USA: Une présumée fraudeuse aux options binaires sur le site web de la Justice
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USA: Une présumée fraudeuse aux options binaires sur le site web de la Justice

La décision tient au fait que le gouvernement américain allègue que Lee Elbaz, ex-PDG d'une société israélienne d'options binaires, pourrait avoir "fait des milliers" de victimes

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Lee Elbaz, ex PDG de Yukom Ltd. (Crédit : LinkedIn)
Lee Elbaz, ex PDG de Yukom Ltd. (Crédit : LinkedIn)

Lee Elbaz, soupçonnée d’escroquerie aux options binaires, en attente d’un procès devant la Cour de district du Maryland, aura le privilège de se voir consacrer une page sur le site du ministère de la Justice au sujet de son affaire et de son procès, la plaçant parmi une petite liste qui englobe Bernie Madoff et Robert Allen Stanford, financiers en disgrâce dont les victimes et victimes présumées étaient trop nombreuses pour être averties individuellement par le gouvernement.

Elbaz, qui a été arrêtée le 14 septembre 2017 après avoir atterri à l’aéroport JFK de New York pour des vacances, doit être jugée en janvier 2019. Le ministère de la Justice a déposé une requête le 15 octobre demandant au gouvernement de créer un site Web du ministère de la Justice pour informer les victimes des procédures judiciaires publiques.

Le ministère de la Justice a écrit que la création de ce site Web s’explique par le fait que « le gouvernement a la conviction que les agissements présumés peuvent avoir fait des milliers de victimes ».

De tels sites Web sont généralement créés lorsque le nombre de victimes est si élevé qu’il n’est pas possible de les informer personnellement de l’évolution d’une affaire qui pourrait les affecter. Il existe actuellement 26 sites Web de ce type qui informent les victimes. Bon nombre de ces cas sont liés à la fraude boursière, aux transactions d’actions et aux arnaques par télémarketing.

Mme Elbaz, l’ancienne PDG de la société israélienne d’options binaires Yukom Communications, a été inculpée le 22 mars par un grand jury fédéral américain pour sa participation présumée à une arnaque sur des investisseurs aux États-Unis et dans le monde entier.

Elbaz, 36 ans, a été inculpée dans le district du Maryland pour complot en vue de commettre une fraude informatique et de trois chefs de fraude informatique, selon un communiqué de presse du ministère de la Justice. Chacune de ces quatre accusations est passible d’une peine maximale de 20 ans d’emprisonnement.

Selon l’acte d’accusation, Yukom a fourni des services de « rétention » d’investisseurs pour les sites internet d’options binaires BinaryBook et BigOption. L’acte d’accusation stipule également qu’Elbaz, avec ses complices et ses subordonnés, a trompé les investisseurs en affirmant, de manière mensongère, que l’entreprise faisait des profits quand l’investisseur faisait des profits, alors qu’en réalité, c’est l’inverse qui était vrai.

Elbaz et ses complices auraient également menti au sujet du retour sur investissement de BinaryBook et BigOption. Ils auraient utilisé des pseudonymes et auraient déclaré qu’ils appelaient de Londres alors qu’ils appelaient d’Israël.

Yukom était l’une des centaines d’entreprises de ce type opérant en Israël au cours de la dernière décennie.

Une option binaire est un contrat d’option dont le gain dépend du prix d’un autre actif, comme l’or, le blé ou les actions Apple. Si le détenteur de l’option estime correctement quelle sera l’évolution du cours à l’échéance, il gagne une somme d’argent prédéterminée, sinon il perd l’argent « investi » dans une transaction donnée.

Dans le cas de l’industrie israélienne des options binaires, cependant, les sociétés offrant ces contrats étaient pour la plupart des escrocs. Ils trompaient les victimes du monde entier en leur faisant croire qu’ils investissaient et gagnaient de l’argent, les encourageant à déposer de plus en plus dans leurs comptes, jusqu’à ce que l’entreprise finisse par couper le contact avec les investisseurs et disparaisse avec la totalité ou presque de leur argent.

À son apogée, l’industrie israélienne comptait des centaines d’entreprises, employant des milliers d’Israéliens, qui ont trompé un grand nombre de victimes dans le monde à hauteur de plusieurs milliards de dollars.

