Wikipedia vs. Banc De Binary : 3 ans de lutte contre les “fake news” des options binaires
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Un éditeur de Wikipedia raconte la pire guerre d’édition de son histoire

Wikipedia vs. Banc De Binary : 3 ans de lutte contre les “fake news” des options binaires

Les fraudeurs des options binaires emploient des experts pour tromper Google, créer des sites élogieux et s’engagent sur les réseaux sociaux : tout pour encourager de nouvelles victimes et empêcher la vérité d’éclater. Un champ de bataille crucial : l’encyclopédie en ligne

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Oren Laurent, PDG de Banc De Binary, dans une interview publiée sur YouTube en août 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Oren Laurent, PDG de Banc De Binary, dans une interview publiée sur YouTube en août 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Si vous êtes le stratège responsable d’une arnaque à plusieurs milliards de dollars, qui vole des centaines de milliers de personnes dans le monde entier, l’un de vos défis les plus importants est la gestion de votre réputation sur internet. Comment empêchez-vous les clients arnaqués de prévenir les autres de leur expérience écœurante ?

C’est la quadrature du cercle sur laquelle se penchent les fraudeurs de l’industrie des options binaires, qui se base sur l’hypothèse qu’à un moment, des clients potentiels chercheront « les options binaires sont-elles un bon investissement ? » ou « est-ce que l’entreprise d’options binaires XYZ a une bonne réputation ? » Pour empêcher la vérité de sortir, les firmes frauduleuses ont besoin de contrôler totalement ce que les victimes/investisseurs potentiels peuvent voir sur internet.

Le Times of Israël a dévoilé, dans une série d’articles, l’industrie largement frauduleuse basée en Israël, qui vole depuis dix ans des milliards de dollars à des centaines de milliers de victimes dans le monde entier.

Les entreprises hypocrites d’options binaires proposent en apparence à leurs clients un investissement à court terme potentiellement gagnant, mais en réalité, avec des plate-formes truquées, des refus de payer et d’autres ruses, ces compagnies volent à la grande majorité de leur client tout leur argent ou presque.

L’industrie a été dénoncée par le régulateur israélien des marchés financiers et le bureau du Premier ministre, et un projet de loi, rédigé par le gouvernement et soutenu par l’opposition, a été déposé en février à la Knesset, où il stagne pour l’instant.

Pour une industrie ou un commerce classique, il serait difficile de garder le secret sur une vaste fraude mondiale. Mais l’industrie des options binaires a l’ambition implacable de contrôler le flux d’informations à son propos. Il y a quelques mois, un article a été publié sur Signpost, publication interne des éditeurs de Wikipedia, qui montre jusqu’où est allée une entreprise d’options binaires pour enterrer ses problèmes avec des régulateurs.

L'article qui détaille la bataille des éditeurs de Wikipedia contre Banc de Binary, publié sur Signpost en février 2017. (Crédit : capture d'écran)
L’article qui détaille la bataille des éditeurs de Wikipedia contre Banc de Binary, publié sur Signpost en février 2017. (Crédit : capture d’écran)

Intitulé « Les loups sur les talons de Wikipedia : retour sur le coût de l’édition payante », l’article décrit la bataille épuisante entre les éditeurs bénévoles de Wikipedia et les agents présumés de Banc de Binary, une entreprise israélienne d’options binaires qui, jusqu’à sa fermeture il y a quelques mois, était considérée comme un emblème de l’industrie.

Une encyclopédie qui suppose la bonne volonté

Dans ses objectifs, comme dans sa philosophie fondatrice, Wikipedia est l’antithèse de l’industrie des options binaires frauduleuses. Fondée en 2001 par Jimmy Wales, l’encyclopédie sur internet a dépassé le mouvement des logiciels ouverts (dits open source) américains, qui se base sur l’hypothèse que les gens veulent collaborer à un projet sans être payé, par pur désir altruiste de produire quelque chose ayant une valeur qui peut bénéficier à tous. N’importe qui peut écrire sur Wikipedia, et la grande partie de son succès repose sur des étrangers du monde entier qui défendent la confiance de la communauté.

