Quand Kennedy a prévenu Eshkol que le soutien américain était « menacé »
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Quand Kennedy a prévenu Eshkol que le soutien américain était « menacé »

Le président américain était furieux du programme nucléaire de l'Etat juif, car il craignait que l'Union soviétique puisse l'utiliser comme moyen de pression dans la région

Le président américain John F. Kennedy and le Premier ministre israélien David Ben-Gurion se rencontrant pour dialoguer aux Tours Waldorf en 1961 (Walter Kelleher/NY Daily News via Getty Images, JTA)
Le président américain John F. Kennedy and le Premier ministre israélien David Ben-Gurion se rencontrant pour dialoguer aux Tours Waldorf en 1961 (Walter Kelleher/NY Daily News via Getty Images, JTA)

WASHINGTON (JTA) — Des documents déclassifiés révèlent que le président américain John Kennedy avait prévenu, en 1963, le Premier ministre israélien Levi Eshkol que le soutien américain pour le jeune pays serait « sérieusement menacé » si Israël n’autoriserait pas les Etats-Unis à mener des inspections périodiques de son réacteur nucléaire.

Un télégramme de Kennedy daté du 4 juillet 1963 félicite Eshkol pour son entrée en fonction après la démission de David Ben Gurion et donne des détails sur les discussions entre le chef de l’Etat américain et Ben Gurion au sujet des inspections du réacteur de Dimona.

« Comme je l’ai écrit à M. Ben Gurion, l’engagement et le soutien de ce gouvernement pour Israël pourrait être sérieusement menacé si nous en venions à penser que nous ne sommes pas capables d’obtenir des informations fiables sur un sujet aussi vital pour le pays que celui de l’effort d’Israël dans le domaine nucléaire », pouvait-on lire dans le télégramme.

Le télégramme a été déclassifié dans les années 1990, mais n’a été véritablement disponible que la semaine dernière quand les Archives de la sécurité nationale, un projet affilié à l’Université George Washington, l’ont publié sur son site internet.

Proche d’Israël par ailleurs, John Kennedy était furieux de son programme d’armement nucléaire très ostensible. Il craignait que l’Union soviétique puisse l’utiliser comme un moyen de pression pour maintenir son influence au Moyen-Orient.

Le Premier ministre Levi Eshkol, décontenancé par le ton du télégramme, mit sept semaines pour donner son accord, et les inspections biannuelles se sont poursuivies jusqu’en 1969, quand le président Richard Nixon y a mis un terme.

Levi Eshkol en 1963 (CC BY-SA GPO/Wikimedia Commons)

Parmi les trésors de documents révélés dans les Archives de la sécurité nationale, on retrouve l’origine du credo souvent répété d’Israël qu’il ne serait pas le premier État à introduire des armes nucléaires – une déclaration délibérément ambiguë qui permettait à Israël de développer ses équipements, mais sans les armer.

Shimon Peres, alors vice-ministre de la Défense avant de diriger le pays en tant que Premier ministre pendant deux mandats puis comme président, a improvisé la déclaration quand il a été surpris par la présence de Kennedy lors d’une rencontre que Peres avait prévue avec le conseiller du président américain, Myer Feldman, qui était aussi chargé de faire la liaison avec Israël et la communauté juive américaine. Les deux hommes avaient organisé la rencontre « surprise » sans en informer le vice-ministre israélien.

Selon un récit de la rencontre du 2 avril que l’on peut lire sur le site en hébreu du ministère israélien des Affaires étrangères, Kennedy s’est entretenu avec Peres dans le Bureau ovale pendant 30 minutes et lui a posé des questions sur les capacités nucléaires d’Israël.

« Vous savez que nous suivons de très près la découverte de tout nouveau programme de développement nucléaire dans la région, a déclaré Kennedy. Cela créerait une situation très dangereuse. C’est pour cette raison que nous observons vos efforts nucléaires. Que pouvez-vous me dire à ce
sujet ? »

Peres a alors improvisé : « Je peux vous dire de la manière la plus claire que nous n’introduirons pas d’armes nucléaires dans la région, certainement pas les premiers ».

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