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Des voix s’élèvent pour réformer et améliorer l’enseignement de l’arabe

L’accent mis sur l’arabe formel plutôt que sur l'arabe oral fait que les lycées israéliens "enseignent une langue vivante comme si elle était morte", critiquent les réformateurs

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

La mairie de Tel Aviv est éclairée par le mot « Paix » en hébreu, arabe et anglais, le 15 septembre 2020. (Miriam Alster / Flash90)
La mairie de Tel Aviv est éclairée par le mot « Paix » en hébreu, arabe et anglais, le 15 septembre 2020. (Miriam Alster / Flash90)

Au début de l’année, un député arabe a suscité l’émoi en prononçant un discours en arabe à la Knesset.

Alors que Walid Taha, député de Raam, s’exprimait au sujet d’un projet de loi controversé examiné par le parlement israélien, un parlementaire de droite l’avait vivement interpelé, en colère, lui demandant de s’exprimer en hébreu. Quelques jours plus tard, un autre député de droite appelait de ses vœux une loi imposant l’usage de l’hébreu en séance plénière.

Au mois de juin, le sujet a encore défrayé la chronique. La députée du Meretz Ghaida Rinawie Zoabi avait confié au journaliste qui l’interviewait alors en arabe qu’elle et Yair Lapid, devenu Premier ministre, avaient évoqué des questions qu’elle voulait voir résolues.

Dans un tweet en hébreu résumant l’entretien, ses propos avaient été déformés, indiquant que Lapid lui avait fait des « promesses » controversées. Des journalistes qui s’étaient appuyés sur la traduction en hébreu, et non sur les propos initiaux en arabe, avaient mal cité ces derniers, d’autres s’embarquant dans une vérification effrénée des propos originaux.

Le manque de compréhension de l’arabe, au sein de la société israélienne, ne se limite pas à la Knesset ou aux médias. Bien peu de Juifs israéliens peuvent s’enorgueillir d’avoir davantage qu’une connaissance somme toute très rudimentaire de la langue. Et si des esprits réformateurs souhaitent rendre l’enseignement de l’arabe obligatoire dans les écoles, les élèves, entre autres, assurent que les cours qui leur sont dispensés ne les préparent aucunement à utiliser la langue hors du milieu académique.

« Il faut mettre un terme au traitement oriental de l’arabe : l’arabe n’est pas une langue morte, ce n’est pas la langue de l’ennemi et elle devrait être enseignée comme le sont le français et l’anglais », s’exclame Yoni Mendel, spécialiste de l’arabe à l’université Ben Gurion du Néguev, co-auteur d’une enquête en 2020 sur le statut de l’arabe parmi les Juifs israéliens – enquête commanditée par la Fondation Van Leer, à Jérusalem.

En Israël, l’apprentissage de l’arabe est en déclin alors même que certains pressent les décisionnaires politiques d’en faire une seconde langue obligatoire, au même titre que l’anglais. Les experts critiquent des attitudes culturelles changeantes mais aussi un cadre pédagogique entravé par des considérations politiques et de sécurité, et de surcroît obsolète.

Selon les experts et d’anciens élèves, la pédagogie israélienne met l’accent sur la grammaire aux détriments du vocabulaire et s’appuie sur des professeurs qui ne sont pas totalement arabophones.

Mendel et d’autres, entendent résoudre ces problèmes en changeant la manière dont l’arabe est enseigné dans les universités, mais les critiques affirment que des réformes bien plus profondes sont nécessaires si l’on souhaite enseigner correctement une langue parlée par un Israélien sur cinq.

« Il faut redonner vie à l’arabe au sein du système éducatif israélien », répète Mendel, qui est Juif. « L’arabe est traité comme une langue morte, alors que ce n’est pas une langue morte. »

‘Nous devrions avoir honte’

Quand Ido Edri était en dernière année de lycée, il y a huit ans, il avait opté pour le bagrut arabe. Le bagrut, équivalent du baccalauréat français, est un examen standardisé qui ouvre la porte à l’université et où les connaissances des élèves sont testées dans des matières étudiées tout au long de leur scolarité et, en particulier, en Terminale. L’arabe semblait un choix naturel pour Edri, qui avait suivi tous les cours supplémentaires dispensés par son prestigieux lycée de Kfar Saba.