Logo de Wikipédia (Crédit : drawthedamnthing/CC BY 2.0/Flickr)
Logo de Wikipédia (Crédit : drawthedamnthing/CC BY 2.0/Flickr)

En grande partie grâce à son opinion optimiste sur la nature humaine, Wikipedia a tellement réussi que l’encyclopédie est à présent le cinquième site internet le plus visité au monde. Ce succès a cependant attiré beaucoup d’acteurs qui cherchent, non pas à améliorer la compréhension humaine, mais à se promouvoir eux-mêmes, parfois à des fins illégitimes.

Par exemple, dans un incident très médiatisé de 2013, des comptes qui auraient appartenu à des employés d’une entreprise appelée Wiki-PR, qui écrivait des articles Wikipedia et éditait des pages pour de grands groupes, ont été bloqués et supprimés du site.

« Il semble qu’un certain nombre de comptes utilisateurs, peut-être même plusieurs centaines, ont pu être payés pour écrire des articles sur Wikipedia en promouvant des organisations ou des produits, et ont violé de nombreuses politiques et directives du site, notamment l’interdiction des faux-nez et des conflits d’intérêts non signalés », a déclaré dans un communiqué Sue Gardner, directrice de la Fondation Wikimedia, le 21 octobre 2013.

Mais comme le montre le récent article de Signpost, le problème des éditeurs payés n’a pas disparu. Et certains des pires contrevenants sont les entreprises d’options binaires et de Forex de détail, a déclaré par téléphone au Times of Israël Smallbones, auteur de l’article sur Signpost et éditeur de Wikipedia depuis 11 ans. (Le Times of Israël connait l’identité de Smallbones, professeur de finance à la retraite qui vit aux Etats-Unis, mais il a demandé que son vrai nom ne soit pas utilisé, afin de minimiser le harcèlement virtuel ou non qu’il connait depuis l’écriture de cet article sur l’édition payée.)

« Nous avons très souvent des gens qui essaient d’insérer des publicités dans les articles, a expliqué l’éditeur de Wikipedia. Mais cet article sur Banc de Binary est de loin le pire cas que j’ai jamais vu. »

Publicité de 2013, depuis supprimée, pour Banc de Binary. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Publicité de 2013, depuis supprimée, pour Banc de Binary. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le site internet de Banc de Binary a été mis en ligne vers 2010. La même année, un homme du nom d’Oren Shabat a enregistré la firme israélienne E.T. Binary Options Ltd., une entreprise israélienne qui gérait un centre d’appel et Banc de Binary. L’entreprise, qui a ensuite pris le nom de E.T.B.O. Services, est possédée par Oren, son père Hezi et son frère Lior Shabat, selon le registre des sociétés d’Israël. Une partie minoritaire des parts de la compagnie est détenue par un trust représentant Yossi Almaliach, Ronen Tubul, Ohad Tzori et Yoram Menachem.

L’article Wikipedia sur Banc de Binary a été publié en 2012. A l’époque, l’entreprise se présentait comme un groupe de « banquiers d’options privés », et affirmait être située à New York, au 40 Wall Street. (L’entreprise y aurait eu un « bureau virtuel ».

Cette adresse, connue comme le Trump Building, a été utilisée par d’autres firmes associées aux options binaires, comme EZTrader, sanctionnée par le régulateur américain, et le service de portefeuille électronique Neteller.)

Banc De Binary avait affirmé avoir un bureau à New York, au 40 Wall Street. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Banc De Binary avait affirmé avoir un bureau à New York, au 40 Wall Street. (Crédit : capture d’écran YouTube)

En 2013, l’article avait déjà été supprimé deux fois par les administrateurs de Wikipedia, « pour être purement publicitaire et donc violer la politique de Wikipedia contre la publicité », a expliqué Smallbones, mais l’article ne cessait de réapparaître et a été l’objet d’une guerre d’édition.

