Cinq jeunes hommes ont été condamnés vendredi à Saverne, dans le Bas-Rhin, à des peines de huit à 18 mois de prison avec sursis pour avoir saccagé, alors qu’ils étaient encore adolescents, quelque 250 tombes dans le cimetière juif de Sarre-Union en février 2015.

Le tribunal pour enfants « a suivi à 100 % les réquisitions du procureur », a précisé à l’AFP Me Simon Burkatzki, l’avocat de la Licra, à l’issue de ce procès qui s’est tenu à huis clos, les prévenus étant tous mineurs au moment des faits.

Ils comparaissaient pour profanations et dégradations de sépultures « en raison de l’appartenance des personnes décédées à une religion déterminée », en l’occurrence le judaïsme. Des centaines de stèles avaient été renversées, certains tombeaux avaient été ouverts, et les profanateurs avaient uriné sur certaines sépultures.

La peine la plus lourde, soit 18 mois avec sursis, a été prononcée à l’encontre de l’homme considéré comme le « meneur ». Trois autres prévenus ont écopé d’un an de prison avec sursis, et le dernier de huit mois avec sursis.

Les cinq hommes devront en outre effectuer chacun 140 heures de travaux d’intérêt général (TIG), a précisé le procureur de Saverne, Philippe Vannier, dans un communiqué.

Des tombes profanées au cimetière de Sarre-Union, en Alsace, en février 2015. (Crédit : Nathan Kretz/Times of Israël)

Des tombes profanées au cimetière de Sarre-Union, en Alsace, en février 2015. (Crédit : Nathan Kretz/Times of Israël)

Pendant les deux jours de débat, les prévenus « ont exprimé leurs regrets », mais ceux-ci « semblent superficiels », a regretté Me Burkatzki. « Leur thèse c’est qu’ils ne sont pas foncièrement antisémites, qu’ils ont commis une erreur, une bêtise, un délire entre potes », a rapporté l’avocat.

« Je suis réservé face à ce discours, car ils ont davantage évoqué les conséquences de leurs actes pour eux-mêmes et leurs familles – en disant par exemple que leur vie était foutue – que pour les victimes », a-t-il ajouté.

« Sur les ordinateurs des uns et des autres, on a pu retrouver des photos détournant des images de la Shoah sur un ton plus ou moins humoristique », a encore expliqué Me Burkatzki.

Le président François Hollande, le président du consistoire Joel Mergui et Rene Gutman, le Grand Rabbin du Bas-Rhin lors d'une cérémonie organisée après la profanation de quelque 250 tombes au cimetière juif de Sarre-Union, à l'est de la France, le 17 février 2015. (Crédit : Patrick Hertzog/AFP)

Le président François Hollande, le président du consistoire Joel Mergui et Rene Gutman, le Grand Rabbin du Bas-Rhin lors d’une cérémonie organisée après la profanation de quelque 250 tombes au cimetière juif de Sarre-Union, à l’est de la France, le 17 février 2015. (Crédit : Patrick Hertzog/AFP)

Ce saccage de très grande ampleur avait provoqué une vive indignation au niveau national, conduisant le président François Hollande à se rendre sur place. « Profaner, c’est insulter toutes les religions », avait-il proclamé, lors d’une cérémonie de recueillement organisée en présence de nombreux responsables politiques et religieux.

Les suspects avaient été interpellés quelques jours après les faits, après que l’un d’eux se fut rendu de lui-même à la gendarmerie, effrayé par le retentissement médiatique de l’affaire.

Le procureur avait alors expliqué que le mobile antisémite de leur acte était avéré, puisqu’ils avaient décrit au cours de leurs auditions des « gestes et paroles révélatrices », comme des « saluts nazis », des crachats sur des symboles juifs, ou le fait d’avoir prononcé « sales juifs », « sale race », « Heil Hitler » ou « Sieg Heil ».

Une dizaine de proches des défunts dont les sépultures ont été profanées sont venues assister aux débats jeudi et vendredi, et « certains ont apporté un témoignage poignant », a relaté Me Burkatzki.

« Les peines prononcées sont plutôt clémentes, mais nous sommes heureux que la justice ait été rendue, et que chacun ait pu s’exprimer », a encore commenté l’avocat de la Licra.

Le tribunal a par ailleurs renvoyé au 24 novembre sa décision sur l’aspect civil du dossier. Le Consistoire du Bas-Rhin, en charge de l’entretien du cimetière, a notamment demandé que les cinq jeunes hommes soient condamnés à payer les frais de remise en état des tombes. Deux ans et demi après les faits, ce chantier évalué à plus de 850 000 euros n’a pratiquement pas commencé.