Edri a réussi l’examen avec brio, obtenant la note parfaite de 100 %. Malgré sa note élevée, il a quitté le lycée en ayant le sentiment que son arabe était, tout au plus, rudimentaire. Il est capable de lire un manuel en arabe, mais est bien conscient d’être dans l’incapacité totale d’échanger avec aisance avec un arabophone de naissance.

« J’étais très heureux d’étudier l’arabe, mais quand j’ai quitté le lycée, je me suis aperçu que je ne connaissais pas du tout la langue », explique-t-il au Times of Israel.

Edri met en cause son école et la manière dont l’arabe lui a été enseigné, critique reprise par d’autres élèves et citoyens persuadés que le système éducatif n’apporte pas aux jeunes les connaissances nécessaires pour utiliser l’arabe hors milieu académique.

« Quelque part, nous devrions avoir honte de la manière dont on enseigne l’arabe », commente Efrat Avidan, qui a obtenu son Bac en 2013 et veut devenir professeure d’arabe.

Photo d’illustration : Les élèves du Yehud Comprehensive High School passent leurs examens à Yehud, le 8 juillet 2020. (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

Pour tenter de s’attaquer à ce problème, Mendel et d’autres ont lancé un programme innovant à l’université Ben-Gurion, avec pour objectif de combler les lacunes de l’enseignement de l’arabe en Israël.

Ce programme se focalise sur l’arabe courant, l’arabe du quotidien, plutôt que sur le déchiffrage de l’arabe littéraire et sur ses modalités d’enseignement. Les cours sont dispensés dans la langue pour simuler l’immersion, et non en hébreu comme le pratiquent les lycées.

« Nous devons mettre en place une réforme des méthodes d’enseignement de l’arabe », note Mendel. « L’arabe, en Israël, est encore enseigné de manière conservatrice et traditionnelle », ajoute-t-il, ce qui ne rend guère surprenant le fait que « la majorité des Israéliens qui apprennent l’arabe ne développent pas de compétences pratiques ».

« L’arabe est vraiment lié à Israël – 20 % de notre population est arabe et je veux pouvoir communiquer avec eux », déclare Yotam, un étudiant inscrit au programme aux côtés d’Edri, d’Avidan et d’autres. Il a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas rendu public.

Les arabophones de naissance – qui, en majorité, parlent couramment l’hébreu pour naviguer dans la société israélienne – affirment que la promotion de l’arabe au sein de la communauté juive renforcera la communication et l’intégration, tout en offrant une plus grande égalité des chances au niveau sociétal.

« Cela nous place sur un pied d’égalité », explique Kholod Idres, 46 ans, co-directeur du département de Société partagée au sein de l’organisation de coexistence Sikkuy-Aufoq.

« Une fois que les Juifs pourront parler arabe, tout comme je suis en train de m’adresser à vous en hébreu, s’imposera alors une réalité dans laquelle nous serons sur un pied d’égalité », insiste ce natif de Tamra auprès du Times of Israel. « Que ce n’est pas moi qui ait des efforts à faire, et que vous n’avez pas d’efforts à faire non plus parce que vous pouvez vous exprimer en hébreu et que moi, je peux le faire en arabe », continue Idres.

Une langue locale devenue étrangère

Selon les chiffres les plus récents – ils remontent à 2011 – 11,5 % seulement des Juifs israéliens de plus de 20 ans savaient, cette année-là, « un peu » d’arabe. Un sur quatre considéraient l’arabe comme leur langue natale, selon un rapport de la Knesset.

Le rapport de Van Leer établit que 1 % seulement des Juifs israéliens parlent couramment l’arabe, avec suffisamment de compétences pour lire un livre.

Le manque de cours est à la fois une cause et un effet de ce phénomène, dans un système éducatif israélien coupé en deux autour d’axes linguistiques et religieux.

Les écoles en hébreu, qui se présentent dans une grande variété de formes laïques et religieuses, s’adressent généralement aux élèves juifs. Ce système est significativement différent des écoles en arabe qui utilisent un programme à la saveur largement islamique, mais pas exclusivement.

