Un groupe de réflexion remonté contre les diplomates étrangers
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Un groupe de réflexion remonté contre les diplomates étrangers

Pas un seul diplomate ne s'est présenté à la conférence du JCPA qui vise à faire de l’antisémitisme un crime international

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le mémorial de Babi Yar, à Kiev, en Ukraine,  en septembre 2014 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le mémorial de Babi Yar, à Kiev, en Ukraine, en septembre 2014 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Un groupe de réflexion israélien a lancé lundi une initiative visant à faire de l’antisémitisme un crime international. Ils ont rédigé une convention qui, espèrent-ils, sera adoptée par de nombreux États à travers le monde. Pas un seul diplomate étranger n’a assisté à l’événement, à la plus grande consternation des organisateurs.

Toutes les 160 représentations diplomatiques en Israël ont été invitées au lancement de la conférence sur la « Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de l’antisémitisme », qui se tenait dans un hôtel de Jérusalem-Ouest, mais pas un seul diplomate ne s’est présenté.

« Ça me rend triste et déprimé », a déclaré Alan Baker, un ancien diplomate israélien de haut rang, qui a rédigé la convention.

« Ceci est révélateur du problème que nous avons de la négation et du refus de la communauté internationale de reconnaître le fait que l’antisémitisme a toujours été et continue d’être un problème très grave », a-t-il fulminé. « Je ne peux que l’attribuer à un politiquement correct exagéré – ils ne veulent pas être considérés comme donnant une forme d’encouragement ou de soutien à quelque chose qui pourrait être mal interprété par les Etats arabes ou autre chose. »

La convention vise à criminaliser l’antisémitisme à l’échelle internationale, ce qui en ferait une infraction dont les auteurs pourraient être extradés et poursuivis comme des auteurs de génocide, de racisme, de piraterie, de prise d’otages, de terrorisme, et d’autres transgressions qui sont reconnus comme des crimes internationaux.

« Je me demande, comment est-ce possible qu’aujourd’hui, avec toute l’histoire connue de l’antisémitisme et ses conséquences tragiques à travers les siècles, personne n’ait vraiment rien fait pour le qualifier de crime international ? », s’est étonné Baker lors du lancement de l’événement.

Baker, qui a travaillé sur ce projet pour le compte du Centre de Jérusalem pour les affaires publiques, un groupe de réflexion qui tend vers la droite, a indiqué qu’il espère que les communautés juives à travers le monde plaideront auprès de leur gouvernements pour qu’ils signent la Convention.

Alan Baker (Crédit : Autorisation ambassadoralanbaker.com)
Alan Baker (Crédit : Autorisation ambassadoralanbaker.com)

« Il y a un long chemin à parcourir. Nous devons tout d’abord persuader nos propres communautés juives, les dirigeants juifs, les organisations juives que cela est une cause qu’il faut aborder maintenant. Il ne peut pas être mis à l’écart comme c’est le cas année après année », a-t-il déploré.

« Il est naturel qu’ Israël devienne le premier pays à parrainer ce [projet]. Mais combien y-a-t-il de millions de Juifs à travers le monde ? Que ce soit en Russie ou aux États-Unis ou en Europe », explique Baker. « Cela n’est pas le projet le plus important d’Israël. Les communautés juives du monde devraient être préoccupées par ce sujet. L’antisémitisme est quelque chose qui se passe en Europe et dans le monde. »

Jusqu’à présent, pas un seul Etat n’a indiqué qu’il envisageait de signer la convention, même Israël. Baker a précisé qu’il a consulté des universitaires israéliens et les organisations juives telles que B’nai Brith et le Centre Simon Wiesenthal.

Mardi, le ministère israélien des Affaires étrangères a inauguré le cinquième Forum mondial pour la lutte contre l’antisémitisme, un événement de deux jours auquel participent de nombreux éminents experts et au cours duquel le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres hauts responsables interviendront.

Baker, qui n’a pas informé le ministère des détails de son projet, devrait présenter sa convention à l’un des 12 groupes de travail qui se réuniront pour discuter de diverses questions lors de la conférence.

« Le texte de la convention a été distribué par le ministère des Affaires étrangères à tous les participants inscrits dans les groupes de travail », a déclaré Akiva Tor, tête du Bureau des Affaires juives mondiales du ministère et coorganisateur du Forum mondial. « Nous nous attendons à une discussion productive et professionnelle, entre autres sur cette initiative. »

Baker explique que discuter de l’antisémitisme est important, mais qu’à la fin de la conférence « tout le monde rentrera à la maison, comme ils le font chaque année, heureux d’avoir fait leurs déclarations », mais avec très peu de résultats concrets. Sa convention, elle, présente un « moyen pratique de faire avancer les choses qui nécessite une action », a-t-il argué.

La convention définit les actes ou les manifestations d’antisémitisme ainsi : « [toute] expression d’hostilité ou de démonstration de la violence envers les Juifs individuellement, en groupe ou une collectivité, ou envers le peuple juif comme un groupe religieux, ethnique ou raciale, ou envers la culture juive, les pratiques religieuses, et les biens qui peuvent être attribués à la religion juive et / ou à l’origine ethnique, y compris attaquer, physiquement et par d’autres façons, les personnes ou des biens – tels que des bâtiments, des écoles, des lieux de culte et des cimetières – parce ils sont ou sont perçues comme juifs ou liés à des Juifs ».

Une personne commettrait une infraction en vertu de la convention si il ou elle provoquait ou cherchait à provoquer de « la violence ou du terrorisme » contre des cibles juives ou à nier l’Holocauste.

La convention, qui est en grande partie basée sur les conventions antérieures relatives à l’antisémitisme, définit également le phénomène de l’application du « double standard vis-à-vis de l’Etat d’Israël, en exigeant d’Israël un comportement qui n’est pas attendu ni requis des autres nations démocratiques ».

Ce qui comprend également la « diffamation des dirigeants israéliens, notamment à travers des comparaisons avec les dirigeants nazis, et par l’utilisation de symboles nazis pour les caricaturer et d’autres telles diabolisations arbitraires et générales d’Israël, sans préjudice sur la validité de la critique de la politique israélienne ».

Dans ce contexte, il y a une ligne fine entre l’antisémitisme et la critique de la politique israélienne, reconnait Baker.

« Nous ne pouvons pas prétendre que chaque ‘critique légitime’ d’Israël relève de l’antisémitisme. Et nous ne devrions pas le faire ». Qualifier Israël d’Etat d’apartheid, cependant, est « faux et pas vrai » et « dépasse les limites », a-t-il précisé.

Baker, un ancien conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères, est persuadé que l’antisémitisme nécessite sa propre convention car elle n’est pas comparable à l’islamophobie ou d’autres formes de discrimination.

« L’antisémitisme, par sa nature même, avec sa longue histoire sans fin et sa propension à constamment réapparaître dans des formes et des contextes modernes, ne peut pas et ne doit pas être assimilé, lié, ou traité comme les autres formes de discrimination raciale », écrit-il dans l’introduction de la convention. « Il est unique. Il ne peut pas et ne doit pas être comparée à la liste des formes de discrimination raciale et de xénophobie. »

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