Une star israélienne de la TV inculpée aux USA pour fraude aux options binaires
Rechercher

Une star israélienne de la TV inculpée aux USA pour fraude aux options binaires

Lissa Mel risque jusqu'à 20 ans de prison pour son rôle présumé de "courtier en chef" pour les sociétés d'options binaires BigOption et BinaryBook

Lissa Mel sur une photo qui figurait sur son profil Instagram peu avant son arrestation.
Lissa Mel sur une photo qui figurait sur son profil Instagram peu avant son arrestation.

Une ancienne candidate israélienne à une émission de télé réalité a été arrêtée et inculpée aux États-Unis pour fraude présumée aux options binaires, a appris The Times of Israel.

Lissa Mel, 30 ans, dont le vrai nom est Melissa Turdiev, a été arrêtée par le FBI le 17 septembre à l’aéroport international de Los Angeles alors qu’elle tentait de prendre un avion pour rentrer en Israël. Le Times of Israel a appris l’arrestation de Mel lorsque le ministère américain de la Justice a publié des informations sur son cas sur un site Web récemment créé et consacré à l’affaire d’une autre fraudeuse présumée aux options binaires, Lee Elbaz, qui a été arrêtée à son arrivée à l’aéroport John F. Kennedy de New York en septembre 2017.

Mel aurait travaillé comme agent de rétention pour les sites web BigOption et BinaryBook, où Elbaz, dont le procès doit commencer le 7 janvier, était PDG. Mel a comparu à une audience de plaidoyer le 13 décembre 2018, mais les documents révélant ce qui s’est passé pendant cette audience sont placés sous scellés. Une ancienne procureure fédérale consultée par le Times of Israel a laissé entendre qu’elle avait peut-être plaidé coupable et accepté de coopérer avec les procureurs fédéraux, bien qu’il soit impossible d’en être sur. Elle risque jusqu’à 20 ans de prison.

Mel a été accusée de complot en vue de commettre une fraude électronique. Selon le ministère américain de la Justice, de mai 2015 à décembre 2016, Mel a travaillé en tant qu’agent commercial pour BigOption et BinaryBook, deux sites d’options binaires qui étaient gérés depuis les bureaux de Yukom Communications en Israël.

Le gouvernement américain allègue que Mel a conspiré pour tromper les investisseurs en les incitant à déposer autant d’argent que possible et a fait en sorte que les investisseurs perdent l’argent qui se trouvait sur leurs comptes, faisant ainsi des profits pour elle et l’entreprise. Selon un affidavit d’un agent du FBI qui a enquêté sur son cas, Mel a utilisé l’alias « Monica Sanders » et s’est présentée aux investisseurs comme « courtier principal », « gestionnaire de comptes » ou « négociant expert ».

L’affidavit allègue également que les représentants de BigOption et de BinaryBook ont délibérément ciblé des populations vulnérables.

Dans un courriel envoyé autour du 23 mars 2016, les représentants des ventes de Yukom Communications ont reçu une liste des « principaux clients cibles ».

La liste stipulait les points suivants : « Retraités », « Sécurité sociale », « Pension », « Anciens combattants ».

Selon l’affidavit, Mel a répondu à ce courriel par « Merci » et un émoji smiley.

Une capture d’écran du profil d’Instagram de Mel quelques jours avant son arrestation.

Selon l’affidavit, le FBI est en possession d’au moins deux appels téléphoniques enregistrés dans lesquels Mel encourage les investisseurs à déposer autant d’argent que possible en sachant, selon l’affidavit, que les investisseurs vont perdre tout ou partie de leur argent.

Israël n’a engagé aucune poursuite

Une option binaire est un contrat d’option dont le gain dépend du prix d’un autre actif, comme l’or, le blé ou les actions Apple. Si le détenteur des options devine correctement la direction dans laquelle le cours va évoluer au moment de l’échéance, il gagne une somme d’argent prédéterminée et, sinon, il perd l’argent « investi » dans une transaction donnée.

Dans le cas de l’industrie israélienne des options binaires, les sociétés offrant ces contrats étaient largement frauduleuses. Ils trompaient les victimes du monde entier en leur faisant croire qu’ils investissaient et gagnaient de l’argent, les encourageant à déposer de plus en plus sur leurs comptes, jusqu’à ce que la société coupe finalement contact avec l’investisseur et disparaisse avec tout ou une partie de leur argent. On estime que l’industrie a volé des milliards de dollars aux victimes du monde entier sur une période de 10 ans.

