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Pour ses 100 ans, le mouvement réformé veut renforcer ses liens avec Israël

Lors de sa conférence biannuelle à Jérusalem, l'Union mondiale pour le judaïsme progressiste rouvrira son siège Beit Shmuel en tant que centre culturel et espace événementiel

Conférence Connections 2023 de l'Union mondiale pour le judaïsme progressiste à Jérusalem (Crédit : WUPJ)
Conférence Connections 2023 de l'Union mondiale pour le judaïsme progressiste à Jérusalem (Crédit : WUPJ)

À l’occasion de son centenaire, l’Union mondiale pour le judaïsme progressiste (World Union for Progressive Judaism – WUPJ) célébrera cette semaine non seulement ses 100 ans lors de sa conférence biennale à Jérusalem, mais aussi la réouverture de son siège rénové, Beit Shmuel, un espace que le mouvement décrit comme l’incarnation de ses valeurs historiques, de son lien profond avec Israël et de son approche ouverte du monde juif.

Ces principes, explique le président de la WUPJ, Sergio Bergman, sont particulièrement cruciaux alors que la guerre de deux ans à Gaza semble toucher à sa fin, et que le peuple juif traverse une période charnière.

« Le monde juif est en transition depuis le 7-Octobre, et la seule manière de relever les défis qui se présentent est de ne pas perdre de vue nos valeurs », confie Bergman au Times of Israel. « Nous devons faire preuve de courage et trouver la force d’ouvrir le débat sur la manière d’avancer et d’opérer les changements nécessaires. Comme l’a dit Rebbe Nahman de Breslev, nous devons traverser le pont étroit, sans crainte. »

La WUPJ affirme représenter quelque 1,8 million de Juifs dans plus de 50 pays, dont une grande partie appartient au mouvement réformé américain, la plus importante dénomination juive aux États-Unis. Ce congrès marque le centenaire du réseau réunissant les mouvements réformé, libéral, progressiste et reconstructionniste, ainsi que plus de 50 ans de présence en Israël, dans son siège de Beit Shmuel, au cœur de Jérusalem. Le mouvement se réunit cette semaine avec l’ambition de toucher davantage d’Israéliens et de réaffirmer son soutien à Israël dans les communautés juives du monde entier.

Le sommet de quatre jours, prévu du 22 au 25 octobre, proposera divers ateliers et des offices dans la section égalitaire du mur Occidental. La WUPJ indique qu’il réunira des responsables du Keren Hayesod, des Fédérations juives d’Amérique du Nord, de l’Organisation sioniste mondiale et d’autres institutions, aux côtés de 170 délégués venus de 50 pays.

L’un des moments forts de la conférence est la réouverture de Beit Shmuel, entièrement rénové après plusieurs années d’inactivité et rebaptisé “nouveau centre mondial du judaïsme progressiste”.

« Plutôt que de simples bureaux vieillissants, nous concevons désormais ce bâtiment comme un espace ouvert : un lieu pour connecter nos communautés, former nos dirigeants, et accueillir un centre culturel et éducatif accessible à l’ensemble de la société israélienne afin d’explorer nos valeurs communes », a déclaré Bergman.

Sergio Bergman, président de l’Union mondiale pour le judaïsme progressiste (Crédit : WUPJ)

Plus important encore, ajoute-t-il, cette réouverture réaffirmera l’engagement du mouvement envers Israël, conformément à la vision du fondateur de Beit Shmuel lors de la conception du bâtiment en 1973. Ce réengagement intervient alors que les sondages montrent des divisions croissantes parmi les Juifs américains sur la question israélienne, à la suite de l’invasion et du pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui ont déclenché la guerre à Gaza.

Il existe peu de sondages portant spécifiquement sur la position des Juifs réformés concernant la guerre. Mais une étude du Pew Research Center menée en 2020 indiquait que, si la majorité des Juifs réformés se disent émotionnellement attachés à Israël, ce niveau d’attachement, ainsi que d’autres indicateurs de lien avec Israël, demeure inférieur à celui des Juifs conservateurs ou orthodoxes.

L’American Union for Reform Judaism (URJ) est attachée à Israël en tant qu’État juif et démocratique, et soutient officiellement la création d’un État palestinien.

« Lorsque [l’ancien président de la WUPJ] le rabbin Richard Hirsch est arrivé en Israël, il souhaitait que le mouvement réformé se démarque de l’approche des premiers dirigeants allemands, qui considéraient le judaïsme comme une religion universelle n’ayant pas besoin de prier en direction de Sion », explique Bergman. « Son objectif était d’affirmer plus clairement l’engagement envers le sionisme, et il a pris la décision très concrète de transférer le siège de la WUPJ des États-Unis à Jérusalem. Le Hebrew Union College venait d’être construit sur King David Street, et il s’est installé à l’arrière du bâtiment dans une caravane pour fonder ce qui allait devenir Beit Shmuel. »

Beit Shmuel est devenu une institution dynamique, accueillant spectacles culturels, conférences, séminaires et autres événements. Mais les activités se sont progressivement arrêtées dans les années 2010, et le bâtiment était quasiment vide lorsque la décision a été prise de le fermer pendant la pandémie de COVID.

