Un ex-enquêteur allègue que le meurtre d’un Bédouin par la police a été étouffé
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Un ex-enquêteur allègue que le meurtre d’un Bédouin par la police a été étouffé

L'ancien chef des enquêtes internes de la police affirme que l'opposition à l'idée que Yaqoub Abu al-Qiaan était un terroriste a été retirée des documents officiels par Shai Nitzan

Uri Carmel, alors chef du département des enquêtes internes de la police, s'exprime lors d'une manifestation de la police à Jérusalem, le 27 janvier 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)
Uri Carmel, alors chef du département des enquêtes internes de la police, s'exprime lors d'une manifestation de la police à Jérusalem, le 27 janvier 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’ancien chef de l’unité des affaires internes de la police israélienne aurait allégué que le ministère public avait tenté d’enterrer une enquête sur la fusillade mortelle d’un Bédouin par la police en 2017 afin de protéger l’image des forces de l’ordre.

Le chef du département des enquêtes internes de la police à l’époque de la fusillade, Uri Carmel, a affirmé que le procureur Shai Nitzan avait tenté de faire taire une opinion dissidente qui remettait en question la ligne officielle de la police selon laquelle l’homme était un terroriste, selon une information publiée lundi dans le quotidien Haaretz.

Yaqoub Abu al-Qiaan a été abattu par la police en janvier 2017, après l’arrivée d’officiers chargés de superviser la démolition de maisons, dont la sienne, à Umm al-Hiran, un village bédouin illégal que l’État rasait pour faire place à la construction d’une route vers une nouvelle ville juive.

Alors que les forces de l’ordre convergeaient vers le village, Abu al-Qiaan, un enseignant de 47 ans et père de 12 enfants, a mis quelques affaires dans son 4×4 et a quitté sa maison en disant qu’il ne pouvait pas supporter de la voir être rasée.

Des officiers de police israéliens se tiennent à côté du véhicule de Yaqoub Abu al-Qia’an qui a percuté des policiers dans le village bédouin d’Umm al-Hiran dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Police israélienne)

Peu après, la police lui a tiré dessus. Il a perdu le contrôle de sa voiture, qui a accéléré en descente et a percuté un groupe de policiers, tuant l’un d’entre eux. La police lui a ensuite tiré dessus à nouveau, pensant qu’il les avait renversés intentionnellement, et il est mort.

Dans une lettre adressée au juge à la retraite David Rozen, médiateur chargé des plaintes du public contre les représentants de l’État, qui mène une enquête préliminaire sur les allégations de dissimulation, Carmel aurait déclaré que le bureau de Nitzan avait supprimé des documents officiels toute mention d’opposition à leur position selon laquelle une enquête policière interne ne devrait pas être ouverte.

Selon la lettre, dans les discussions tenues au bureau de Nitzan, Carmel a soutenu l’ouverture d’une enquête, mais son avis a été omis dans les résumés des discussions qui ont été distribués par la suite.

Carmel a ajouté que des membres du bureau de Nitzan avaient essayé de négocier avec lui pour « changer la formulation des positions du département des enquêtes » sur la question, en citant un certain nombre d’exemples dans lesquels il avait spécifiquement fait part de ses préoccupations.

« Je suis troublé par le fait qu’il n’y a pas dans le résumé de la discussion une formulation ordonnée des positions exprimées sur une question sensible et centrale », a écrit Carmel à Nitzan en février 2018, selon des documents qu’il a remis à Rozen. « C’est une question d’une sensibilité juridique, publique et humaine de premier ordre, peut-être l’une des questions les plus sensibles que j’ai traitées au cours de toutes mes années d’exercice de la profession d’avocat. »

L’ancien procureur général de l’État, Shai Nitzan, s’exprime lors de la conférence Calcalist à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. (Miriam Alster/FLASH90)

Carmel a également critiqué le chef de la police de l’époque, Roni Alsheich, pour avoir affirmé que l’incident était une attaque terroriste alors qu’il était « certainement au courant » d’une série d’opinions dissidentes, notamment celles de la police des polices et de l’agence de sécurité du Shin Bet.

En septembre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté des excuses publiques pour une affirmation du gouvernement israélien selon laquelle Abu al-Qia’an était un terroriste.

Ces excuses ont été la première reconnaissance par un fonctionnaire du gouvernement que la qualification était erronée, malgré l’abondance de preuves ayant déjà montré qu’Abu al-Qia’an n’était pas un terroriste et n’avait pas attaqué la police. Cela s’est passé le lendemain d’un reportage télévisé qui accusait la police et les procureurs de dissimuler diverses affaires, dont la fusillade, afin d’éviter de ternir leur nom dans le cadre de l’enquête sur Netanyahu. Cela a conduit certains à s’interroger sur les motivations de Netanyahu pour présenter ses excuses, d’autant plus qu’il a accusé la police et les procureurs d’avoir marqué Abu al-Qia’an au fer rouge pour lui « faire du mal ».

Dimanche, les avocats de la défense de Netanyahu ont demandé au tribunal de district de Jérusalem de rejeter trois accusations criminelles contre le Premier ministre, prétendant que les forces de l’ordre ont « inventé » les accusations de corruption à son encontre.

Yaqoub Mousa Abu al-Qia’an. (Autorisation)

Après les excuses du Premier ministre en septembre, la police israélienne a exprimé pour la première fois ses regrets concernant la mort d’Abu al-Qia’an, sans toutefois s’excuser ou se rétracter complètement sur l’affirmation qu’il était un terroriste.

« Nous participons à la douleur des familles pour ces décès », a commente un porte-parole de la police dans une brève déclaration, en faisant référence à Abu al-Qia’an et Erez Levi, l’officier qui a été écrasé par sa voiture, qualifiant leur mort “d’incident regrettable”.

Nitzan a ensuite déclaré dans une série d’apparitions dans les médias qu’il n’avait jamais traité Abu Al-Qia’an de terroriste et n’avait certainement pas étayé la conclusion de la police. Il a également déclaré que Netanyahu était « un gros menteur » pour avoir insinué que la police avait essayé de couvrir son erreur dans l’affaire pour nuire au Premier ministre.

En réponse aux informations publiées lundi sur les revendications de Carmel, les proches de Nitzan ont indiqué à Haaretz que l’ancien procureur n’avait pas encore vu la lettre mais qu’il répondrait « volontiers » si Rozen le lui demandait.

Ils ont toutefois ajouté : « Le procureur ne fonctionne pas comme un tampon en caoutchouc censé accepter toutes les recommandations du chef du département des enquêtes internes ou de tout autre procureur, sans faire preuve de discernement. Dans ce cas, il a examiné attentivement toutes les preuves et il est parvenu aux conclusions énoncées dans sa décision sur la base d’une analyse de ces preuves. »

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