Israël en guerre - Jour 236

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Une grosse société fintech israélienne puise dans le vivier de talents arabes

Pagaya embauche plus de salariés arabes israéliens sur son site à Sakhnin, alors que le gouvernement réduit les fonds destinés au développement économique de la communauté arabe

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Des Arabes israéliens travaillant sur le site de l'entreprise de fintech Pagaya, situé au Centre d'innovation Northmed, dans la ville arabe de Sakhnin, dans le nord d'Israël. (Crédit : Autorisation)
Des Arabes israéliens travaillant sur le site de l'entreprise de fintech Pagaya, situé au Centre d'innovation Northmed, dans la ville arabe de Sakhnin, dans le nord d'Israël. (Crédit : Autorisation)

Shereen Ayoub Helou, une Israélienne arabe originaire d’un village près de Nazareth, a obtenu un nouvel emploi l’année dernière – un poste de débutante dans la société fintech israélienne Pagaya Technologies, basée à Tel Aviv.

Lorsque la guerre a éclaté quatre mois plus tard, son directeur et son chef d’équipe ont été appelés à effectuer un service de réserve dans le cadre des combats en cours avec le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza. Israël a mobilisé des centaines de milliers de réservistes à la suite de l’assaut barbare mené par le Hamas le 7 octobre contre les communautés du sud, au cours duquel quelque 3 000 terroristes ont tué près de 1 200 personnes et en ont enlevé 253 autres.

« Du jour au lendemain, je me suis retrouvée sans mon chef d’équipe avec lequel je travaille tous les jours, tout en continuant à faire mon travail au même rythme avec une charge de travail plus importante car de nombreux employés étaient en service de réserve », a déclaré Ayoub Helou au Times of Israel. « Au début, c’était déstabilisant, mais j’ai décidé d’essayer de transformer la situation en quelque chose de positif […] et de faire mes preuves. »

Cette trentenaire, originaire du village arabe de Reinah, a déclaré que la situation de guerre avait montré aux entreprises du secteur de la haute technologie comment allier Arabes et Juifs sur le lieu de travail, étant donné la pénurie de personnel qualifié, d’analystes de données et de programmeurs.

« Pendant la guerre, quoi qu’il arrive, l’un complète l’autre, qu’il soit arabe ou juif », a-t-elle affirmé. « En décembre, Pagaya a embauché quatre autres employés arabes dans le cadre d’un programme visant à intégrer les diplômés arabes dans le secteur de la high-tech. »

Même avant le déclenchement de la guerre, le secteur de la haute technologie, qui est le moteur de croissance de l’économie, était confronté à une grave pénurie d’ingénieurs et de programmeurs qualifiés. Ces dernières années, cette pénurie a donné lieu à de nombreuses initiatives gouvernementales visant à intégrer les populations sous-représentées d’Israël, notamment les Arabes et les ultra-orthodoxes, dans le secteur de la high-tech et autres secteurs de l’économie, tels que la construction, l’hôtellerie et la médecine.

Shereen Ayoub Helou, une Arabe israélienne originaire du village de Reinah, près de Nazareth. (Crédit : Autorisation)

La population arabe représente plus de 20 % de la population, et l’on observe depuis quelques années une tendance de plus en plus positive à l’intégration dans l’économie ainsi qu’une augmentation du nombre d’étudiants arabes qui étudient des sujets liés à la technologie dans les universités. Le déclenchement de la guerre a créé une nouvelle réalité et met à l’épreuve les efforts d’intégration et les initiatives qui ont été mis en place au cours des deux dernières décennies.

En mars, le gouvernement a adopté un budget de guerre modifié pour 2024 et a réduit d’environ 15 % le financement d’un plan quinquennal destiné à favoriser l’intégration sociale et économique des Arabes israéliens et à réduire les écarts socio-économiques.

La guerre a entraîné un chômage généralisé parmi les Arabes israéliens, qui a grimpé à plus de 15 % en octobre, et le taux d’emploi réel des hommes arabes a été beaucoup plus impacté que celui des hommes juifs, selon les données compilées par la Banque centrale d’Israël. Cela s’explique non seulement par le fait que de nombreux Arabes sont employés dans le secteur de la construction, qui a été impacté dès les premières semaines des combats, mais aussi par les inquiétudes et les tensions liées aux interactions potentielles entre Arabes et Juifs, selon une étude de l’Institut Aaron pour la politique économique et de The Joint.

« Le secteur technologique israélien est plus diversifié, plus global et plus ouvert aux autres que d’autres secteurs et industries en Israël, où la guerre a provoqué un changement de sentiment et une méfiance entre les sociétés arabe et israélienne », a déclaré Dr. Marian Tehawkho, directrice du Centre de politique économique de la société arabe à l’Institut Aaron de politique économique de l’Université Reichman. « Un sentiment d’insécurité personnelle et de peur a empêché de nombreux Arabes, qui peuvent contribuer à l’économie, de se rendre sur leur lieu de travail au fur et à mesure que la guerre se déroulait. »

Travaillant un jour par semaine dans les bureaux de Pagaya, au 54e étage d’un gratte-ciel de Tel Aviv, où 420 personnes sont employées, Ayoub Helou se souvient de quelques cas où la guerre a été débattue avec des collègues, et où elle a exprimé son point de vue, et l’autre partie a fait de même, mais sans blesser les sentiments de qui que ce soit.

