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Tom Nides : « Nous demandons à Netanyahu de freiner la réforme du système judiciaire »

Les USA exigent d’Israël que le pays trouve un consensus avant d'aller de l'avant ; les avertissements sur l'impact économique auraient retenu l'attention du Premier ministre

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L'envoyé américain en Israël, Thomas Richard Nides, lors de sa cérémonie de prestation de serment en tant que nouvel ambassadeur en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
L'envoyé américain en Israël, Thomas Richard Nides, lors de sa cérémonie de prestation de serment en tant que nouvel ambassadeur en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, a déclaré que l’administration Biden exhortait le Premier ministre Benjamin Netanyahu à « freiner » les efforts de son gouvernement visant à réformer le système judiciaire, alors que la coalition cherche à aller de l’avant malgré le manque de soutien général du public israélien.

« Nous disons au Premier ministre, comme je le dis à mes enfants, de freiner, de ralentir, d’essayer de trouver un consensus, d’essayer de rassembler les parties », a déclaré Nides à David Axelrod, ancien responsable de l’administration Obama, lors d’une interview – en podcast – diffusée jeudi.

Il s’agit des propos les plus véhéments – jusqu’à présent – de l’administration Biden contre les efforts livrés par le gouvernement pour restreindre de manière significative le pouvoir de la Haute Cour de justice ; les États-Unis ont progressivement pris un rôle plus actif contre la refonte judiciaire.

Nides a également eu des paroles sincères sur l’attention que Netanyahu accorde aux avertissements des économistes contre le projet de réforme judiciaire de son gouvernement, sur ses efforts visant à faire avancer les mesures conçues pour améliorer le quotidien et les revenus des Palestiniens en lieu et place d’une initiative de paix américaine majeure, et sur la frustration de l’administration à l’égard d’Israël concernant les activités d’expansion de la présence juive en Cisjordanie. L’envoyé a également exprimé sa déception à l’égard de certains pays du Golfe qui n’ont pas condamné ces actions et il a évoqué ses préoccupations concernant la recrudescence des violences entre Israéliens et Palestiniens et la récente visite « provocatrice » du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, sur le mont du Temple.

Sur la question de la réforme judiciaire, Nides a réaffirmé que les États-Unis n’allaient pas « dicter » des parties spécifiques de la réforme proposée, telles que le mode de nomination des juges à la Cour suprême. (La Knesset doit voter en première lecture lundi le projet de loi controversé de la coalition qui lui accorderait une majorité au sein de la commission de sélection des juges, remplaçant la composition actuelle où ni le gouvernement ni le pouvoir judiciaire n’ont de majorité au sein du panel).

« Cependant », a précisé Nides, « la seule chose qui lie nos pays est le sens de la démocratie et [le sens de] l’importance des institutions démocratiques ».

Des manifestants rassemblés à Tel Aviv pour protester contre la refonte du système judiciaire par le gouvernement israélien, le 18 février 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« C’est ainsi que nous défendons Israël à l’ONU », a-t-il ajouté. « Lorsque nous pensons que ses institutions démocratiques sont sous pression et sous tension, nous exprimons notre préoccupation. C’est ce que nous faisons actuellement. »

Il a admis que les États-Unis « devaient être prudents dans leur façon de dire aux pays ce qu’ils doivent faire », mais a déclaré que la « relation indéfectible » que Washington entretient avec Jérusalem leur donnait « la possibilité d’essayer de dire à Israël quand nous pensons qu’il devrait travailler à de meilleurs objectifs que ceux poursuivis actuellement par le pays ».

L’ambassadeur a noté que 50 à 60 % des Israéliens s’opposaient aux projets de réforme judiciaire du gouvernement et que ce sentiment s’étendait « certainement » aux Juifs américains – « et cela ne concerne pas seulement les Juifs libéraux comme moi, les Juifs modernes [orthodoxes] et conservateurs sont également très inquiets ».

À LIRE – Refonte judiciaire : À l’origine du combat, il y a une défiance profonde

Alors même que le gouvernement s’efforce de faire avancer les premiers éléments de la refonte à la Knesset cette semaine, Nides s’est dit optimiste quant à la possibilité que la coalition accepte de faire marche arrière.

