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Analyse

Report de l’ouverture du consulat: Biden rend service à Israël, mais pas à lui-même

Lapid insiste sur le fait que le gouvernement ne sera jamais en mesure de résister au transfert ; des responsables américains craignent qu'il soit question de coûts en hausse

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le vice-président américain Joe Biden lors d'une conférence de presse à la résidence du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, non visible, à Jérusalem, le mardi 9 mars 2010 (Crédit : Ariel Schalit/AP).
Le vice-président américain Joe Biden lors d'une conférence de presse à la résidence du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, non visible, à Jérusalem, le mardi 9 mars 2010 (Crédit : Ariel Schalit/AP).

Cela fait cinq mois que le secrétaire d’État Anthony Blinken a annoncé que les États-Unis allaient rouvrir le consulat de Jérusalem.

Cette réouverture du consulat – mission de facto des Palestiniens – avait été une promesse de campagne du président américain Joe Biden, entrant dans le cadre d’une reprise plus large des liens entretenus par les États-Unis avec les Palestiniens. Ces relations avaient été réduites à néant par l’administration de l’ancien président Donald Trump, qui avait fermé le consulat en 2009 et rétrogradé dans les faits les liens avec Ramallah en les réduisant à une sous-unité de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Mais peu de progrès – voire aucun – n’a été réalisé depuis l’annonce faite au mois de mai et le coût d’une telle initiative semble aller croissant.

Au mois de juillet, les officiels israéliens avaient commencé à laisser fuiter certaines informations – celle que l’administration Biden avait accepté de ne pas rouvrir le consulat avant que le nouveau gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett ne parvienne à adopter un budget, une adoption prévue au mois de novembre. La logique, derrière cette concession, était qu’une fois que la coalition fragile constituée de partis venus de tout l’échiquier politique israélien serait enfin dotée d’un budget, elle deviendrait plus stable à moyen-terme et il serait alors plus facile pour elle de faire accepter des initiatives impopulaires auprès de l’électorat de droite.

Jérusalem avait joué sur l’une des principales inquiétudes de l’administration Biden s’agissant de l’État juif – le retour au pouvoir de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, avec lequel les choses ne s’étaient pas bien passées sous le mandat du dernier président démocrate, avait confié une source proche du dossier au Times of Israel. Cette stratégie semble avoir été payante.

Si Blinken a fait savoir, au début du mois, que les États-Unis allaient « faire avancer le processus d’ouverture d’un consulat », la source américaine a noté que le département d’État n’avait pas seulement encore commencé à réfléchir à celui ou à celle qui serait amené à le diriger.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken accompagné du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, et du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyanin, à droite, lors d’une conférence de presse conjointe au Département d’État à Washington, mercredi 13 octobre 2021. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)

De plus, la déclaration faite par Blinken en date du 13 octobre n’était pas une information nouvelle – mais identique à une annonce qu’il avait déjà faite au mois de mai alors qu’il se trouvait à Ramallah. Les journalistes qui se sont penchés sur le dossier depuis ont reçu une réponse émanant du département d’État qui a fait état strictement de la même déclaration – amenant certains à s’interroger sur le temps qu’il faudra pour mener à bien ce « processus ».

Après avoir réussi à repousser la réouverture du consulat, Jérusalem a maintenant changé d’avis sur la question alors que le vote du budget, qui doit avoir lieu le 14 novembre, approche à grands pas.

Le ministre des Affaires Etrangères, Yair Lapid, a indiqué, lors de ses premières conversations avec M. Blinken au cours de l’été, que ses objections n’étaient pas liées à un calendrier précis, a déclaré un responsable israélien.

« La demande d’ajournement de la réouverture était inhérente à la reconnaissance du fait que nous finirions quand même par aller de l’avant », a déclaré en août la source américaine familière de la question.