L’entrée de Beit Shmuel, le 19 octobre 2025 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

La rénovation et la relance de Beit Shmuel en tant que centre culturel comptent parmi les nombreux changements introduits par Bergman depuis sa prise de fonctions à la tête de la WUPJ en 2020. L’espace comprend désormais des galeries d’art, des salles de réception, ainsi que des chambres d’hôtel et des hébergements collectifs, qui seront utilisés pour la première fois lors du congrès de cette semaine.

Réformer le judaïsme réformé

Le mouvement réformé, né en Allemagne au 19ᵉ siècle comme une approche moderne et libérale du judaïsme, est aujourd’hui la plus grande confession juive en Amérique du Nord. Mais il peine à s’implanter en Israël. Sa branche locale, le Mouvement israélien pour le judaïsme réformé et progressiste, gère environ 50 congrégations dans le pays.

Sa présence dans la société israélienne demeure marginale, en partie en raison de sa marginalisation politique et juridique face au monopole du Grand Rabbinat sur le mariage, la conversion et le financement religieux. Par ailleurs, de nombreux Israéliens laïques se méfient du mouvement, perçu comme une importation étrangère du judaïsme. Les efforts pour promouvoir le pluralisme religieux, notamment la création d’une section égalitaire de prière au mur Occidental, se sont heurtés à une opposition farouche.

Les politiciens ultra-orthodoxes et de droite ont publiquement dénigré le mouvement à maintes reprises, notamment en visant le député Gilad Kariv (Avoda), rabbin réformé, par des propos humiliants. Une synagogue réformée à Raanana a également été vandalisée à plusieurs reprises.

Bergman souligne toutefois des signes d’intérêt croissant chez les Israéliens pour les valeurs progressistes et inclusives portées par le mouvement. Cela illustre bien le clivage sociétal que ce scientifique argentin, homme politique et rabbin de la Congregación Israelita Argentina de Buenos Aires, cherche à combler.

« Pour la plupart des Juifs israéliens laïcs, le mot ‘réforme’ ne leur évoque pas grand-chose, même si beaucoup partagent des valeurs proches des nôtres », estime Bergman. « Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit de rejoindre notre courant religieux ou de leur dire quoi faire pendant Shabbat. Ce que je veux, c’est les interpeller sur la manière de construire une société alignée avec nos valeurs, car notre dénominateur commun, en tant que Juifs, ce sont nos valeurs. »

Participants à la conférence Connections 2023 de l’Union mondiale pour le judaïsme progressiste en prière à Jérusalem (Crédit : WUPJ)

Ces dernières années, explique Bergman, la WUPJ a évalué les succès et les échecs du judaïsme progressiste en Israël et à l’étranger, et dessiné une trajectoire permettant au mouvement de rester pertinent et de redéfinir ce que signifie être juif pour une nouvelle génération, à un moment où la notion de confession devient moins centrale.

« Se définir par la confession religieuse relève de ce qu’on appelle en marketing une stratégie de l’océan rouge », explique Bergman. « La concurrence y est féroce : chaque courant cherche à attirer des personnes aux identités qui se recoupent, chacun tirant dans une direction différente. Nous, nous choisissons une stratégie de l’océan bleu : nous ne nous mettons pas en concurrence, nous misons sur l’innovation et la transformation. Nous accueillons les gens non parce que nous sommes convaincus d’avoir raison, mais parce que nous cherchons sincèrement ce qui fonctionne. »

« Les confessions divisent », a déclaré Bergman. « Une vision commune unit. »

Des membres du groupe féministe religieux, les Femmes du Mur, priant à l’occasion de Rosh Hodesh, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 4 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bergman espère que le mouvement réformé pourra, à terme, trouver un terrain d’entente avec les dirigeants orthodoxes en Israël et imaginer des moyens créatifs de dépasser les divergences pour œuvrer au bien commun.

« Je pense que nous devons revenir à davantage de Torah, davantage de halakha », dit Bergman, utilisant le terme hébreu désignant la loi juive. « Cela ne signifie pas dire aux gens ce qu’ils doivent faire du point de vue halakhique. Tous nos textes, transmis au nom de Dieu, sont des interprétations humaines. Cela signifie que nous avons une marge de flexibilité. Une personne orthodoxe ne peut donc pas me dire que j’ai tort parce que ‘c’est ce que dit Dieu’. »

Il ajoute que, pour atteindre cet objectif, il souhaite « tenir le pouvoir et la politique à l’écart de la conversation ».

« Si vous me dites que vous seul savez ce que Dieu veut, c’est du fondamentalisme, pas du judaïsme », affirme-t-il. « Et lorsque la discussion glisse de la théologie vers la politique, la flexibilité disparaît : cela devient une lutte pour le pouvoir. »

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