Israël a totalement interdit cette industrie il y a un an. Depuis lors, de nombreux anciens opérateurs d’options binaires se sont tournés vers d’autres produits financiers, notamment les cryptomonnaies (Initial coin offering – ICO).

Bien que l’on estime que plus de 10 000 personnes travaillaient dans l’industrie, dont beaucoup se livraient à des activités qui ne différaient pas sensiblement de celles qu’aurait menées Mel, Israël n’a toujours pas poursuivi un seul auteur présumé d’options binaires.

Un porte-parole du procureur général d’Israël a reconnu auprès du Times of Israel qu’Israël n’a encore inculpé aucun individu pour participation à des options binaires, ajoutant que « nous ne mettons en accusation que si nous avons une base suffisante de preuves ».

BigOption et BinaryBook ne sont que deux des centaines de sites Web de ce type gérés depuis Israël ces dernières années.

Selon la plainte contre Mel, BigOption et BinaryBook ont chacun gagné environ 80 millions de dollars de revenus entre le deuxième trimestre 2014 et le quatrième trimestre 2016.

Ce n’est pas un gros poisson

Dans un mémorandum déposé dans l’affaire, le ministère de la Justice a expliqué pourquoi il avait porté des accusations contre Mel, même si elle n’était pas une des plus importantes actrices des options binaires.

« Bien que la défenderesse n’ait pas participé à un haut niveau du complot, le rôle qu’elle a joué était vital pour le complot. En fait, le stratagème n’aurait pas pu être couronné de succès sans la participation de personnes comme l’accusée – les personnes qui travaillent en première ligne d’un stratagème complexe et sophistiqué qui ont passé leurs journées à leurrer, à parler et à correspondre avec des victimes qui ont été escroquées de millions de dollars », affirme le mémoire.

Claiborne Porter, ancien chef adjoint principal par intérim de la Section du blanchiment d’argent et du recouvrement d’avoirs du Département de la justice des États-Unis, a déclaré au Times of Israel que le protocole de l’audience sur le plaidoyer de Mel avait peut-être été rendu confidentiel car elle avait décidé de plaider coupable.

M. Porter, qui dirige actuellement le groupe Global Investigations & Compliance chez Navigant Consulting, a déclaré au Times of Israel qu’à son avis, ce qui s’est passé, c’est qu’“il est possible qu’elle ait plaidé coupable et qu’ils ont ensuite décidé de rendre confidentiel le plaidoyer de culpabilité parce que c’est un plaidoyer de coopération”.

Lissa Mel (Capture d’écran Facebook)

« Ce qui se passe généralement, c’est qu’ils vont arrêter tout un tas d’autres personnes et desceller ces plaintes ou actes d’accusation. Tout est dévoilé en même temps. Ils ne rendraient jamais public un accord de coopération lui-même. La seule chose que vous verriez, c’est un plaidoyer de culpabilité. »

M. Porter a dit qu’il y a d’autres raisons de sceller le dossier d’une audience relative au plaidoyer – par exemple, si un suspect a des problèmes de santé et a demandé que ces renseignements demeurent confidentiels.

Candidate à une émission de télé-réalité

Mel a connu son heure de célébrité en Israël en 2008, à l’âge de 19 ans, alors qu’elle participait à la première saison de l’émission de télé-réalité « Hayafa Vehahnun », la version israélienne de la franchise internationale « Beauty and the Geek », dans laquelle de belles jeunes femmes font équipe avec des jeunes hommes considérés comme intelligents, mais qui sont mal dans leur peau pour remporter un lot en liquide.

Le site web de l’émission décrivait Mel comme « une princesse choyée qui aime prendre des taxis, aller faire du fitness, se faire manucurer une fois par semaine, et utiliser des tonnes de crème de beauté ».

Le site dit aussi que Mel a quitté l’Ouzbékistan pour Israël à l’âge de 11 ans et a grandi dans la banlieue de Herzliya Pituach. Elle était la fille de professeurs, mais elle n’était pas elle-même une bonne étudiante, selon le site Web. Elle a travaillé dans une boutique pour hommes haut de gamme et a également travaillé comme créatrice de bijoux, maquilleuse, sauveteuse et assistante dentaire pendant son service militaire.