« Je pense qu’ils doivent le faire. La seule chose qui retient l’attention du Premier ministre – comme il se doit – est l’impact économique que cela pourrait avoir », a déclaré Nides, faisant référence à la liste croissante d’éminents économistes mondiaux qui ont averti que la mise en œuvre de mesures aussi radicales pourrait nuire à l’état financier d’Israël en plus de sa nature démocratique. Un nombre croissant d’entreprises israéliennes parmi les plus prospères ont déjà commencé à retirer des milliards de dollars des banques israéliennes en raison des inquiétudes des investisseurs.

Nides a salué Netanyahu pour les efforts qu’il a déployés afin de faire croître l’économie israélienne au cours des dernières décennies avant d’affirmer qu’il « devrait s’inquiéter – ce qu’il fait – de la perception qu’ont les entreprises et les investisseurs de cette réforme judiciaire ». « Cela retient son attention et c’est justifié. »

L’ambassadeur américain en Israël Tom Nides, à gauche, et le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, à la Knesset, le 9 décembre 2021. (Crédit : Ambassade des États-Unis en Israël)

Malgré les désaccords, l’ambassadeur a insisté sur le fait que les États-Unis continueraient « à soutenir Israël au regard de sa sécurité, et à l’ONU ».

« Nous traverserons cette période. Ce sera difficile, mais… vous pouvez avoir une excellente relation avec votre allié. Quand vous n’êtes pas d’accord, vous n’êtes simplement pas d’accord », a-t-il expliqué.

Nous ne céderons pas

Interrogé sur un autre sujet de désaccord entre les États-Unis et Israël, à savoir les activités d’expansion de la présence juive en Cisjordanie, Nides a déclaré que l’administration Biden continuerait à faire pression sur les mesures qui nuisent aux perspectives d’une solution à deux États. Il n’a toutefois pas précisé si les États-Unis prendraient des mesures à l’encontre d’Israël si l’État juif continuait à ignorer ses avertissements.

Nides a déclaré que le président américain Joe Biden « se souciait profondément de cette relation bilatérale. Mais nous ne nous laisserons pas faire, nous n’ignorerons pas les actions qui, selon nous, vont à l’encontre de nos valeurs ».

L’administration Biden a publié plusieurs déclarations exprimant son mécontentement à l’égard d’Israël pour sa décision, la semaine dernière, de légaliser neuf avant-postes illégaux – dont beaucoup sur des terres palestiniennes privées – en plus de l’avancement des plans pour la construction de quelque 10 000 nouvelles maisons en Cisjordanie – le plus grand nombre jamais autorisé en une seule fois. Cependant, les États-Unis ont également passé ces derniers jours à essayer de bloquer une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant l’arrêt immédiat « des activités d’implantation ». La mesure pourrait être votée dès lundi.

« Cette question de l’expansion des implantations et des avant-postes a été une source de contrariété pour notre pays, comme elle l’a été pour les pays arabes, qui ont tendance à ne pas s’exprimer autant qu’ils le devraient face à certaines des actions qui se déroulent en Cisjordanie », a déclaré Nides dans des commentaires révélateurs de l’ampleur de la frustration des États-Unis à l’égard des Émirats arabes unis, du Bahreïn et du Maroc, signataires des Accords d’Abraham, dont les dirigeants doivent encore s’élever contre les actions israéliennes, comme l’ont fait la Jordanie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Turquie et une grande partie du monde occidental.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, sur le mont du Temple, le 3 janvier 2023. (Crédit : Minhelet Har Habayit)

Nides a également répété son opposition à la visite que le député d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, a effectuée le mois dernier sur le mont du Temple, point névralgique de Jérusalem. Nides a qualifié ce déplacement « d’inacceptable », notant que Ben Gvir avait toujours été favorable au bouleversement du fragile statu quo qui régit le site, mais qu’il était allé encore plus loin dans ses propos jeudi dernier.

« J’étais la première personne sur le terrain lorsque Ben Gvir est allé sur le mont du Temple pour semer le trouble. Il n’avait pas besoin de faire cela », a-t-il déclaré avant d’exprimer sa reconnaissance à l’égard de Netanyahu qui avait déclaré publiquement après coup qu’Israël avait l’intention de respecter le statu quo, en vertu duquel les musulmans peuvent prier sur le lieu saint qu’ils appellent le Noble Sanctuaire, tandis que les non-musulmans ne peuvent s’y rendre que dans des conditions strictes.