Mais lors de sa rencontre avec M. Blinken à Washington ce mois-ci, M. Lapid a déclaré que la réouverture du consulat pourrait entraîner la chute du gouvernement, qu’elle ait lieu avant ou après l’adoption du budget, a indiqué le responsable israélien. Et le ministre des Affaires Etrangères a ajouté un nouvel argument : la réouverture d’une mission diplomatique à Jérusalem pour les Palestiniens encouragera d’autres pays, qui prendront exemple, portant ainsi atteinte à la souveraineté d’Israël sur la ville.

Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Les partisans de la réouverture du consulat notent que cela marquerait simplement un retour à un statu quo maintenu depuis longtemps, dans le cadre duquel une dizaine de pays, dont les États-Unis, exploitent des missions desservant les Palestiniens depuis la capitale israélienne.

Un responsable américain a noté que l’absence de consulat a entravé l’engagement sur le terrain avec les Palestiniens avant et pendant la guerre de mai avec Gaza. Alors qu’Israël joue la montre, l’Autorité palestinienne continue de refuser de s’engager avec l’unité des affaires palestiniennes au sein de l’ambassade américaine en Israël qui a remplacé le consulat.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a plus récemment commencé à rencontrer des hauts fonctionnaires de l’ambassade sous prétexte que le consulat sera bientôt rouvert, mais la directive de Ramallah interdisant aux diplomates de niveau intermédiaire et inférieur d’interagir avec les diplomates américains à Jérusalem reste en vigueur.

À la suite de la réticence de M. Lapid, M. Blinken a proposé que les deux hommes dirigent une équipe conjointe qui mènera des négociations discrètes visant à empêcher que l’affaire ne se transforme en un incident diplomatique plus important, selon un rapport publié mercredi par Axios.

M. Lapid a répondu positivement à l’idée, mais a demandé aux États-Unis d’attendre l’adoption du budget avant d’entreprendre quoi que ce soit.

Un haut fonctionnaire israélien a déclaré à ToI le mois dernier que, même si Jérusalem s’oppose avec véhémence à la réouverture du consulat, elle devra finalement céder à Washington, étant donné l’importante aide militaire et le soutien diplomatique que les États-Unis accordent à Israël.

En attendant, Jérusalem s’efforce de « faire monter le prix » pour que Biden tienne sa promesse de campagne, a déclaré la source américaine qui connaît bien le dossier.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : Majdi Mohammed, Pool/AP)

La volonté rapportée de Blinken de négocier la question avec Lapid par le bias d’un groupe de travail conjoint indique que les États-Unis sont prêts à atteindre une sorte de compromis avec Israël sur la question, ce qui signifie que Jérusalem s’attend à obtenir quelque chose en retour.

« Ils dépensent tout ce capital politique sur un geste qui est largement symbolique, et même s’ils parviennent à aller jusqu’au bout, la prochaine demande d’Israël sur des questions plus importantes telles que les implantations et les mesures visant à améliorer réellement la vie des Palestiniens sera beaucoup plus difficile à réaliser », a déclaré un collaborateur démocrate de haut niveau du Congrès.

Le Premier ministre Naftali Bennett pourra dire : « Ecoutez, je vous ai déjà donné le consulat, vous ne pouvez pas continuer à faire de si grandes demandes », a spéculé cet assistant.

« Tout ce que [l’administration Biden] avait à faire était de changer le panneau sur la porte », a déclaré le collaborateur, faisant référence à la procédure plutôt simple qui serait nécessaire pour transformer la mission de la rue Agron d’une succursale de l’ambassade américaine en un consulat. (Une certaine mesure d’adhésion israélienne est toutefois nécessaire, puisque Jérusalem devra accréditer la personne qui sera choisie pour diriger le consulat).

En attendant, se concerter sur une question qui, en fin de compte, concerne les Palestiniens, sans inclure un représentant de l’Autorité palestinienne, risque d’irriter davantage Ramallah, qui estime que la réouverture du consulat est une « affaire réglée ».

« En attendant, nous avons permis à la question de faire boule de neige », a déclaré le membre du personnel de la Maison Blanche.

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