Lissa Mel candidate à une émission de télé-réalité en Israël en 2008

Mel est arrivée aux États-Unis avec un visa de touriste le 6 septembre, selon l’affidavit. Le 11 septembre, le FBI l’a interrogée à la résidence où elle habitait. Mel devait rentrer en Israël le 17 septembre, mais après la visite du FBI, elle a tenté, mais sans succès, de reprogrammer son vol pour partir le 13 septembre, selon le FBI. Mel a été arrêtée le 17 septembre, alors qu’elle tentait d’embarquer sur son vol initialement prévu.

Certains des documents concernant les conditions de libération de Mel sont sous scellés et ne sont pas accessibles au public, mais d’autres documents déposés dans l’affaire suggèrent que ses déplacements sont strictement circonscrits et que sa localisation est surveillée en permanance. Le 7 décembre, l’avocat de Mel, Jonathan Biran, a demandé pour elle la permission spéciale d’assister à un cours de Kundalini yoga et méditation une fois par semaine, dans le quartier de Los Angeles où elle réside.

La caution de Mel a été fixée à 275 000 $, dont 250 000 $ ont été payés par David Balmas, un homme d’affaires dans le secteur de la construction de Los Angeles. Balmas est également le tiers dépositaire de Mel, ce qui signifie qu’il est responsable de s’assurer qu’elle assiste à toutes ses comparutions prévues au tribunal.

Après son arrestation, Mel a signé des papiers indiquant qu’elle est actuellement employée, mais le nom de l’entreprise pour laquelle elle travaillait n’a pas été identifié. Selon le profil LinkedIn de Mel, au moment de son arrestation, elle travaillait pour une société israélienne appelée Algowave, qui se décrit comme une plate-forme de trading de crypto-monnaies.

Le Times of Israel a contacté l’avocat de Mel, Jonathan Biran, pour obtenir des informations sur les allégations formulées contre elle.

Biran a écrit que « les procureurs et moi-même fournirons à la Cour un rapport d’étape concernant l’affaire de Mme Mel d’ici le 4 janvier 2019. Mme Mel ne fera pas d’autres commentaires pour le moment. »

L’arrestation de Mel est intervenue après qu’Elbaz, l’ancienne directrice générale de Yukom Communications, a été inculpée par un grand jury fédéral américain le 22 mars pour avoir participé à un stratagème visant à « escroquer les investisseurs américains et dans le monde ».

Elbaz, 36 ans, a été inculpée dans le district du Maryland d’un chef de complot en vue de commettre une fraude électronique et de trois chefs de fraude électronique, selon un communiqué de presse du ministère de la Justice. Chacune de ces quatre accusations est passible d’une peine maximale de 20 ans d’emprisonnement.

Des ennuis à la clé

Entre-temps, le 3 décembre, la Securities and Exchange Commission [SEC] des États-Unis a accusé Mark Suleymanov, de Glen Cove, dans l’État de New York, d’avoir escroqué des investisseurs pour un montant de quelque 4 millions de dollars, notamment sur les sites Web d’options binaires SpotFN, BinaryAcademics.com, et JanusOptions.com, entre autres.

Selon la plainte de la SEC, depuis au moins 2012 à 2016, Suleymanov « s’est livré à l’offre frauduleuse non enregistrée et la vente de titres d’options binaires sur Internet. M. Suleymanov, qui exerçait ses activités sous le nom de SpotFN et d’un certain nombre d’autres enseignes, a levé au moins 4 millions de dollars auprès des investisseurs particuliers, dont certains étaient des personnes âgées sans expérience en investissement. En conséquence, les investisseurs ont subi des pertes, y compris des pertes de fonds de retraite, que SpotFN les a encouragés à utiliser. »

Souleymanov a par la suite accepté un règlement monétaire avec la SEC, dans lequel il n’accepte ni ne nie les allégations de la plainte.

