USA : Elissa Slotkin et sa « brigade », une voie plus modérée pour les démocrates
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USA : Elissa Slotkin et sa « brigade », une voie plus modérée pour les démocrates

Une ancienne de la CIA et de nouveaux élus ayant des compétences en sécurité nationale, dont 3 Juifs, présentent une alternative aux progressistes qui divisent le parti

Elissa Slotkin avant un rassemblement à Detroit, le 26 octobre 2018. (AP Photo/Paul Sancya)
Elissa Slotkin avant un rassemblement à Detroit, le 26 octobre 2018. (AP Photo/Paul Sancya)

LANSING, Michigan (JTA) – Tom Dalton pourrait être le porte-drapeau d’Elissa Slotkin pour son second mandat et, selon elle, pour les démocrates qui souhaitent conserver la Chambre des représentants des États-Unis.

Cet ancien combattant de 67 ans qui a servi dans la marine au Vietnam vote régulièrement républicain – mais il dit qu’il n’hésiterait pas à voter pour Slotkin, une démocrate, si l’occasion se présentait.

« En voyant ce qui se passe aujourd’hui aux infos, tout ce qu’on entend est négatif ceci et négatif cela. J’aimerais savoir s’il y a autre chose que ce que j’ai vu aujourd’hui », clame-t-il dit, après que Slotkin et le républicain du district voisin, Tim Walberg, lui ont rendu un hommage pour son service militaire au Veterans of Foreign Wars Hall dans cette ville du Michigan à cheval sur leurs districts.

« Je tiens à vous remercier d’être républicain et démocrate », a déclaré Dalton après que le duo lui a remis sa décoration.

Dans une interview accordée deux jours plus tard, Mme Slotkin a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency qu’elle considérait le bipartisme comme la clé de tout succès au Michigan, qui a voté pour Trump en 2016 à une légère majorité. Elle a été l’une des deux démocrates à remporter des sièges dans l’État l’année dernière, évinçant le candidat républicain sortant contre toute attente.

La représentante Elissa Slotkin, Démocrate du Michigan, s’entretient avec un électeur à la suite d’un événement organisé par des anciens combattants le vendredi 2 août 2019 à l’Ingham County Fair à Mason, Michigan. (AP Photo/David Eggert)

« Dans mon district, j’ai reçu un mandat très clair pour travailler avec les autres députés d’en face », dit-elle. « C’est pour ça qu’on m’a envoyé à Washington. »

« Mon père était républicain et ma mère démocrate », explique-t-elle. « Au Michigan, on s’est toujours battus pour le sport, pas pour la politique. Les bagarres de Washington ont été importées dans notre État-charnière, et les gens ne le supportent pas. On voit comme les gens sont heureux quand ils travaillent ensemble. »

Cette ancienne analyste de la CIA fait partie des neuf anciens employés de cette institution à avoir été élus au Congrès chez les démocrates. On les appelle la « Brigade des Neuf ». Trois d’entre eux sont juifs : Slotkin, Elaine Luria de Virginie, une ancienne de la Marine, et Max Rose de Staten Island, un vétéran de l’armée.

Max Rose en débat à New York, le 16 octobre 2018. (Bill Lyons/Staten Island Advance via AP, Pool)

La « Brigade des Neuf » contraste fortement avec une autre équipe du camp démocrate fraîchement élue : « The Squad » composé de quatre femmes progressistes du Congrès, dont Ilhan Omar du Minnesota et Rashida Tlaib du Michigan. La Brigade – dont les antécédents en matière de sécurité et la modération constituent une alternative aux progressistes qui sont devenus le symbole des divisions au sein du Pari démocrate (et entre les partis) – est appelée « Anti-Squad ».

Mme Slotkin a déclaré que son passé en matière de sécurité nationale et sa judéité l’ont amenée à mettre l’accent sur le bipartisme.

« On prête serment pour défendre la Constitution », a-t-elle dit, aussi bien en tant qu’employée de la CIA qu’au Congrès. « Le Congrès est le nouveau chapitre de notre service national. Nous nous sommes engagés sous serment à défendre la Constitution, et cela signifie travailler ensemble pour améliorer la vie de nos électeurs. »

Au Congrès, Mme Slotkin a tissé des liens avec les républicains du Midwest en présentant des projets de loi visant à améliorer l’environnement dans la région des Grands Lacs et a pris l’initiative de défendre des questions typiquement démocrates, notamment la prévention de l’influence étrangère aux élections américaines et la protection des migrants à la frontière sud.

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Elle est déjà bien connue au sein de son caucus pour l’attention qu’elle porte aux détails, comme en témoigne sa participation à l’événement VFW [Vétérans de guerres étrangères]. Elle y a écouté attentivement Martha Williams, qui relatait l’histoire de son mari, mort le mois dernier, qui n’a jamais été indemnisé comme il se devait pour ses souffrances causées par l’Agent orange, un produit chimique utilisé par les troupes américaines au Vietnam. Elle a donné des conseils à Williams sur la façon de remplir un formulaire de demande. Lorsqu’on lui a demandé si Slotkin était attentive, Williams a souri et hoché la tête vigoureusement.