Tandis que les écoles peuvent individuellement faire le choix d’offrir des cours de langue plus tôt, l’anglais est la seule langue étrangère obligatoire dans les établissements où l’enseignement se fait en hébreu, et ce dès le CE1. L’arabe est proposé en CM2, mais seulement en option. Entre la 5e et la 3e, les élèves se lancent dans trois années de seconde langue obligatoire – soit l’arabe, soit le français. Celles et ceux qui voudront passer l’examen du bagrut en arabe peuvent choisir de continuer à étudier l’arabe en Terminale.

Les écoles arabophones, pour leur part, enseignent l’hébreu dès le CE1/CE2 – dans les systèmes druze et arabe – jusqu’à la fin de la Terminale. En pratique, la majorité débute l’enseignement de l’hébreu dès le CP, selon le ministère de l’Éducation. L’apprentissage de l’anglais suit le même mouvement.

Des lycéens passent le bagrut à Yehud, le 8 juillet 2020. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Au cours de l’année scolaire 2021-2022, 11 000 élèves ont étudié l’arabe dans les lycées où l’enseignement se fait en hébreu sur 253 000 élèves dans tout le pays.

Mais, selon un rapport de recherche diffusé par la Knesset, 64 % des Juifs israéliens estiment qu’il serait important que l’arabe soit obligatoire dans les écoles.

Mais il n’y a pas que les élèves qui ne parlent pas l’arabe. Même si un cinquième de la population revendique l’arabe comme langue natale, peu de professeurs arabes, dans les écoles qui ne le sont pas, savent parler la langue.

« Certains enseignants arabes ne parlent pas l’arabe », explique Chaya Fischer, qui est à la tête des programmes d’enseignement des langues au sein de l’université hébraïque. Tandis que les enseignants ont une certaine connaissance de la langue, un grand nombre ne sont pas en mesure de le lire, de l’écrire et de le parler couramment et ils ne sont pas capables de s’exprimer librement en arabe.

En 2021, le ministère de l’Éducation a employé 1 306 professeurs d’arabes dans les écoles dispensant les cours en hébreu dont 406 Arabes israéliens, selon un rapport de la Knesset. Il y a une décennie, seuls 173 professeurs d’arabe dans ces établissements étaient des Arabes israéliens.

Un problème qui est d’autant plus aigu dans les lycées, où moins d’un professeur d’arabe sur dix est arabe. Les taux sont meilleurs dans les collèges (avec 25,7 % de professeurs arabes) et dans les écoles élémentaires (70,4 %).

Hors des enceintes des écoles, de nombreuses universités, de nombreux lycées et autres facultés enseignant l’arabe sont dirigés par des Juifs israéliens.

« Ce champ d’étude est un champ d’étude juif à de nombreux égards. L’arabe est devenu un champ d’étude d’où les Arabes sont absents », commente Mendel.

Mendel souligne également la nécessité de repenser l’apprentissage de l’arabe sous la forme d’une langue vivante, et celle d’impliquer les arabes dans la conception d’un programme réactualisé.

Par exemple, « les élèves doivent pouvoir avoir connaissance de ce que disent aujourd’hui les Arabes, même si ce n’est pas très plaisant – comme des écrits sur l’occupation ».

« Les citoyens arabes ont un rôle à tenir là-dedans », ajoute-t-il, mentionnant l’écriture des manuels et la définition d’objectifs comme deux domaines où leur participation est aujourd’hui nécessaire. « Nous devons réformer la manière dont nous enseignons l’arabe. »

C’est du chinois pour les écoles israéliennes

Les experts comme les élèves affirment que l’approche de l’enseignement arabe qui prédomine actuellement est aussi entravée par une méthodologie dépassée, l’accent placé sur la linguistique, l’influence de l’armée et la prépondérance d’enseignants dont l’arabe n’est pas la langue natale.

« Le problème que rencontre l’enseignement de l’arabe dans la société juive israélienne est multiple », dit Mendel, qui développe aussi une nouvelle forme de méthode d’instruction de la langue au sein de l’université Ben-Gurion. Les difficultés sont à la fois d’ordre politique, d’ordre éducatif et pratique et elles relèvent aussi des « rapports de force dans le domaine de l’enseignement de l’arabe », estime-t-il.

