettes depuis février.
« Enfin, nous pouvons dire ‘joyeuses fêtes’, » dit Leizer en distribuant un drapeau. « Pourvu que cela dure. »
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