Les éditeurs de Wikipedia ont également mené une enquête qui a entraîné le bannissement des premiers créateurs de l’article, considérés comme des faux-nez », un terme qui désigne, sur internet, les utilisateurs qui ont de nombreuses identités pour pouvoir tromper leurs interlocuteurs.

De plus, une biographie du fondateur de Banc de Binary, Oren Shabat (qui a adopté le nom d’Oren Laurent), a été supprimée trois fois par d’autres éditeurs en 2013, en raison de son contenu à caractère publicitaire ou parce que le sujet de l’article était considéré comme « non encyclopédique ».

Smallbones a expliqué qu’il était fréquent que les éditeurs proposent de supprimer des articles Wikipedia qui semblent avoir été créés à des fins d’auto-promotion ou de publicité, et qui ne présentent pas d’informations objectives provenant d’une source fiable.

« Les conditions d’utilisation de Wikipedia, et de presque tous les sites du parent de Wikipedia, la Fondation Wikimedia, contiennent une clause simple sur l’édition payée, a-t-il dit. Tous les éditeurs payés doivent déclarer qu’ils sont payés, et qui les payent, ce qui permet ainsi à des volontaires de surveiller et de modifier toutes les éditions payées. Les éditeurs payés non déclarés ne sont autorisés à contribuer sur aucun de ces sites. La publicité, le marketing et les relations publiques sont interdits par la politique de Wikipedia. »

La tour Banc de Binary à Ramat Gan, en 2014. (Crédit : BDBJack/CC BY-SA/Wikipedia)
La tour Banc de Binary à Ramat Gan, en 2014. (Crédit : BDBJack/CC BY-SA/Wikipedia)

De plus, les éditeurs qui ont un conflit d’intérêts (par exemple, des individus qui éditent leur propre page Wikipedia) sont fortement découragés de travailler sur ces articles, où ils ne peuvent être objectifs. Ils ont cependant le droit de faire des suggestions sur la page de discussion de chaque article.

Selon Smallbones, la rafale d’activités entourant l’article Banc de Binary a commencé quand le gouvernement américain a accusé la compagnie au civil en juin 2013, parce qu’elle proposait illégalement des options binaires aux investisseurs américains, sans être enregistrée.

John Berry, avocat de la Commission des échanges et des titres des Etats-Unis (SEC), a déclaré en mai 2016 à la BBC que non seulement Banc de Binary avait vendu des produits financiers à des investisseurs sans avoir l’autorisation de le faire, mais qu’elle avait également trompé ces investisseurs.

« Nous avons présenté à la cour des preuves que Banc de Binary disait aux investisseurs présents aux Etats-Unis que Banc de Binary était en fait basé à Wall Street, et nous avons des preuves de discussions en ligne où un vendeur de Banc de Binary dit à un investisseur américain, ‘hey, je vis juste en bas de Wall Street, j’ai une adresse sur Wall Street, je travaille là-bas’, et ils ont donc menti à plusieurs reprises à des clients aux Etats-Unis sur le fait d’être présents aux Etats-Unis, avec une adresse américaine sur Wall Street et un numéro de téléphone de New York. »

En mars 2016, la cour américaine a ordonné à la compagnie de payer plus de 11 millions de dollars de remboursement et d’amendes pour avoir sollicité illégalement des clients américains.

Les régulateurs d’Australie, de Nouvelle-Zélande et du Canada ont publié des mises en garde contre Banc de Binary, en raison de ses activités illégales. Une autre marque qui semble être associée à Banc de Binary, Option.fm, a été placée sur liste noire par les régulateurs financiers de l’Ontario, de Hong Kong, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Banc de Binary a également été condamné en janvier 2016 par la CySEC, le régulateur chypriote, à payer une amende de 350 000 euros.

Deux jours après la plainte américaine contre Banc de Binary en 2013, l’information a été publiée sur la page Wikipedia de Banc de Binary. Pendant les 11 mois qui ont suivi, l’article a été modifié plus de 500 fois, un nombre inhabituellement important. Selon l’article de Signpost, plus de 20 faux-nez différents ont été bannis de Wikipedia après avoir édité cet article.

