Rechercher

Un militant new-yorkais s’apprête à lancer un organe de presse haredi

Naftuli Moster espère que Shtetl sera lancé début 2023 ; refusant de révéler ses sources de financement, il a affirme que le journal produira un journalisme indépendant

Naftuli Moster, directeur exécutif du groupe de défense à but non-lucratif Yaffed, s'exprimant lors d'une conférence de presse, le 24 juillet 2019. (Crédit : Yaffed via JTA)
Naftuli Moster, directeur exécutif du groupe de défense à but non-lucratif Yaffed, s'exprimant lors d'une conférence de presse, le 24 juillet 2019. (Crédit : Yaffed via JTA)

JTA – Naftuli Moster, le fondateur et ancien directeur exécutif de Yaffed, un groupe de plaidoyer axé sur l’amélioration de l’éducation laïque dans les écoles juives ultra-orthodoxes, lance un organe de presse axé sur ce qu’il considère comme un désert d’informations dans le monde haredi (ultra-orthodoxe).

Fort d’un conseil d’administration comprenant des journalistes juifs chevronnés, « Shtetl : Haredi Free Press » sera lancé en ligne en 2023. Moster a déclaré qu’il étudiait également la possibilité d’une version imprimée. L’annonce en ligne de Shtetl indiquait qu’il disposait d’un financement de départ pour deux ans. Moster a refusé de faire des commentaires sur l’identité des bailleurs de fonds, mais a souligné que ce média produira un journalisme indépendant.

« Chaque communauté a besoin d’une presse libre », a déclaré Moster à la Jewish Telegraphic Agency. « Les membres de cette communauté, ma communauté, méritent eux aussi un média libre. La création de Shtetl fait suite à un développement passionnant dans les espaces juifs et médiatiques, et nous sommes impatients de faire notre entrée début 2023. »

Moster, qui a grandi dans une famille ultra-orthodoxe à Borough Park, à Brooklyn, a quitté son poste au sein de Yaffed en septembre après une décennie en tant que fondateur et dirigeant. Au cours de cette période, Yaffed a attiré l’attention des responsables de l’éducation de la ville et de l’État, car le groupe a intenté plusieurs procès visant à améliorer l’accès à l’éducation laïque dans les yeshivot ultra-orthodoxes. À son tour, il s’est attiré l’ire des dirigeants haredim, qui n’appréciaient pas qu’un initié manifeste invite à examiner leurs établissements d’enseignement.

Les communautés ultra-orthodoxes de Brooklyn et des comtés de Rockland et d’Orange à New York sont actuellement desservies par des journaux imprimés et en ligne, en anglais et en yiddish, qui ont tendance à protéger les intérêts de la communauté, y compris les yeshivot.

Elad Nehorai, un ancien écrivain hassidique et militant progressiste, a déclaré que ces sites ressemblent davantage à des bulletins d’information communautaires qu’à des entreprises journalistiques, publiant des histoires d’intérêt local comme des avis de décès et de mariage, des avis sur les événements communautaires et des histoires sur la construction de nouvelles synagogues ou écoles. La couverture de l’actualité nationale et mondiale a tendance à se concentrer sur la communauté ultra-orthodoxe d’Israël et sur les événements extérieurs au monde religieux.

Un panneau d’affichage de YAFFED devant une yeshiva, exhortant les parents à penser à l’éducation laïque de leurs fils. (Crédit : Yaffed)

« Le monde haredi en général n’est pas habitué au type de journalisme qui existe dans le monde laïc », a déclaré Nehorai. « Dans le monde laïc, enquêter sur les méfaits des dirigeants est une chose normale. »

Par exemple, c’est un journal laïc – le quotidien israélien Haaretz – qui, en 2021, a fait état des allégations entourant Chaim Walder, un auteur israélien haredi pour enfants autrefois célèbre, accusé d’avoir agressé sexuellement plus de 20 femmes, dont plusieurs mineures. Ce n’est qu’après que ces allégations sont devenues un sujet de conversation important dans les communautés ultra-orthodoxes que la presse haredi a commencé à les couvrir – souvent avec une sympathie non-dissimulée pour Walder.

