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Procès Netanyahu: « Comment savoir quand vous mentez » ? demande un juge à Yeshua

Ilan Yeshua, témoin déterminant dans l'Affaire 4000, ex-directeur-général du site Walla, dit au tribunal avoir régulièrement menti dans sa vie - mais ne pas être un menteur

Ilan Yeshua, ancien directeur-général du site d'information Walla, arrive pour témoigner dans le procès de l'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 5 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Ilan Yeshua, ancien directeur-général du site d'information Walla, arrive pour témoigner dans le procès de l'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 5 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ilan Yeshua, ancien directeur-général du site d’information Walla, a admis au cours d’une audience du procès contre Netanyahu, dans la journée de mardi, qu’il avait souvent été malhonnête dans ses relations.

Yeshua est un témoin déterminant dans l’Affaire 4000, où Netanyahu est accusé d’avoir abusé de son autorité lorsqu’il était à la fois Premier ministre et ministre des Communications, de 2014 à 2017. Netanyahu est accusé d’avoir privilégié de manière illicite et lucrative les intérêts de l’actionnaire majoritaire de la firme de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture positive des actions du Premier ministre sur le site d’information Walla, propriété de Bezeq.

Netanyahu est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance, tandis qu’Elovitch et son épouse doivent répondre de corruption. Les trois accusés n’ont cessé de clamer leur innocence.

« Nous connaissons tous ce type de contradiction », a dit Yeshua à un magistrat, dans le dossier, qui lui avait demandé si les notes qu’il avait écrites à sa propre intention étaient des vérités ou des mensonges. « On tente tous de justifier quelque chose de mal qu’on a pu faire. Quand les journalistes, à l’extérieur, ont senti qu’il se passait quelque chose, nous avons formé un front uni et nous avons menti et j’ai été partenaire de nos journalistes et de Shaul Elovitch », a-t-il ajouté.

Yeshua a été interrogé, mardi, au sujet du contenu de notes découvertes dans le cadre de l’enquête sur l’Affaire 4000. Il a répondu que s’il n’était pas toujours honnête dans ses réponses aux étrangers, il ne croyait pas qu’il pouvait pour autant être considéré comme malhonnête.

« Il y a différents types de mensonge », a expliqué Yeshua. « En tant que directeur-général, une partie du dialogue consiste parfois à flatter et à dire des choses auxquelles on ne croit pas vraiment ». Il a ajouté qu’il avait menti à ses employés ainsi qu’au directeur de Haaretz, Amos Schocken : « Mais demandez lui s’il pense que je suis pour autant un menteur », a-t-il poursuivi.

Yeshua a été interrogé sur des notes écrites avant sa rencontre avec Schocken, notamment sur le fait qu’il considérait Walla comme « une publication du centre-droit qui ne s’oppose pas automatiquement au Premier ministre ».

« Le fait que j’ai pris des notes pour moi avant d’aller voir Amos ne signifie pas que tout ce que j’ai écrit était vrai », a dit Yeshua devant la cour. « Ce sont des arguments qui devaient me servir pour mon narratif. J’allais servir Shaul [Elovitch], en prenant le narratif le plus pratique, ce que nous avions dit, en prenant le narratif le plus logique. Était-ce une réponse honnête et complète, qui décrivait de manière exacte la situation ? Non. »

En réponse le juge Moshe Bar-Am a déclaré à Yeshua qu’il ne savait absolument pas quels propos de Yeshua il devait croire, ou ne devait pas croire.

« Je n’arrive pas à comprendre quand ce que vous écrivez est vrai ou quand ce que vous écrivez est faux », a indiqué Bar-Am. « Comment savoir ? Pouvez-vous nous donner un signe ? »

Yeshua a alors répondu que les choses qu’il était amené à écrire étaient vraies ou fausses « en fonction des circonstances ».

Yeshua avait rencontré Schoken en 2015 alors que Haaretz enquêtait sur des accusations qui devaient ultérieurement être à la base de l’Affaire 4000 – l’accusation que Walla soutenait Netanyahu dans ses publications dans le cadre d’un schéma de corruption impliquant Bezeq, sa compagnie parente.

Le procès a officiellement commencé au mois de mai 2020, avant de connaître toute une série de retards et des mois de pause. La phase d’audition des témoins a commencé au mois d’avril 2021 et Yeshua est le premier à se présenter à la barre. Netanyahu lui-même a été largement absent de la salle d’audience.

Lors d’une audience qui a eu lieu la semaine dernière, les avocats de Netanyahu ont affirmé que Yeshua avait aussi accordé une couverture favorable à d’autres politiciens que l’ex-Premier ministre. Mais Yeshua a répondu que ces derniers avaient bénéficié d’un traitement préférentiel parce qu’ils étaient des proches de Netanyahu.

Raoul Wootliff et Michael Bachner ont contribué à cet article.

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