Une Juive métisse dépeint l’ostracisme vécu enfant en Amérique
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Une Juive métisse dépeint l’ostracisme vécu enfant en Amérique

Dans "Broken Bird", la cinéaste Rachel Harrison Gordon retourne dans la synagogue familiale afin de capturer l'instant d'une rare bat mitzvah d'une jeune fille noire

  • Une scène du premier film de Rachel Harrison Gordon, "Broken Bird". (Autorisation)
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    Une scène du premier film de Rachel Harrison Gordon, "Broken Bird". (Autorisation)
  • Le producteur Alon Gur et son épouse réalisatrice Rachel Harrison Gordon, après la projection de leur film "Broken Bird" à la Berlinale, en février 2020. (Crédit : Igal Avidan/ToI)
    Le producteur Alon Gur et son épouse réalisatrice Rachel Harrison Gordon, après la projection de leur film "Broken Bird" à la Berlinale, en février 2020. (Crédit : Igal Avidan/ToI)

BERLIN — Birdie est une fille métisse élevée par une mère juive blanche. Dans « Broken Bird« , on la voit assise par terre, jouant avec un magnétophone dans sa chambre afin de préparer son imminente cérémonie de bat mitzvah. La partie de la Torah que chante Birdie dans le premier court-métrage de Rachel Harrison Gordon traite du respect des engagements – une question délicate déclenchée par sa relation lointaine avec son père noir.

« Broken Bird », dont la première mondiale a eu lieu le 23 février au Festival international du film de Berlin, est un film sur une jeune fille métisse et solitaire. À une époque où l’antisémitisme et le racisme sont en hausse en Allemagne, l’acceptation des différences d’origines dans le film est porteuse d’un message politique important.

Le film est largement basé sur la vie de la réalisatrice qui a grandi à South Orange, dans le New Jersey. Ses parents ont divorcé quand elle avait quatre ans, et elle a vécu avec sa mère.

« J’ai tous ces souvenirs de quand on allait au supermarché et que les gens nous regardaient, sans savoir que nous étions ensemble », a-t-elle récemment expliqué au Times of Israël. Sa mère et ses grands-parents maternels appartenaient à la congrégation conservatrice Oheb Shalom. « Au lycée et au Temple, il n’y avait pas beaucoup de gens qui me ressemblaient. »

Seuls deux des centaines de membres de la communauté étaient Noirs – un couple venu d’Afrique. Parfois, dit-elle, les gens lui demandaient à la synagogue si elle avait été adoptée.

La cinéaste Rachel Harrison Gordon (à gauche) avec sa mère à sa bat mitzvah en 2002. (Autorisation)

Harrison Gordon a dit qu’elle ne se sentait pas vraiment liée à sa religion en grandissant. « Je ne me voyais pas dans le livre que nous lisions. C’était quelque chose que je devais faire, en plus d’étudier pour ma bat mitzvah quand tous mes amis allaient se promener le week-end », dit-elle.

Le parcours d’Harrison Gordon vers le cinéma est également peu classique. Elle a étudié l’ingénierie mécanique et a participé à un programme de double diplôme à l’université de New York, qui combinait des cours de gestion, de marketing, mais aussi de réalisation, de montage et d’écriture.

« J’ai enfin eu la chance d’écrire un scénario et c’est cette histoire qui m’est venue le plus rapidement », dit-elle.

Le souci du détail de Harrison Gordon se ressent dans la mélodie hébraïque « Eretz Zavat Chalav » (Le pays du lait et du miel), interprétée de façon jazzy par Nina Simone.

« J’ai toujours aimé Nina Simone et par hasard, je suis tombée sur cette chanson », se souvient Harrison Gordon. « J’ai pensé que la juxtaposition de cette chanson avec ce génie afro-américain était appropriée. Le thème de la chanson représente le parcours de Birdie qui a tout construit à partir de la musique disco et de la prière. »

La scène principale se déroule dans la synagogue de Birdie, que Harrison Gordon a tournée dans la synagogue de son enfance et avec « son » vrai chantre. Elle affirme que cela l’a aidée à surmonter les moments difficiles qu’elle a passés là-bas quand elle était enfant.

