Pour certains Juifs désireux de partir en Israël, Trump est la solution, pas le problème
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'Israël est l’endroit où je vais pouvoir vivre la vie que je veux vivre de la manière la plus optimale possible'

Pour certains Juifs désireux de partir en Israël, Trump est la solution, pas le problème

Alors que 1 500 immigrants potentiels se sont regroupés à l’occasion d’un Salon exceptionnellement important, c’est un mélange de facteurs politiques et personnels qui influence leur décision de vivre en Terre Sainte

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Image d'illustration du salon Salon organisé par Nefesh B’Nefesh à Midtown,  à Manhattan, le 26 février.
Image d'illustration du salon Salon organisé par Nefesh B’Nefesh à Midtown, à Manhattan, le 26 février.

La famille Parkins – quatre personnes – semble ne plus savoir où donner de la tête dans le vaste hall du John Jay College dans le quartier de Midtown, à Manhattan. Après une nuit entière passée en voiture depuis Chicago, ces visiteurs, l’air un peu négligé, clignent des yeux face aux centaines de personnes qui se sont rendues, comme eux, à cet événement annuel massif consacré à la promotion de l’immigration en Israël.

Les parents, Andrea et Paul, ont visité Israël il y a trois ans et sont tombés amoureux du pays. Avec deux adolescents en âge d’être au lycée, le déracinement de la famille n’est pas toutefois une décision à prendre à la légère.

Alors que nous lui demandons, lors de ce Salon organisé par Nefesh B’Nefesh le 26 février, si le climat politique actuel aux Etats Unis a pesé dans leur décision de partir, Paul laisse échapper un petit gloussement et répond : « Non ». Andrea, pour sa part, hésite et dit : « Eh bien, peut-être un peu ».

« Faire l’alyah “était déjà quelque chose d’inscrit à notre programme », explique-t-elle.

La famille, qui appartient à deux communautés minoritaires en cela qu’elle est à la fois noire et juive, a déjà soumis une grande partie des documents administratifs nécessaires. Et elle compte bien achever son processus d’immigration – et bientôt.

Désignant les enfants d’un geste de la main, Andrea ajoute : « Nous pensons à l’avenir ».

La famille Parkins est venue en voiture de Chicago – un trajet qui a duré toute la nuit – pour arriver à temps au Salon organisé par Nefesh B’Nefesh le 26 février à New York pour les Juifs intéressés par l’immigration en Israël (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
La famille Parkins est venue en voiture de Chicago – un trajet qui a duré toute la nuit – pour arriver à temps au Salon organisé par Nefesh B’Nefesh le 26 février à New York pour les Juifs intéressés par l’immigration en Israël (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Avec une hausse récente des attaques antisémites aux Etats Unis, l’inquiétude que nourrit Andrea au sujet de l’avenir de ses enfants en Amérique pourrait bien être fondée.

Lundi, une autre série d’alertes à la bombe dans des centres communautaires juifs a fait monter le chiffre total de tels incidents récents à 90 dans 73 lieux différents.

Ces alertes, commises à la fois dans des centres communautaires juifs et dans des externats, ont eu lieu dans 30 états et dans une province du Canada au cours de cinq vagues qui se sont échelonnées au mois de janvier et au mois de février. (Et c’est peut-être pour cela que les mesures de sécurité étaient importantes pour protéger le campus lors du Salon organisé dimanche par Nefesh B’Nefesh – depuis les détecteurs de métaux à l’entrée jusqu’à une présence policière visible dans les halls d’exposition).

Suite à la profanation de deux cimetières juifs aux Etats Unis et après cette nouvelle série d’alertes à la bombe par téléphone, Isaac Herzog, leader du parti travailliste, a appelé lundi le gouvernement israélien à « préparer et à établir dans l’urgence un programme national qui puisse anticiper la possibilité que nous devions affronter des vagues d’immigration de nos frères juifs en Israël ».

‘L’Etat d’Israël est prêt, quel que soit le nombre d’immigrants qui viendront’

Une journée auparavant, dans le cadre du Salon de dimanche, la ministre de l’Intégration Sofa Landver avait dédaigné l’idée d’une nouvelle vague d’immigration depuis les Etats Unis. Malgré tout, elle avait assuré aux journalistes que « l’Etat d’Israël est prêt, quel que soit le nombre d’immigrants qui viendront ».