Smallbones a expliqué que « la guerre d’édition » entourant l’article de Banc de Binary impliquait principalement certains éditeurs qui supprimaient les informations sur la plainte américaine ou la déplacer en bas de l’article, et d’autres qui la republiaient ou le replaçaient en haut de l’article. Les deux premières phrases de chaque article Wikipedia sont extrêmement importantes, puisqu’elles apparaissent directement sur la page de résultats de recherche de Google.

L'article Wikipedia de Banc De Binary, le 23 mai 2017. (Crédit : capture d'écran)
L’article Wikipedia de Banc De Binary, le 23 mai 2017. (Crédit : capture d’écran)

Au moment de l’écriture de cet article, Google affiche « Banc de Binary était une firme financière israélienne ayant eu des problèmes de régulation sur trois continents. Le 9 janvier 2017, l’entreprise a annoncé sa fermeture en raison d’une couverture médiatique négative et de sa réputation ternie. »

Mais Smallbones a précisé qu’une bataille longue et épuisante avait été menée pendant des années pour arriver à la page actuelle. « Si vous êtes poursuivis par la SEC et la CFTC vous ne pouvez pas laisser cela de côté, et c’est la seule chose que les faux-nez présumés voulaient faire une fois que ces procès sont arrivés. Ce qu’ils essayaient de faire, c’était principalement d’enlever l’information ou de la mettre tout en bas de l’article, où personne ne la lirait. Nos éditeurs sur Wikipedia ont dit ‘non, c’est très important’. »

Smallbones a raconté une dispute avec un faux-nez présumé, qui affirmait que l’information devait être enlevée car la CFTC n’était pas une source fiable, contrairement à Finance Magnates, une publication commerciale de l’industrie des options binaires et du Forex.

« Un éditeur avec juste une IP (située en Israël) affirmant être le PDG de Banc de Binary Oren Shabat Laurent, a fait cinq modifications identiques le même jour, qui ont toutes été annulées, pour ajouter des informations sur la biographie de Laurent, et une liste des produits et des pays disponibles. Il a également réduit la couverture des procès des régulateurs et l’a enterrée au fond de l’article », a précisé Smallbones dans l’article de Signpost.

De gauche à droite: Raz Hershko, Andrey Tsaryuk, David Albrdian, Oren Shabat Laurent, Sivan Laurent Shabat, Linoy Ashram et Yuval Freilich (Crédit : Autorisation du Comité olympique d'Israël)
De gauche à droite: Raz Hershko, Andrey Tsaryuk, David Albrdian, Oren Shabat Laurent, Sivan Laurent Shabat, Linoy Ashram et Yuval Freilich (Crédit : Autorisation du Comité olympique d’Israël)

Smallbones a expliqué que les disputes autour de l’article étaient épuisantes.

« Il y avait des discussions sur les pages discussions de Wikipedia avec 30 personnes différentes écrivant toutes en même temps, toutes sur le même sujet. Il était totalement impossible de comprendre ce que chacun voulait. Il y avait des personnes qui se présentaient comme Banc de Binary, et d’autres qui ne se présentaient pas mais avait un parti pris évident en faveur de Banc de Binary. »

Smallbones a ajouté qu’il était difficile pour les éditeurs bénévoles de concurrencer les publicitaires payés.

« C’est extrêmement frustrant quand des personnes qui sont à l’évidence payées tentent de déformer l’information, et nous sommes presque tous bénévoles. Quand quelqu’un peut mettre cinq personnes sur un article, il est très difficile pour nous de les stopper, du moins à court terme. »

Une facture à cinq chiffres pour une ‘crise de gestion’ sur Wikipedia

En juin 2014, un éditeur de Wikipedia a mentionné sur la page de discussion qu’il avait été témoin d’un nouveau record de prix proposé pour mettre en place une « crise de gestion » sur une page Wikipedia.