Des représentants de la police, dont le surintendant Gabi Biton, assistent à une réunion sur le contrôle d’État de la Knesset sur la fraude aux options binaires, 28 février 2017 (Simona Weinglass/Times of Israel)

La Knesset a interdit l’industrie des options binaires en octobre 2017, en partie après des pressions énormes exercées par les représentants de l’Autorité des titres israélienne (ATI), lors des réunions de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV) [International Organization of Securities Commissions – IOSCO]. Cependant, depuis l’interdiction, les forces de l’ordre israéliennes n’ont inculpé aucun fraudeur d’options binaires. De nombreux opérateurs continuent d’offrir des produits d’investissement frauduleux en provenance d’Israël et d’outre-mer.

Dans sa dernière résolution, le gouvernement américain a proposé de mettre à jour un site Web public (le site Web n’est pas encore actif au moment d’écrire ces lignes).

Selon la directive, « le site Web fournirait un résumé de l’affaire, des renseignements sur l’état d’avancement de l’affaire et d’autres documents importants liés à l’affaire, tels que les procès-verbaux des accusations. Le site Web comporterait également une adresse électronique et un numéro de téléphone pour une ligne d’assistance aux victimes par laquelle les victimes potentielles d’actes criminels pourraient communiquer avec le ministère de la Justice pour poser des questions concernant l’affaire. »

Affaires traitées par les tribunaux israéliens

Le Times of Israel a contacté un porte-parole de la police israélienne et lui a demandé, étant donné l’allégation selon laquelle Lee Elbaz aurait fait des milliers de victimes, que faisait la police israélienne au moment où la prétendue fraude se déroulait ?

Le porte-parole pour la presse étrangère de la police n’a pas voulu faire de commentaires à ce sujet.

Parallèlement, plusieurs affaires contre des sociétés spécialisées dans les options binaires sont en cours devant les tribunaux israéliens.

Le mois dernier, l’avocat Nimrod Assif a intenté une action en justice pour 2,6 millions de shekels (650 000 euros) contre les personnes qui seraient responsables du site Web Option.fm, une société israélienne appelée Global App Technologies Ltd. ainsi que son propriétaire, Oren Shabat. Les plaignants sont un citoyen britannique et un citoyen irlandais. Les accusés n’ont pas encore produit d’acte de défense.

Le 19 juillet 2018, les avocats israéliens Haggai Carmon et Assif ont intenté une action en justice de 5,4 millions de shekels (1,350 million d’euros) contre les personnes qui sont selon leurs sources derrière le site Beeoptions.com. La poursuite, intentée au nom d’une femme du Minnesota aux États-Unis, vise la société israélienne Tracy P.A.I. et son propriétaire David Israel Cartu.

Dans leur acte de défense, les défendeurs prétendent que Tracy P.A.I. n’a fait que fournir des services en marque blanche au site web BeeOptions et n’a pas eu de relation directe avec le client. Ils ont également affirmé que David Israel Cartu n’est devenu propriétaire de Tracy P.A.I. qu’à la mi-juin 2016, après que bon nombre des événements décrits dans la plainte se soient déjà produits. Auparavant, le frère de Cartu, Jonathan Cartu, en était le propriétaire, selon le registre des sociétés d’Israël.

Capture d’écran d’une vidéo présentée dans une plainte déposée par la SEC contre les distributeurs affiliés présumés des entreprises d’options binaires frauduleuses (Capture d’écran : YouTube)

En juin de cette année, l’avocat Yoram Fay a intenté une action en justice contre les personnes qu’il soupçonne d’être à l’origine du site CFDStocks.com. La poursuite, d’un montant supérieur à 2 millions de shekels (500 000 euros), a été intentée au nom de huit plaignants, deux d’Australie, deux des Pays-Bas et un de Belgique, de Suisse, de Suède et un du Chili.

Les défendeurs sont Chen Revizada, Adar Revizada, Eli Darsa et B.A. Information Systems, une société de Tel Aviv. Chen Revizada et son épouse Adar sont le fils et la belle-fille de Benny Revizada, selon l’acte d’accusation. Benny Revizada est l’ancien « roi du marché gris » (le secteur du prêt extra-bancaire et des services monétaires) qui a passé quatre ans en prison pour l’affaire Trade Bank, qui a été décrite comme « le plus grand vol de banque de l’histoire d’Israël« .

Les prévenus n’ont pas encore présenté de défense.

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