« Cela enflamme le Moyen-Orient quand ils agissent de façon provocatrice. Nous avons été très virulents, tout comme les autres pays du [Conseil de coopération du Golfe] lorsque cela s’est produit. C’est le genre d’absurdité qui met le feu aux poudres », a-t-il ajouté.

« L’individu lambda ne se réveille pas en pensant à deux États »

Nides s’est montré d’autant plus concerné lorsqu’il a évoqué ses efforts et ceux de l’administration Biden pour améliorer les conditions de vie des Palestiniens.

« Je passe 60 % de mon temps à essayer d’aider le peuple palestinien », a-t-il déclaré, citant les efforts de l’administration pour augmenter l’aide en faveur de l’agence UNRWA, qui s’occupe des réfugiés palestiniens et en faveur également du réseau d’hôpitaux de Jérusalem-Est. L’administration américaine œuvre aussi à convaincre Israël d’élargir les heures d’ouverture du passage Allenby entre la Cisjordanie et la Jordanie et de permettre aux Palestiniens d’accéder à une couverture cellulaire 4G. Ces deux dernières initiatives n’ont pas encore abouti.

L’ambassadeur a affirmé qu’il croyait profondément en une solution à deux États, mais il a semblé critiquer ceux qui se concentrent trop sur l’effort à grande échelle, affirmant qu’ils perdaient de vue les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Palestiniens.

Des soldats israéliens montent la garde alors que des Palestiniens passent un poste de contrôle pour assister à la prière du vendredi à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, près de la ville de Bethléem en Cisjordanie, le 29 avril 2022. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90/Dossier)

« Ce qui me frustre au plus haut point dans ce travail, c’est que nous courons après cette idée d’une solution à deux États, [mais] au bout du compte, il s’agit de prendre soin du peuple palestinien sans compromettre la sécurité de l’État d’Israël. »

« Et ils disent, ‘Oh, Tom, mais tout ça manque d’ambition’. Je m’en fiche. »

« Le Palestinien lambda se lève tous les matins, tout comme l’Israélien lambda, et tout ce qu’ils veulent, c’est la sécurité, un emploi, la liberté et des opportunités », a poursuivi Nides. « La tâche de l’Amérique (…) est de faire de son mieux pour leur offrir cela. Oui, nous devons avoir une vision pour préserver une solution à deux États, mais en attendant, je ne veux pas que tout s’écroule. »

« J’essaie donc de passer mon temps à faire des choses concrètes, afin que tous puissent se lever le matin et se dire : ‘Ok, j’ai quelque chose. Je peux aller à l’école, j’ai des soins de santé décents, j’ai une opportunité.' »

« L’individu lambda ne se réveille pas tous les jours en se disant : ‘Où est ma solution à deux États ?' », a affirmé Nides.

À Bethléem, en Cisjordanie, les forces de sécurité israéliennes observent des Palestiniens qui font contrôler leur carte d’identité alors qu’ils se rendent à Jérusalem pour assister aux prières du Ramadan, à la mosquée al-Aqsa, le 8 avril 2022. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

« Les administrations précédentes ont présenté de grands plans de paix. Malheureusement, si nous restons focalisés là-dessus, nous ne nous concentrons pas sur les choses qui doivent se produire au jour le jour pour le peuple palestinien et pour la sécurité de l’État d’Israël », a déclaré l’ambassadeur, défendant la décision de l’administration de ne pas lancer une initiative de paix israélo-palestinienne.

Il a ensuite déploré la dernière flambée de violence entre Israéliens et Palestiniens, qui depuis le début de l’année a coûté la vie à 11 Israéliens dans des attentats terroristes et à près de 50 Palestiniens – la plupart dans des affrontements avec des soldats, mais certains dans des circonstances plus douteuses.

« Chaque action crée une réaction », a expliqué Nides. « Les soldats de Tsahal arrivent [dans un village palestinien] et ils sont attaqués, entraînant la mort d’un Palestinien innocent. C’est terrible. Les Palestiniens réagissent à cela, et ils prévoient un autre attentat. C’est ainsi que les choses se déroulent. C’est tragique. »

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