Après avoir salué un grand groupe de futurs citoyens encore adolescents et leurs parents, Landver avait reconnu une croissance de l’antisémitisme américain.

Mais elle a indiqué au Times of Israel que l’administration Trump renforcerait les liens entre l’état juif et son “grand frère”, les Etats Unis, déclarant que tandis qu’elle espère que l’immigration sera suscitée par “le désir d’être chez soi”. Hélas, lorsque l’antisémitisme atteint un certain niveau, « il peut pousser les gens à revenir chez eux [en Israël] », a-t-elle ajouté.

Parmi la population juive diverse avec laquelle le Times of Israel s’est entretenu dimanche, l’élan de l’immigration découle d’un mélange de raisons personnelles et politiques.

Depuis les jeunes recrues de 18 ans qui intègreront l’armée israélienne jusqu’aux retraités nonagénaires, la décision de quitter les Etats Unis est en grande partie motivée par un désir de vivre l’avenir en Israël et, à une portée moindre, à la relation entretenue avec le président américain Donald Trump.

‘Chacun dans son coin sur le ‘ring de boxe’ américain’

Pour Cindy et Gil Roter, l’influence politique sur la décision qu’ils ont prise « est très inconsciente », estime Cindy.

Le couple Roters soutient Trump, qu’il a considéré tout de suite comme le seul candidat pro-israélien. Pour Gil, cela « a été un vote à enjeu unique », dit Cindy, enseignante, qui indique avoir mis le libéralisme de côté et voté exclusivement sur la base d’Israël, de la sécurité nationale et de l’économie.

Cindy et Gil Roter sont des partisans du président américain Donald Trump, qu’ils considèrent comme le seul candidat pro-israélien (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
Cindy et Gil Roter sont des partisans du président américain Donald Trump, qu’ils considèrent comme le seul candidat pro-israélien (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

En ce qui concerne l’élection présidentielle controversée et la période qui a suivi, elle a indiqué que c’était comme si, dans sa sphère sociale, chacun avait pris place dans son coin sur un ring de boxe et passé ses gants.

Et en recommençant une nouvelle vie ailleurs, dit-elle, elle aura le sentiment, avec son époux, médecin, de « prendre un nouveau départ ».

Les Roters ont assisté à une session portant sur le transfert de l’autorisation d’exercer la médecine de Gil en Israël, une parmi plus de 50 sessions et ateliers sur tous les aspects de la vie en Israël qui se sont tenus dans le cadre du Salon.

Organisé en coopération avec le ministère israélien de l’Immigration et de l’Intégration, l’Agence Juive, Keren Kayemeth LeIsrael, et JNF-USA, l’événement a attiré un nombre record de 1 500 personnes et offert ce que NBN a qualifié d’ « expérience de programmation de l’Alyah grandeur nature » – depuis des rencontres avec des professionnels de l’emploi et des juristes à des stands avec des déménageurs et des professionnels du secteur de l’immobilier.

Des salons similaires auront lieu à Toronto, Montréal et à Los Angeles au début du mois de mars.

En plus de la ministre Landver, d’autres personnalités israéliennes venues saluer les participants étaient présentes. Parmi elles, des maires, l’ancien membre de la Knesset Dov Lipman, le comédien Joel Chasnoff qui a agréablement diverti les recrues – et un groupe orthodoxe, bruyamment gai, qui a entonné des chants a-capella sans relâche.

Plus de 50 sessions et ateliers consacrés à tous les aspects de la vie en Israël ont animé l’événement organisé par Nefesh B’Nefesh à New York, le 26 février (Crédit : Shahar Azran)
Plus de 50 sessions et ateliers consacrés à tous les aspects de la vie en Israël ont animé l’événement organisé par Nefesh B’Nefesh à New York, le 26 février (Crédit : Shahar Azran)

Fondé en 2002, Nefesh B’Nefesh travaille à travers toute l’Amérique du nord et le Royaume Uni en coopération avec le gouvernement israélien et l’Agence juive pour Israël avec pour objectif de sensibiliser sur la question de l’immigration au sein de l’état juif.