Ils ont débattu de l’esclavage des Noirs et de la Shoah et nous avons dû débattre sur ce qui était le pire.

« Dans la synagogue, j’avais l’impression qu’ils faisaient de leur mieux, qu’ils étaient inclusifs, mais ils ont toujours ressenti le besoin de me rappeler mon apparence », dit-elle. « Ils ont débattu de l’esclavage des Noirs et de la Shoah et nous avons dû discuter de ce qui était le pire. Il était vraiment difficile pour qui que ce soit d’être satisfait de ma réponse, comme quoi les deux étaient terribles. J’ai été obligée de choisir un camp et c’était impossible. C’est toujours impossible. »

Le tournage de cette scène a inspiré la comédienne incarnant Birdie, Indigo Hubbard-Salk, qui est également Juive et Noire – et qui porte même la robe que celle que portait Harrison Gordon pour sa propre bat mitzvah.

« Elle a mentionné que le rôle et les conversations avec les participants sur le plateau, y compris ma mère et le chantre, ont inspiré sa décision de faire sa propre bat mitzvah », dit Harrison Gordon.

Une scène du premier film de Rachel Harrison Gordon, « Broken Bird ». (Autorisation)

Dans une scène, Birdie danse pieds nus à la synagogue. Pour Harrison Gordon, c’est un fantasme, mais aussi une affirmation. Harrison Gordon a déclaré que la communauté était impatiente que le film soit tourné là-bas. « Notre chantre était là pour nous soutenir et était un lien entre moi et l’administration du Temple. Cela ne l’a pas dérangée, elle a vu le film et elle l’adore », dit-elle.

Le film sera projeté au Festival du film juif du New Jersey en avril et les membres de la congrégation auront l’occasion de le voir. Mais pour toute la communauté actuelle, dit Harrison Gordon, travailler sur la scène centrale de la synagogue a été difficile.

« Il m’a été difficile de retourner dans cette synagogue parce que je n’ai jamais eu le sentiment d’être pleinement reçue. J’avais l’impression que je n’étais jamais assez Juive, que mon hébreu n’était jamais assez bon. À travers cette scène, je voulais reprendre le contrôle et déclarer : cette femme noire est ici et elle mérite d’être ici », dit-elle.

L’affiche du film « Broken Bird ». (Autorisation)

« Broken Bird » n’a pas gagné de prix à la Berlinale, mais il a permis de réunir à nouveau la famille « brisée » de sa réalisatrice.

« Ma mère s’est beaucoup interrogée sur mon expérience, car nous n’en avions jamais parlé aussi explicitement, sur les raisons pour lesquelles je me sentais à la marge », rapporte Rachel Harrison Gordon.

Ces discussions l’ont rapprochée de sa mère. Son père lui a également rendu visite sur le plateau et a été très touché par le film.

« Je pense qu’il était soulagé que nous ayons pu traverser une telle histoire et que nous ayons pu en arriver à une relation solide à la fin », estime-t-elle.

Pendant qu’elle préparait son film, Rachel Harrison Gordon a parlé à ses parents de leurs expériences mutuelles. Elle a découvert qu’il n’était pas toujours facile pour eux d’expliquer à leur famille pourquoi ils étaient ensemble.

« Maintenant, les deux familles se parlent simplement parce que je les relie », dit-elle.

Une scène du premier film de Rachel Harrison Gordon, « Broken Bird ». (Autorisation)

C’est pourquoi elle a décidé de prendre le nom de famille de son père, Harrison.

Elle a épousé Alon Gur, qui est également le producteur du film. Elle a maintenant des parents en Israël, à Haïfa et dans l’implantation de Mikhmanim, en Basse-Galilée, à qui ils rendent visite chaque année.

« Je suis allée deux fois en Israël, mais je pourrais y vivre. Sa tante et son oncle possèdent une maison de thé japonaise à Mikhmanim, et c’est l’un des plus beaux endroits que je connaisse », explique Rachel Harrison Gordon.

Le producteur Alon Gur et son épouse réalisatrice Rachel Harrison Gordon, après la projection de leur film « Broken Bird » à la Berlinale, en février 2020. (Crédit : Igal Avidan/ToI)
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