« Très souvent, si vous regardez cette presse, il s’agit davantage de construire une communauté », a déclaré Nehorai à propos du monde haredi. En revanche, « si vous ouvrez le New York Times, on y trouve généralement beaucoup de nouvelles négatives ».

Les dirigeants de la communauté ultra-orthodoxe se sont indignés lorsque, en septembre, le New York Times a publié une enquête majeure qui a révélé que dans les yeshivot de New York, « des générations d’enfants ont été systématiquement privés des matières du tronc commun, piégeant nombre d’entre eux dans un cycle de chômage et de dépendance ». La réaction de la communauté hassidique et d’autres communautés orthodoxes a commencé avant même la publication de l’article, des personnes affirmant que le New York Times et les reporters juifs eux-mêmes étaient partiaux, voire antisémites, dans leurs enquêtes.

Moster envisage un rôle pour Shtetl qui favorisera « des discussions importantes qui sont cruciales pour le bien-être de la communauté haredit et au-delà », selon une annonce publiée en ligne. En même temps, « il produira un contenu que d’autres médias ne peuvent pas, ne sont pas équipés pour ou ne veulent pas fournir à leurs lecteurs, que ce soit par manque de ressources, de compétences culturelles, d’accès aux initiés ou de maîtrise du yiddish ».

Le projet recrute actuellement des membres du conseil d’administration, des journalistes à temps plein et indépendants, des rédacteurs et des professionnels du marketing. Le conseil fondateur comprend les journalistes Larry Cohler-Esses, de The Forward, et Ari Goldman, de l’école de journalisme de Columbia, qui ne sont ni l’un ni l’autre haredi, ainsi qu’Adelle Goldenberg, récemment diplômée de l’université de Harvard, qui a grandi dans le quartier hassidique de Borough Park. Goldenberg a reçu le prix Yaffed Changemaker 2021 pour l’aide qu’elle apporte aux étudiants ultra-orthodoxes qui veulent intégrer une université en dehors du système des yeshivot.

Chaim Walder travaillant dans son bureau, à Bnei Brak, en 2011. (Crédit : Wikipedia CC BY-SA 3.0)

Goldman, un ancien journaliste religieux du New York Times qui fréquente une synagogue orthodoxe moderne, a déclaré à la JTA qu’il s’était familiarisé avec le travail de Moster avec Yaffed il y a environ cinq ans. Il s’est dit impressionné par les efforts de Moster pour donner aux jeunes haredim une solide éducation laïque et a estimé que les communautés ultra-orthodoxes pourraient également bénéficier d’un meilleur journalisme.

« Je veux soutenir un effort qui tente d’éclairer davantage une communauté à qui beaucoup de choses sont cachées et inconnues », a déclaré Goldman. « Je suis également très intéressé par le bon journalisme, qui est, selon moi, une pierre angulaire de notre société. Et je veux qu’il soit utilisé au mieux dans la communauté ultra-orthodoxe. »

Les détracteurs de Shtetl, qui prétendent appartenir au monde ultra-orthodoxe et orthodoxe, ont déjà exprimé leur opinion sur les réseaux sociaux, affirmant que le nouveau projet médiatique a pour but de nuire à leurs communautés.

Ce retour de bâton fait écho à celui que Moster reçoit depuis une décennie, lorsque son plaidoyer en faveur de l’éducation lui a même valu l’étiquette de « moser », reflétant une dangereuse accusation selon laquelle il aurait impliqué de manière inappropriée les autorités laïques dans les affaires juives.

« Les personnes qui réagissent négativement ne voient pas cela comme ‘Oh, ils écrivent simplement des choses négatives sur nous' », a déclaré Nehorai. « Ils le voient comme un traître. Ils le voient comme quelqu’un qui s’est retourné contre [eux]. Et ce qui est fascinant dans tout cela, c’est que peu importe que vous soyez haredi ou ex-haredi, ce qui se produit alors, c’est que vous êtes étiqueté comme un outsider. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.