Alors que l’immigration n’est jamais facile, NBN tente de réduire “les obstacles financiers, professionnels, logiques et sociaux de l’Alyah”. Selon NBN, son travail a permis un taux de maintien de 90 % des nouveaux arrivants dans le pays sur les plus de 50 000 immigrants qu’il a aidés à faire venir en Israël.

Pour certaines personnes présentes au salon, l’alyah était plutôt envisagée dans quelques années ou à la retraite. Pour d’autres, comme Miriam, âgée de 19 ans, c’est une proposition imminente.

L’adolescente juive orthodoxe modestement vêtue et originaire de Long Island explique vouloir déménager dans les prochaines années parce qu’Israël « est l’endroit où je vais pouvoir vivre la vie que je veux vivre de la manière la plus optimale possible ».

Tandis qu’elle n’est ni impliquée, ni intéressée par la politique américaine – elle n’a pas voté lors des récentes élections même si sa mère, qui l’accompagne, a pour sa part voté pour Trump – Miriam explique que « le fait que rien ne me parle plus ici ne fait que m’aider ».

Le moment venu de retourner ‘chez soi’

Au Salon de New York, un étage entier est consacré aux Israéliens vivant aux Etats Unis qui ont pris la décision de retourner vivre au sein de l’état juif. Selon plusieurs couples que le Times of Israel a approché, c’est simplement, à leurs yeux, « le moment venu de retourner chez soi ».

Pour la famille Rubenchik toutefois, l’ère de Trump est directement à l’origine de l’intérêt qu’ils portent dorénavant à leurs droits et à leurs devoirs concernant un éventuel retour en Israël.

Après 30 années passées aux Etats Unis, Motti Rubenchik compare la nouvelle administration à l’ascension de l’Allemagne nazie. Disant qu’il ne souhaite pas répéter des erreurs historique, le dentiste – et sa femme, anesthésiste – réfléchissent tous deux très sérieusement à retrouver les racines de leur famille.

Motti et Naomi, qui n’ont soutenu aucun des deux candidats lors de la course à la présidentielle, expliquent que « nous n’avons pas pu nous résoudre à voter ». Avec l’ascension de Trump, néanmoins, Naomi reconnaît qu’ils ont « très peur ».

« Nous ne pensions pas que nous en arriverions là », dit-elle, tout en ajoutant qu’alors qu’ils ne désirent pas nécessairement retourner en Israël, « nous n’avons nulle part ailleurs où aller ».

Larry et Judy Polsky, un couple de retraités de Riverdale, à New York, dont la fille habite en Israël depuis 2009 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
Larry et Judy Polsky, un couple de retraités de Riverdale, à New York, dont la fille habite en Israël depuis 2009 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Les sentiments exprimés par le couple Rubenchik sont indubitablement minoritaires auprès des participants rencontrés lors de l’événement de dimanche, ce qui semble démentir les statistiques nationales selon lesquelles seulement 30 % des Juifs auraient voté pour Trump.

La majorité de ceux avec lesquels le Times of Israel s’est entretenu ont plutôt fait part d’un état d’esprit proche de celui de Larry et de Judy Polsky, un couple retraité de Riverdale dont la fille vit en Israël depuis 2009.

Alors qu’ils attendent la naissance de leur premier petit-enfant, ils réfléchissent à déménager en Israël, pays qui, ont-ils dit, a dorénavant un ami puissant aux Etats Unis avec Donald Trump à la présidence.

L’administration Obama était très anti-israélienne et elle a fait des « dégâts irréparables » à l’état juif avec son « accord désastreux avec l’Iran », dit Larry, un docteur à la retraite souriant. D’un autre côté, « Trump protègera véritablement Israël », ajoute-t-il.

C’est une idée fausse de penser que la nouvelle administration pousse les Juifs à partir en Israël, estime-t-il. C’est complètement le contraire : Aujourd’hui, la communauté peut se sentir « particulièrement à l’aise » lorsqu’elle envisage un départ en Israël.

« L’élection de Trump renforce le désir de faire l’alyah parce que dorénavant, Israël a un avenir », dit Polsky.

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