Le ministre américain de la Défense, Ash Carter, en compagnie d’Alice Wells, ambassadrice des Etats-Unis en Jordanie (à droite) et d’Elissa Slotkin, secrétaire adjointe intérimaire de la Défense pour les affaires de sécurité internationale (à gauche), rencontre les forces armées jordaniennes au quartier général des forces armées à Amman, 22 juillet 2015. (Photo AP / Carolyn Kaster, Pool)

Quelques instants plus tard, Slotkin expliquait aux participants qu’elle avait un insigne spécial pour les épouses des vétérans du Vietnam et l’a remise à Williams, qui a versé une larme.

Un autre ancien combattant, Alan Caldwell, a sorti un dossier contenant des coupures de presse sur le projet de loi HR 303, un projet de loi visant à garantir que les anciens combattants reçoivent des prestations d’invalidité ainsi qu’une indemnité de retraite, présenté par Gus Bilirakis, républicain de Floride. Slotkin a demandé à garder les coupures de presse pour qu’elle se rappelle de parrainer le projet de loi. Caldwell était ravi.

L’engagement de Slotkin à tendre la main à l’autre bord politique va jusqu’à la défense des Juifs contre ce qu’elle a appelé une « montée fulgurante » de l’antisémitisme, a-t-elle dit dans une interview accordée à JTA.

« Alors que le nombre d’attaques antisémites violentes a quadruplé, que des gens sont tués à Poway et à Pittsburgh, que des cimetières sont profanés, que les institutions sont menacées, il est important de se regrouper dans un esprit bipartisan et de se sentir concernés par chaque incident antisémite, par chaque cas de suprématie blanche » a souligné Slotkin. « Là où les gens essaient de séparer les Américains les uns des autres, je veux ardemment qu’il y ait un esprit bipartisan. »

Des tenants de la suprématie blanche échangent des insultes avec des contre-manifestants alors qu’ils tentent de garder l’entrée du Emancipation Park à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

Dans des remarques enregistrées en fin de semaine dernière lors d’une collecte de fonds pour les démocrates juifs dans la région de Detroit, Slotkin a semblé épingler les républicains pour avoir parlé d’antisémitisme au sein du parti démocratique, pour courtiser le soutien financier des Juifs. Bien que le contexte complet de ses remarques ne soit pas clair d’après le reportage du Washington Free Beacon, un site Web conservateur, les républicains ont bondi.

Voici ses propos rapportés : « Nous avons, ce que je crois être une tentative du Parti républicain de s’emparer d’une communauté différente et de l’amener au pouvoir, et je vais être très honnête, ils ne cherchent pas nos votes, car nous sommes une communauté relativement petite, ils cherchent nos donateurs, non ? Ils cherchent nos donateurs, et ils essaient de nous influencer… »

Bien qu’il soit clair qu’elle n’avait pas fini sa phrase, l’enregistrement s’arrête là.

« La représentante au Congrès, Mme Slotkin, devrait s’abstenir de dénigrer ses compatriotes juifs en disant qu’ils ne sont recherchés que pour leur argent », a déclaré la Republican Jewish Coalition.

Mme Slotkin a déclaré que ces remarques s’inscrivaient dans le cadre d’une critique plus large des tentatives de Trump et du parti républicain de dépeindre les démocrates comme les seuls propagateurs de l’antisémitisme. Trump, par exemple, a qualifié à plusieurs reprises le parti d’antisémite et d’anti-israélien en raison de déclarations, critiquées par les législateurs des deux camps, faites par Omar et Tlaib.

De gauche à droite, les représentantes démocrates Rashida Tlaib du Michigan, Ilhan Omar du Minnesota, Alexandria Ocasio-Cortez de New York et Ayanna Pressley du Massachusetts répondent aux remarques du président américain Donald Trump après son appel au retour des quatre femmes démocrates dans leur pays « en ruines », au Capitole à Washington, le 15 juillet 2019. (AP Photo/J. Scott Applewhite)

« Nous devons être hyper-vigilants pour nous concentrer sur tous ceux qui sont antisémites, et nous ne pouvons pas choisir, et nous ne devrions pas laisser la communauté juive être utilisée comme un pion dans la discussion », a dit Mme Slotkin.

Halie Soifer, directrice du Jewish Democratic Council of America, a défendu le point de vue plus large de Slotkin.

« Elle a raison de dire que les tentatives républicaines d’utiliser l’antisémitisme et Israël comme des enjeux politiques ne parviendront pas à attirer des électeurs juifs », a déclaré Mme Soifer.

Slotkin, quant à elle, faisait partie des démocrates qui ont demandé à Omar de s’excuser pour un tweet suggérant que l’argent juif sous forme de contributions électorales avait dénaturé la politique du Moyen-Orient américain.

« Les déclarations de la représentante Omar portent sur la propagation de stéréotypes vieux de plusieurs siècles et de préjugés antisémites, entravent le débat public et sont contraires à nos valeurs fondamentales de liberté religieuse et de respect mutuel », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « Les élus doivent montrer l’exemple, surtout maintenant, et s’acquitter de leur responsabilité d’unir plutôt que de diviser le public ».

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