Yoni Mendel. (Autorisation : Université Ben Gurion du Néguev)

Un porte-parole du ministère de l’Éducation indique, de son côté, que l’enseignement de l’arabe prôné par le ministère cultive « la compréhension » et « les compétences en termes de production » – notamment l’oral – et que « l’accent n’est pas placé sur la grammaire et sur la syntaxe ».

Mais les critiques disent que les lycées israéliens s’appuient lourdement sur la méthode grammaire-traduction, une méthode que les chercheurs allemands avaient rendu populaire au 19e siècle, quand l’intelligentsia juive israélienne avait créé l’École d’études orientales au sein de l’université hébraïque, en 1926.

« Ce qui signifie que les cours ont lieu en hébreu et que la classe se concentre habituellement sur le phénomène grammatical et syntaxique de l’arabe, sur la traduction de l’arabe en hébreu. L’étude est philologique – c’est comme si on apprenait le grec ancien, pas une langue du Moyen-Orient qui est la langue la plus proche de l’hébreu », s’étonne Mendel.

En enseignant l’arabe, une langue très parlée, « comme nous enseignerions le latin ou le grec », Mendel déclare que le système d’éducation israélien « enseigne une langue vivante comme si elle était morte ».

Chaya Fischer, de l’université hébraïque, déclare que la méthode traduction-grammaire avait été conçue pour enseigner la traduction.

« Ce qui est une bonne chose si vous voulez travailler dans la traduction. Mais ce qui n’a aucune valeur s’il s’agit de communiquer », dit-elle.

Chaya Fischer. (Autorisation : Université hébraïque de Jérusalem)

Un autre problème est le style d’arabe enseigné dans la plupart des écoles. L’arabe standard moderne, ou ASM, est la lingua franca du monde arabophone. Il est utilisé dans les médias, la littérature et la communication formelle, mais pas dans la conversation courante.

« L’arabe est une langue, elle a différents registres », explique Fischer, dont la langue maternelle est l’hébreu. « Vous devez être capable de lire un journal, [et] vous devez être capable de parler à quelqu’un. »

Les lycées et de nombreuses universités israéliennes se concentrent presque exclusivement sur le MSA, connu en arabe sous le nom de Fusha. Ce n’est qu’en 2019 que le ministère de l’Éducation a introduit un projet pilote limité visant à inclure un cours facultatif d’arabe parlé dans la structure de l’école secondaire à cinq unités.

Yotam, qui a suivi le programme complet d’arabe de son lycée avant le pilote de 2019, a déclaré qu’il « n’a pas appris à parler ou à comprendre l’arabe parlé ».

« J’ai appris le Fusha« , a-t-il dit.

« Je pense qu’il y avait un quiz ou quelque chose de stupide où le professeur et moi devions avoir une conversation, mais c’était en Fusha« , s’est-il souvenu. « Peut-être que dans une classe nous avons parlé de [l’arabe parlé]. Nous n’avons jamais eu d’examen à ce sujet. »

Lycée ou camp d’entraînement ?

Il n’est peut-être pas surprenant que l’armée israélienne ait intérêt à ce que les lycées produisent des personnes parlant couramment l’arabe et travaille avec les écoles pour signaler les élèves qui pourraient être de bons candidats pour les services de renseignement ou d’autres unités spécialisées.

« Il existe un lien permanent entre l’étude de l’arabe et l’entrée dans les services de renseignements militaires », a déclaré Mendel.

Yotam, qui étudie à nouveau l’arabe dans le cadre d’un programme qui lui permettra d’obtenir sa licence avant son service militaire, explique que son programme d’études secondaires a été influencé par les besoins de l’armée.

« Le vocabulaire est lié à la diplomatie, à l’armée, à la politique. Ce n’est pas un vocabulaire d’usage quotidien, où l’on parle de shopping, de sport, d’études », a-t-il déclaré.

Selon lui, des soldats de la célèbre unité de renseignement électromagnétique 8200 de l’armée se rendaient régulièrement dans les cours d’arabe de son école pour donner des cours spéciaux, qui comprenaient généralement moins d’informations sur l’arabe et plus sur la structure de l’armée et les voies possibles pour travailler dans le renseignement.

