Un tribunal militaire maintient la condamnation à 18 mois de prison d’Azaria
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Un tribunal militaire maintient la condamnation à 18 mois de prison d’Azaria

L'appel lancé par le procureur à durcir la condamnation du tireur de Hébron a été rejeté. "Il a agi comme s'il était sur un stand de tir", ont déclaré les juges

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)
Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)

Une cour d’appel militaire a maintenu dimanche la condamnation pour homicide volontaire d’un soldat qui avait mortellement blessé un Palestinien étendu sur le dos, ainsi que la peine à 18 mois de prison à laquelle il avait été condamné en première instance.

Faisant part de leur jugement, les cinq magistrats ont affirmé qu’Elor Azaria avait géré une « scène d’attentat terroriste » comme un champ de tir, écartant le témoignage d’Azaria et rejetant l’argument avancé par la défense que des soldats dans des situations similaires n’avaient pas été inquiétés.

Les juges ont aussi rejeté un appel des procureurs d’augmenter la peine d’Elor Azaria pour homicide volontaire.

Contactée par l’AFP, l’armée n’a pas confirmé ces informations dans l’immédiat.

Le 4 janvier, un tribunal militaire avait reconnu coupable d’homicide involontaire Azaria – qui vient tout juste de terminer son service militaire – après avoir tué un Palestinien qui avait été neutralisé après un attentat au cours duquel il avait attaqué deux soldats à l’arme blanche dans la ville de Hébron, au mois de mars 2015. Il avait été condamné à 18 mois de prison et à une rétrogradation militaire, une peine jugée trop légère et « inacceptable » par l’ONU et qui avait déçu les défenseurs des droits de l’Homme. Pour leur part, les procureurs avaient jugé la sentence « trop indulgente ».

Cette affaire clivante avait révélé de profondes division au sein de la société israélienne, certains considérant Azaria comme un héros et d’autres comme un criminel.

Azaria s’était défendu en clamant qu’il avait tiré sur Abdel Fattah al-Sharif après avoir hâtivement estimé que l’attaquant, qui bougeait légèrement, pouvait être armé d’explosifs dissimulés dans sa veste ou qu’il pouvait attraper le couteau qui était resté près de lui.

Les procureurs ont affirmé que l’agresseur gravement blessé ne présentait aucun danger, ayant été touché par une balle d’un autre militaire, et qu’Azaria avait tiré sur Sharif à la tête pour se venger de ses camarades, l’un d’eux ayant été blessé durant l’attaque.

Un militant palestinien appartenant au groupe de défense des droits de l’Homme israélien BTselem avait filmé la scène, survenue le 24 mars 2016, et la vidéo était devenue une pièce essentielle du dossier après avoir envahi les réseaux sociaux.

Azaria est arrivé sur la base militaire de Kirya à Tel Aviv portant des habits civils, un tee-shirt blanc et un pantalon noir, en contraste avec l’uniforme militaire qu’il avait porté au cours des précédentes audiences.

Sa mère, Oshrat, marchait à ses côtés, un drapeau israélien entourant ses épaules.

Charlie, le père d’Azaria, a demandé aux médias et aux soutiens de son fils qui avaient envahi la salle de respecter le décorum et a noté que la famille respecterait la décision du tribunal et déciderait d’éventuelles initiatives ultérieures en fonction du jugement.

Au début du mois, Azaria, au terme de son service militaire obligatoire, a été assigné à résidence dans l’habitation de ses parents.

Azaria avait passé la plus grande partie de l’année dernière plus trois mois – depuis son arrestation jusqu’au procès et durant le processus d’appel – sur une base militaire fermée, dans une sorte d’assignation à domicile militaire.

L'ancien soldat de l'armée israélienne Elor Azaria, condamné pour homicide involontaire pour avoir abattu un attaquant palestinien blessé et couché à terre au cours de son service militaire en 2015, attend le début de son audience de condamnation sur la base militaire de Kirya à Tel Aviv, le 30 juillet 2017 (Crédit : Avshalom Sasoni)
L’ancien soldat de l’armée israélienne Elor Azaria, condamné pour homicide involontaire pour avoir abattu un attaquant palestinien blessé et couché à terre au cours de son service militaire en 2015, attend le début de son audience de condamnation sur la base militaire de Kirya à Tel Aviv, le 30 juillet 2017 (Crédit : Avshalom Sasoni)

Les avocats d’Azaria avaient fait appel de sa condamnation au mois de mars. Les procureurs avaient pour leur part lancé leur propre appel, affirmant que la peine légère dont le soldat a écopée ne correspondait pas à la gravité de son crime.

Dans leur appel, les avocats d’Azaria avaient maintenu que les procureurs n’avaient pas de preuve essentielle à apporter et que les militaires appliquaient la loi de façon arbitraire, d’autres soldats n’ayant ni été condamnés ni même été poursuivis dans des circonstances similaires.

De leur côté, les procureurs avaient estimé que la condamnation d’Azaria à 18 mois d’incarcération était trop légère au vu de la gravité de son acte, citant des cas semblables où les soldats avaient écopé de peines plus lourdes.

C’est un groupe de cinq juges, comprenant trois magistrats, un brigadier-général, un major-général et dirigé par le général de division Doron Peilis, qui a pris deux heures pour soumettre le long jugement.

