Traumatismes et routine, le quotidien de Magen David Adom à Jérusalem
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Traumatismes et routine, le quotidien de Magen David Adom à Jérusalem

Les 15 000 membres des services de secours israéliens sont appelés pour tout, du conseil aux écoles à la réponse aux explosions en Israël et à l’étranger

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Il y a deux ans, Hagai Bar Tov, secouriste de Jérusalem, a été appelé sur la scène d’un attentat terroriste. Un Palestinien conduisant un tractopelle a attaqué un bus, le renversant et tuant un piéton.

« J’étais l’un des premiers secouristes à arriver, et nous avons commencé une réanimation cardio-pulmonaire, mais il ne restait rien de lui », a déclaré Bar Tov.

Bar Tov, depuis 18 ans au service médical de Magen David Adom (MDA), fait remonter la vague actuelle de terrorisme à cet incident. Il a traité depuis beaucoup de victimes de terrorisme, particulièrement près de chez lui à Kiryat Arba.

Les secouristes de MDA traitent le banal et le traumatisme dans leur journée de travail. Le personnel de l’organisation couvre une large gamme de besoins médicaux, comme premier secours, organisateurs de l’approvisionnement en sang dans le pays, et représentants d’Israël à la Croix Rouge internationale.

Le rôle le plus visible de l’organisation est son service d’urgence médicale. MDA, la plus grande association à but non lucratif d’Israël, gère 1 074 ambulances en Israël et a accès à deux hélicoptères. Leurs ambulances blanches transportent des équipements de survie basique pour les situations non urgentes, alors que les véhicules des unités de soin intensif mobile jaunes sont décrits comme des « services d’urgence sur roue » et sont gérées par des ambulanciers extrêmement formés.

Une unité de soins intensifs mobiles de Magen David Adom. (Crédit : autorisation)
Une unité de soins intensifs mobiles de Magen David Adom. (Crédit : autorisation)

Il y a aussi des bénévoles en moto ou avec des kits médicaux dans leurs véhicules personnels qui peuvent être envoyés sur place. L’organisation compte environ 15 000 personnes en Israël, dont 1 850 sont des professionnels payés, les autres étant tous bénévoles.

Le programme ‘Life Guardians’ (gardiens de la vie), qui recrute des bénévoles civils avec des compétences basiques en premier secours qui peuvent être prévenus en cas d’urgence dans leur environnement immédiat, a attiré plus de 12 000 inscriptions depuis son lancement il y a six mois.

Les appels d’urgence sont traités par des opérateurs dans tout le pays, contrairement aux Etats-Unis, où les appels sont dirigés vers des bureaux locaux. Le système nationalisé permet un temps de réponse plus rapide puisque plus d’opérateurs sont disponibles. Le temps moyen de réponse est de quatre secondes.

Environ 72 % du budget est couvert par les assurances santé des patients. La loi israélienne oblige les fournisseurs de soin à collecter cette taxe. Environ 20 % du budget provient de donateurs, principalement aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Australie.

La plupart des appels sont banaux, comme un homme âgé qui a des douleurs suspectes à la poitrine et doit être examiné, mais la plupart doivent tout de même être traités comme des urgences. Il vaut mieux « surclasser » quand il y a un doute sur la sévérité d’un cas. Les évènements spectaculaires les plus fréquents sont les accidents de la route et du travail et, en été, les noyades.

La récente vague de terrorisme a stressé le système, mais le mécanisme de gestion était déjà en place, seul le volume a augmenté, selon les secouristes.

Ils disent qu’ils peuvent voir aux blessures des victimes d’attaques au couteau que la plupart des terroristes savent où poignarder le corps pour infliger la blessure la plus grave.

Après l’explosion d’un bus à Jérusalem en avril, les secouristes ont dit savoir qui était le terroriste à la nature de ses blessures.

Explosion d'un bus à Jérusalem, le 18 avril 2016. (Crédit : porte-parole de la police israélienne)
Explosion d’un bus à Jérusalem, le 18 avril 2016. (Crédit : porte-parole de la police israélienne)

Bar Tov, qui a commencé comme bénévole à MDA quand il avait 15 ans, vit dans l’implantation de Kiryat Arba, en Cisjordanie, près de Hébron.

« Je réponds à la plupart des appels que nous avons ici. Ce n’est pas facile d’arriver sur place pour découvrir que vous soignez des amis ou des personnes que vous connaissez, ou pire, que vous devez soigner des soldats très grièvement blessés », a-t-il dit.

MDA répond aussi aux évènements d’urgence à l’étranger, comme le tremblement de terre à Haïti en 2010, ou au Népal l’année dernière, particulièrement si des Israéliens sont piégés ou blessés dans une zone sinistrée.

Au Népal, une équipe a été envoyée pour soigner les Israéliens, et une pour les Népalais. Une équipe est partie soigner les Israéliens blessés dans l’attentat à la bombe d’Istanbul en mars, où trois Israéliens avaient été tués et 11 blessés.


Ci-dessus : des secouristes de MDA partent pour Istanbul pour aller soigner les Israéliens blessés par une explosion.

Malgré les évènements traumatisants que Bar Tov a vus dans son travail, il a aussi connu de grands moments. Il a donné naissance à des jumeaux à l’arrière d’une ambulance il y a cinq ou six ans, a-t-il déclaré. Et il a rencontré sa femme après lui avoir cuisiné un plat à la station MDA de Rishon Lezion, dans le centre d’Israël, où ils travaillaient tous les deux à l’époque. Ils ont maintenant quatre enfants, et travaillent tous les deux comme secouristes à Jérusalem.

Les appels ordinaires donnent aussi de la force, dit-il.

« Quand vous allez voir un vieil homme, même s’il a seulement besoin d’aide pour se relever du sol et aller au lit, dit Bar Tov, c’est un beau sentiment quand quelqu’un vous sourit quand vous avez fini et vous dit ‘merci’. »

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