« Project Sunrise » : un plan US de 112 milliards de $ pour faire de Gaza une destination de luxe
Rédigé par les hauts responsables de Trump, Kushner et Witkoff, le projet devrait être mise en œuvre sur une durée de 10 ans ; "New Rafah" serait le siège du gouvernement et Gaza-City, la "ville connectée" des hautes technologies

Une proposition américaine pour la reconstruction de la bande de Gaza ravagée par la guerre visant à la transformer, au cours des deux prochaines décennies, en une destination côtière luxueuse et high-tech a été présentée aux potentiels pays donateurs, a indiqué un article publié vendredi.
Ce projet, dont le coût s’élèverait à 112 milliards de dollars pour ses dix premières années, a été élaboré ces 45 derniers jours par une équipe dirigée par Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, et Steve Witkoff, l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient, a rapporté le Wall Street Journal, citant des responsables américains.
Dans un premier temps, les États-Unis s’engageraient à « ancrer » le projet en investissant 60 milliards de dollars, tout en envisageant la possibilité que Gaza puisse en autofinancer certaines parties à mesure de son avancement, peut-on lire dans l’article.
Les 32 diapositives PowerPoint, décrites comme « sensibles mais non classifiées », proposent un plan détaillé en quatre étapes visant à déblayer les décombres, à reconstruire la bande de Gaza et à sortir les Gazaouis de la pauvreté. Elles ont été présentées aux pays riches du Golfe, à la Turquie et à l’Égypte, selon le Journal.
Au début de l’année, Trump a lancé l’idée que les États-Unis prennent le contrôle et reconstruisent la bande de Gaza, afin de créer « la Riviera du Moyen-Orient », tandis que les résidents palestiniens seraient déplacés de manière permanente. Si cette annonce faite en février a provoqué les critiques de plusieurs pays, elle a été saluée par le gouvernement israélien. Trump, depuis lors, est sur la disposition qui prévoyait le déplacement permanent des Gazaouis.
D’après l’article, ce plan d’action sur 20 ans serait mis en œuvre en quatre étapes, débutant dans le sud avec Rafah et Khan Younès, puis les camps du centre, avant de s’achever avec Gaza-City.
Ce projet impliquerait de déblayer les décombres, les bombes qui n’ont pas explosé et les tunnels du Hamas, tout en assurant des abris temporaires et des centres hospitaliers aux habitants de Gaza. Le Journal ne précise toutefois pas exactement où vivraient les Gazaouis pendant cette reconstruction.
Ensuite commencerait la construction de résidences permanentes, d’équipements publics et d’infrastructures, indique l’article.
Une fois les travaux essentiels terminés, la construction des luxueux penthouses, qui font partie de la « fastueuse riviera », ainsi la mise en place que du réseau ferroviaire de haute technologie, débuterait, ajoute l’article.
L’une des diapositives vues par le Journal est intitulée « New Rafah ». Le plan envisage la ville comme le « siège du gouvernement » de la bande de Gaza. « Ils vivraient dans une ville dotée de plus de 100 000 logements, de 200 écoles ou plus, de plus de 75 établissements médicaux et de 180 mosquées et centres culturels », rapporte le Journal.
Une autre diapositive réinvente Gaza « comme une ‘ville intelligente’, avec une gouvernance et des services axés sur la technologie ».
D’ici la dixième année, 70 % du littoral de Gaza devrait être monétisé. Selon la proposition mentionnée dans l’article, la bande de Gaza pourrait à long terme générer plus de 55 milliards de dollars de retours sur investissement.
Le projet rapporté exige, en gras et en rouge, que le Hamas « se démilitarise, et démantèle toutes ses armes et tous ses tunnels », une demande que le groupe terroriste a jusqu’à présent rejetée.
Israël et les États-Unis ont tous deux insisté sur le fait que le groupe terroriste devait rendre ses armes avant que Gaza puisse être réhabilitée. Les responsables de l’administration Trump ont déclaré au Journal que le projet pourrait être mis en œuvre dans un délai de deux mois, sous réserve des conditions sécuritaires.
Parmi les responsables américains, ce plan a suscité des réactions mitigées. Certains ont ainsi fait part de leur scepticisme quant à la possibilité que le Hamas renonce à ses armes, permettant ainsi la mise en œuvre du projet, ou même quant à l’éventualité que les pays donateurs potentiels financent la proposition, selon le Journal.
Pour d’autres, ce plan est « le plus détaillé et le plus optimiste » à ce jour pour l’avenir potentiel de Gaza, précise l’article.
« L’administration Trump continuera à oeuvrer avec diligence avec nos partenaires, pour maintenir une paix durable et jeter les bases d’une Gaza pacifique et prospère », a fait savoir au Journal un porte-parole de la Maison Blanche en réponse à une demande de commentaires.
Cet article intervient alors que Witkoff devait, vendredi, rencontrer à Miami de hauts responsables qatariens, égyptiens et turcs pour évoquer la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza.
Les quatre pays, qui estiment qu’Israël et le Hamas traînent les pieds pour éviter de mettre en œuvre la deuxième phase de l’accord, sont impatients de convenir d’une approche commune qui permettra de faire avancer les deux parties.
Dans le cadre de la deuxième phase, Israël est censé se retirer de ses positions à Gaza. Une autorité intérimaire doit gouverner le territoire à la place du Hamas, et une force internationale de stabilisation (ISF) doit être déployée.
Toutefois, jusqu’à présent, les progrès vers cette phase de l’accord ont fait preuve de lenteur, et le cessez-le-feu reste fragile, les deux parties se reprochant mutuellement des violations. Israël a tué le haut commandant du Hamas Raed Saad à Gaza le week-end dernier, une action qui aurait incité Trump à mettre en garde contre une mise en péril de la trêve.
À ce jour, les terroristes palestiniens ont libéré tous les otages, à l’exception du corps sans vie du sergent-chef Ran Gvili.
L’administration Trump souhaite désormais passer à la deuxième phase, qui s’annonce plus difficile. Le point de friction principal reste la disposition prévoyant le désarmement du Hamas.
C’est dans le cadre de la troisième phase que s’inscrit la reconstruction des vastes zones de Gaza rasées pendant la guerre, qui a été déclenchée par l’invasion dévastatrice du sud d’Israël par le Hamas en octobre 2023.
Jacob Magid a contribué à cet article.