Peilis a lu la décision, dans laquelle il a noté que les magistrats en appel avaient rejeté une demande de la défense qui réclamait la prise en compte de l’affaire du 14 juillet – l’attentat terroriste survenu au mont du Temple à Jérusalem, lors duquel un terroriste qui était apparemment neutralisé avait tenté de se lever pour poignarder des policiers qui étaient en train de l’arrêter. Un agent de police avait alors tiré mortellement sur l’individu.

Pendant que les juges lisaient les déductions ayant mené à leur décision, qui ont compris les détails des raisons de leur rejet d’une grande partie de l’appel de la défense, la famille a semblé être en proie à un découragement croissant. A un moment, Oshrat, soupirant bruyamment, a dit que son fils avait été « encadré » dans le procès.

Le tribunal a entendu comment le témoignage d’Azaria s’était « développé » durant tout le procès, un témoignage qualifié de « peu fiable » par les juges. Les inconsistances du récit, ont-ils estimé, ne peuvent être attribuées au contexte « post-traumatique » comme l’avait affirmé la défense, Azaria semblant davantage adapter son témoignage de façon à ce qu’il concorde avec celui des autres.

Les juges ont déclaré que la vidéo de la fusillade montrait « l’égalité d’humeur » du soldat alors qu’il confiait son casque à un autre militaire avant de viser Sharif et de tirer une balle qui aura été fatale.

« Sa façon de faire était plus adaptée à un champ de tir qu’à une scène d’attentat terroriste », ont dit les magistrats.

Un élément clé du procès, ont-ils affirmé, a été le témoignage apporté par l’un des soldats qui se trouvaient à côté d’Azaria et qui a indiqué que l’accusé avait tiré pour se venger.

« Comment est-il possible qu’un terroriste puisse poignarder mon ami et rester en vie ? », aurait ainsi dit Azaria selon l’un des témoins, des propos rappelés par Peilis.

Dans leur appel, les avocats de la défense ont affirmé que le témoignage du témoin était mensonger parce qu’il avait exprimé des doutes au sujet des phrases exactes prononcées par Azaria et concernant le moment où ces propos avaient été tenus, notant qu’il avait été demandé à ce témoin à de multiples reprises d’attester de la véracité de sa déclaration et de maintenir son sens général.

Le témoignage du commandant d’Azaria, le major Tom Naaman, qui avait soutenu les procureurs durant le procès, a été, ont convenu les juges, problématique en raison de contradictions et a été donc considéré comme insuffisant également.

Les juges ont aussi noté que leur opinion n’avait pas été influencée par les commentaires faits par le chef d’Etat major de l’armée israélienne Gadi Eisenkot qui, même avant le procès initial, avait indiqué que de son point de vue, Azaria avait eu tort d’ouvrir le feu sur Sharif.

L’affirmation faite par la défense qu’Azaria ait été la victime d’une application arbitraire de la loi dans la mesure où des cas similaires au sien n’avaient pas entraîné de condamnation du tireur a été rejetée par le tribunal, qui a estimé qu’il n’y a eu qu’un seul incident comparable – celui d’un policier volontaire qui avait tiré sur un terroriste à Jaffa suite à une attaque au couteau – mais que l’incident survenu à Jaffa était en train de se dérouler tandis que la fusillade de Hébron avait eu lieu après que l’agression a été déjouée.

S’exprimant avant l’audience, l’avocat d’Azaria, Yoram Sheftel, a montré aux journalistes une photographie apparemment prise suite à un attentat terroriste meurtrier survenu en 1972 qui avait tué deux soldats de l’armée israélienne. Les forces de sécurité avaient, semble-t-il, été vues en train de regarder le corps de l’un des terroristes avant d’ouvrir le feu à bout portant pour garantir qu’il était mort.

Le législateur du Likud Oren Hazan, qui a appuyé Azaria et a appelé à ce qu’il soit disculpé, se trouvait également à l’audience lors de la décision, ainsi que sa collègue Nava Boker, issue du même parti.

Aux abords du tribunal, des douzaines de supporters ont agité des drapeaux et qualifié de héros Azaria.

Les soutiens d'Elor Azaria, le soldat israélien condamné pour l'homicide involontaire en 2015 d'un attaquant palestinien, manifestent aux abords du tribunal militaire sur la base de Kiriya, le 30 juillet 2017 à Tel Aviv (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Les soutiens d’Elor Azaria, le soldat israélien condamné pour l’homicide involontaire en 2015 d’un attaquant palestinien, manifestent aux abords du tribunal militaire sur la base de Kiriya, le 30 juillet 2017 à Tel Aviv (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le jugement est survenu après l’échec d’une médiation entre les procureurs et la défense qui avait été ordonnée par le tribunal.

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)
Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d’une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d’écran B’TSelem)

Alors que ce n’est pas la première fois qu’un soldat de l’armée israélienne est condamné pour homicide involontaire, c’est un événement qui est excessivement rare, la majorité des dossiers étant réglés par le biais d’un arrangement afin d’éviter un procès.

Les quelques cas dans lesquels des soldats israéliens ont été reconnus coupables relevaient de circonstances complètement différentes, offrant peu de précédents aux juges pour déterminer la peine.

L’AFP et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

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