« J’ai l’impression qu’en tant qu’Arabe en Israël en période de guerre, je dois constamment prouver que je suis quelqu’un de bien, et ce n’est pas juste car je ne suis pas responsable de ce qui se passe autour de nous », a souligné l’Arabe chrétienne. « L’impression que je ressens dans l’environnement high-tech est que les gens ne cherchent pas à trouver ce qui est différent entre eux, mais ce qui est commun et comment se connecter et mieux travailler ensemble. »

« J’ai des amis arabes qui ne travaillent pas dans la high-tech, certains dans des hôpitaux ou ailleurs, qui ont ouvertement exprimé leurs opinions politiques sur leur lieu de travail en temps de guerre et, dans de nombreux cas, cela n’a pas été apprécié et on leur a dit de rentrer chez eux parce qu’ils n’étaient plus à leur place et ils ont perdu leur emploi », a-t-elle raconté.

Le reste de la semaine, Ayoub Helou travaille trois jours sur le site de l’entreprise fintech, qui a ouvert ses portes en juin dernier dans le centre d’innovation Northmed situé dans la ville arabe de Sakhnin, dans le nord d’Israël, et un jour chez elle, dans la ville de Haïfa, dans le nord du pays.

Des soldats de réserve israéliens s’entraînent avec leur unité à la guerre urbaine dans le nord du plateau du Golan, le 27 mars 2024. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Le Centre Northmed a été créé par la branche israélienne du Portland Trust, basé au Royaume-Uni, avec l’aide de subventions gouvernementales pour favoriser l’emploi dans la high-tech au sein de la population arabe et encourager les start-ups et les entreprises technologiques locales à ouvrir des sites dans le centre. Le centre a contribué à placer plus de 200 jeunes Arabes à des postes de haute technologie dans des entreprises technologiques telles que Wix, Amdocs et Monday.com, a déclaré Rami Schwartz, directeur général de Portland Trust Israel.

Ayoub Helou, titulaire d’un diplôme de droit, a été embauchée sur le site de développement de l’emploi de Pagaya à Sakhnin après avoir terminé le programme de formation post-universitaire et de requalification Beyond Development visant à placer des diplômés arabes dans l’industrie locale de la high-tech.

« Nous avons réussi à trouver un vivier de talents qui s’est avéré précieux, et nous avons bien l’intention de poursuivre le programme, car nous avons récemment augmenté la taille de l’équipe à Sakhnin, qui comptait initialement cinq personnes, et dans les mois à venir, nous nous attendons à ce qu’elle atteigne quinze personnes ou plus », a déclaré le directeur général de Pagaya Israël, Yariv Hasar. « Il est bon pour le pays d’avoir une main-d’œuvre diversifiée plutôt que de dépendre d’un groupe homogène issu des unités technologiques militaires d’élite ou de l’armée de l’air. »

« Nous leur donnons une opportunité qu’ils n’auraient pas eue sans notre participation, car habituellement, lorsque nous cherchons à embaucher des candidats, nous ne cherchons pas à Sakhnin », a expliqué Hasar.

Le site de Pagaya à Sakhnin compte actuellement dix Arabes israéliens, – dont la moitié sont des femmes -, qui travaillent dans différentes équipes, notamment dans les domaines des données, des finances et de la stratégie.

Interrogé sur la manière dont Pagaya gère l’environnement sensible et tendu pendant la guerre, alors que des employés arabes viennent également au bureau de Tel Aviv, Hasar a déclaré que l’entreprise de fintech avait demandé à son personnel de laisser la politique à l’extérieur.

« Comme au début de l’année dernière, lors des manifestations qui ont duré des mois à propos de la refonte [largement controversée] du système judiciaire, nous avons rappelé à tout le monde dans l’entreprise que nous respections l’opinion de chacun, mais que nous devions laisser la politique de côté et parler affaires et technologie », a-t-il déclaré.

Pour l’avenir, Hasar a exhorté le gouvernement à continuer de promouvoir et de soutenir ce type de programmes, au lieu de réduire les fonds destinés à aider la population arabe à acquérir l’éducation et les compétences de base nécessaires pour travailler dans l’industrie de la technologie.

Yariv Hasar, directeur-général de Pagaya Israël, dans les bureaux de la société fintech, à Tel Aviv. (Crédit : Autorisation)

« Nous avons besoin de plus de programmes de ce type, car l’un des principaux goulets d’étranglement de l’écosystème des start-ups en Israël est le réservoir de talents et, en fin de compte, le secteur de la high-tech est le moteur de croissance de l’économie tout entière », a-t-il souligné.

Ayoub Helou est convaincue que la voie de la réussite qu’elle et ses collègues arabes ont empruntée à Pagaya ouvrira la porte à davantage d’Israéliens arabes dans un avenir proche.

« C’est la voie à suivre pour unir les Arabes et les Juifs et donner une chance aux talents arabes », a déclaré Ayoub Helou. « Je pense que nous avons prouvé que ce modèle est une réussite, et j’espère qu’il se poursuivra et qu’il créera davantage d’emplois pour les Arabes. »

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