À l’école Branco Weiss, un cours est dispensé par un soldat de Tsahal. L’école privée de Beit Shemesh proposait des cours spécialisés dans le renseignement, en coopération avec l’unité de renseignement de Tsahal, le 4 avril 2011. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« Le but de tout cela, à mon avis, était de nous donner envie d’aller dans le renseignement », a-t-il indiqué.

Avidan, qui s’estime à peine capable de commander à manger quand elle est dans le Sinaï quelques années après la réussite au bagrut, est elle aussi critique envers l’arabe enseigné par l’armée.

« Le lycée ne devrait pas me préparer à passer les tests de l’armée. Cela doit me préparer à vivre dans un pays dans lequel nombre d’habitants parlent arabe », affirme-t-elle.

Un porte-parole du ministère de l’Éducation assure que son programme pédagogique n’est aucunement orienté vers l’armée.

« Nous ne préparons pas les étudiants à l’armée ou à l’université », indique la porte-parole en réponse à une question sur les conditions d’entrée, « nous leur faisons acquérir des compétences, des outils pour apprendre la langue arabe ».

En outre, ajoute-t-elle, « le ministère de l’Éducation n’a aucun contact avec l’armée ». Elle n’a pas fait de commentaires sur la question des relations propres entre écoles et recruteurs de l’armée.

Une attitude « positive »

Mendel, Fischer et les étudiants qui se sont exprimés pour le Times of Israel, ont tous déclaré que les réformes ne pourraient qu’améliorer le système, en commençant par dispenser l’enseignement en arabe, et non en hébreu.

Les élèves devraient pouvoir « bénéficier [de cours donnés par des] enseignants capables d’écrire, lire, enseigner et s’exprimer en arabe », explique Mendel. « [Beaucoup d’entre eux] sont Arabes, Palestiniens, certains sont Juifs israéliens. Cela doit être un véritable choix professionnel : ils doivent avoir toutes les compétences requises en arabe. »

Mendel et Fischer préconisent également de passer de la méthode de traduction grammaticale à la communication. Tous deux appliquent des méthodes d’apprentissage innovantes qui mettent en œuvre ce principe.

« On passe d’une connaissance basée sur les savoirs à une connaissance basée sur les compétences », détaille Mendel.

« Il faudrait cesser de considérer l’arabe comme la langue la plus dure du monde. Mieux vaut envisager l’arabe comme une langue avec des registres, qui ont des liens entre eux », conclut Mendel.

La ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 9 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le projet pilote du ministère de l’Éducation en matière d’arabe conversationnel se poursuit, ce qui n’a pas empêché l’Université Ben Gurion et l’Université hébraïque d’introduire des changements de leur propre initiative.

À l’Université Ben Gurion, le programme vise, sur 2 ans, à raison de trois cours par semaine consacrés à la fois à la grammaire et à l’expression orale, à amener des étudiants totalement débutants à pouvoir soutenir une conversation. Les cours sont, pour la plupart, donnés par des arabophones natifs. L’enseignement est entièrement arabe dès lors que les élèves disposent d’une base suffisante.

Les étudiants estiment avoir besoin de davantage de cours que ces deux seules années.

Il y a cinq ans, l’Université hébraïque a réformé l’enseignement de plusieurs langues étrangères pour faire davantage de place à la pratique et s’est adjoint les services de locuteurs natifs. L’arabe a rejoint le mouvement deux ans plus tard. Aujourd’hui, le cours de trois ans offert par l’Université est calqué sur le Cadre européen commun de référence, qui met l’accent sur la capacité des élèves à utiliser une langue.

Fischer estime que le ministère de l’Éducation n’a pas encore saisi toute l’importance de la question, ce qui ne l’empêche pas d’espérer que les réformes en cours dans son établissement aident à amorcer des changements au sein du système éducatif.

« Pendant 95 ans, l’Université hébraïque a enseigné l’arabe d’une manière très datée », a conclut Fischer. « Nous n’en voulons à personne, nous disons juste qu’il est possible de changer les choses de l’intérieur. »

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