Suleymanov a également été inculpé dans une affaire pénale parallèle intentée par le ministère américain de la Justice. Souleymanov a été arrêté par le FBI en juillet 2018. Il a été libéré sous caution de 500 000 $ et a passé plusieurs mois en résidence surveillée avec un bracelet électronique. Son avocat a déclaré au Times of Israel qu’en vertu des termes de sa transaction avec le ministère de la Justice et la SEC, les accusations criminelles ont depuis été abandonnées.

Selon un affidavit déposé le 21 juillet 2018 par le ministère de la Justice, l’enquête du FBI a été déclenchée par de nombreuses plaintes contre la société à l’origine du site SpotFN.com, SpotFN Ltd, qui était prétendument basée au Royaume-Uni.

Selon l’affidavit, le FBI a appris que le site était en fait géré par Suleymanov lorsque l’agence a fait une demande d’informations de domaines par Proxy, une société qui permet aux propriétaires de sites Web de dissimuler leur identité.

Le FBI a vérifié quelles adresses électroniques Suleymanov avait utilisées pour enregistrer ces domaines et a obtenu des mandats de perquisition qui lui ont permis de lire les courriels de Suleymanov.

Selon l’affidavit, le FBI a découvert que Suleymanov avait communiqué par le biais de l’application de messagerie Viber avec un présumé co-conspirateur pour ajuster les « paramètres de risque » pour les clients d’options binaires. L’affidavit indique que les conversations sur « l’ajustement des paramètres de risque » sont « des références codées et cryptées sur la manipulation des comptes d’options binaires au désavantage des investisseurs ».

Selon les informations disponibles en ligne, SpotFN semble avoir exploité un centre d’appels au Costa Rica. Néanmoins, le site semble lié à Israël dans la mesure où il utilise la plateforme de SpotOption, une société israélienne.

En outre, la société britannique à l’origine du site Web SpotFN, SpotFN Ltd., a été initialement enregistrée, en janvier 2014, auprès d’une autre société britannique, Zynatech International Limited, constituée le 22 février 2012, et dirigée par une Israélienne nommée Tova (Tatiana) Pinchasov. Avant sa dissolution en octobre 2014, Zynatech International UK appartenait à Zynatech International Limited aux Seychelles, une société constituée en février 2008 et inactivée le 2 janvier 2014.

Selon les fuites des Panama Papers portant sur quelque 11,5 millions de documents du cabinet d’avocats panaméen et prestataire de services aux entreprises Mossack Fonseca, la société des Seychelles était également dirigée par Tova Pincahsov de Tel Aviv. Le Times of Israel a vu des documents montrant que Zynatech International Limited aux Seychelles a été constituée en société en 2008. L’identité de son propriétaire entre le 28 février 2008 et le 19 mars 2012 est inconnue, mais le 19 mars 2012, Tova Pinchasov est également devenue propriétaire de la société des Seychelles.

Le Times of Israel a contacté Pinchasov pour tenter de connaître son lien avec SpotFN, mais elle n’a pas répondu.

Suleymanov a immigré aux États-Unis en provenance de l’ex-Union soviétique, en tant que membre de la communauté émigrée boukharane d’Ouzbékistan et du Kirghizstan. En plus de son activité présumée d’options binaires, les documents déposés auprès de la SEC montrent qu’il est actionnaire d’une société appelée Diamond Technology Enterprises Inc.

L’avocat de Suleymanov, Albert Y. Dayan, a déclaré au Times of Israel qu’il ne serait pas inculpé.

« Selon les termes de la disposition civile et monétaire conclue avec la SEC et le bureau du procureur des États-Unis, M. Suleymanov ne sera pas inculpé. En fait, la plainte criminelle contre lui est maintenant rejetée. »

Claiborne Porter, l’ancien fonctionnaire du ministère américain de la Justice, a déclaré au Times of Israel que ce qui s’est très probablement passé, c’est que le gouvernement américain a conclu ce qu’on appelle un « règlement global » avec Suleymanov.

« Dans le cadre d’un règlement global, les procureurs décident que la plainte de la SEC et le déblocage de la somme d’argent satisfont les intérêts de l’État. Ils permettent au suspect de conclure un accord avec la SEC, de verser l’argent et d’accepter d’abandonner les charges pénales ».

Les affaires contre Mel et Suleymanov sont deux des quelque douze affaires dans lesquelles le gouvernement américain a porté plainte contre des fraudeurs présumés d’options binaires ayant des liens avec Israël.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...