L’éditeur a décrit « un récent contrat pour éditer un seul article Wikipedia, où l’éditeur avait gagné le contrat après avoir facturé un prix à cinq chiffres. »

La page Wikipedia en question était celle de Banc de Binary, et la somme à cinq chiffres avait été proposée à un site freelance à quiconque voulait réécrire un article de manière à supprimer la couverture négative, a dit Smallbones au Times of Israël.

« Banc de Binary est hilarant », a écrit un autre éditeur en réponse à cette révélation. La page Wikipedia de Banc de Binary « a été écrite par un éditeur payé (qui a depuis été banni) comme un camouflage, et ensuite les éditeurs de Wikipedia s’y sont intéressés et l’ont transformée en article fiable sur ce qui est clairement une entreprise très louche. A ce moment, des faux-nez sont arrivés en masse pour tenter de le ‘réparer’ pour l’entreprise, et quand ça n’a pas marché, plus d’annonces pour supprimer ou revenir sur le contenu sont apparues. »

Le logo de Banc De Binary
Le logo de Banc De Binary

Mais Smallbones a indiqué que la réalité n’était pas drôle du tout.

Tout d’abord, il a estimé qu’environ 300 personnes avaient vu les différentes versions de l’article (en plusieurs langues) par jour, et il se demande combien d’entre elles, en lisant des informations positives, ont fait des transactions avec l’entreprise et y ont perdu de l’argent.

Ensuite, il se demande combien d’heures de travail non payées les éditeurs de Wikipedia ont passé à « nettoyer » l’article.

« Leurs éditeurs payés ont probablement passé plus de 100 heures sur l’article. Et nous avons dû y passer autant de temps qu’eux, et même plus, parce que si nous voulons corriger quelque chose, nous le corrigeons souvent deux ou trois fois parce qu’il y a plusieurs éditeurs avec des avis différents. »

« Si je vois quelque chose que je n’aime pas, je le corrige, et si quelqu’un me corrige et quelqu’un dit que ce n’est pas tout à faire exact et le corrige, et ensuite Band de Binary revient et met quelque chose d’autre. C’est un travail très intensif. »

Le 17 mai, le Times of Israël a contacté Oren Shabat Laurent, le fondateur de Banc de Binary, pour lui proposer de répondre aux accusations de cet article, mais n’a pas eu de retour.

Options binaires, Forex, et éditions payées

Banc de Binary n’est pas seul. Smallbones a indiqué que l’édition payée sur Wikipedia était présente pour les industries des options binaires et du Forex de détail. Beaucoup d’articles Wikipedia de ces sites internet sont rapidement supprimés après avoir été mis en ligne, a-t-il dit, parce que les administrateurs de Wikipedia soupçonnent fortement qu’ils ont été créés par des éditeurs payés à des fins publicitaires.

Dans un post publié en septembre 2016, un éditeur de Wikipedia recommandait la suppression de plusieurs pages sur des entreprises d’options binaires ou de Forex (seul un administrateur, un éditeur de Wikipedia avec des droits supplémentaires, peut effectivement supprimer une page), parce qu’il pensait que les articles avaient été créés par des faux-nez ou des éditeurs probablement payés. Il avait notamment cité les articles pour des entreprises de binaires et de Forex comme Spotware Systems Ltd., XM.com, AnyOption, IQ Option, et JustForex.

« Tous les articles cités ci-dessus ont été très pollués par des éditeurs promotionnels et ont besoin d’une vérification, avait écrit l’éditeur. Ce que j’ai remarqué dans tous ces articles, c’est une tendance lourde à mentionner à quel point les différentes compagnies et transactions sont régulées. »

Tous les articles mentionnés ci-dessus ont ensuite été supprimés.

Un contenu pollué, qui peut nuire à votre porte-monnaie

Wikipedia n’est que l’un des nombreux forums où les entreprises d’options binaires et de Forex se donnent du mal pour créer des « fake news ».

Les entreprises frauduleuses d’options binaires emploient aussi toute une armée de spécialistes du SEO (optimisation des moteurs de recherche), qui garantissent que les avertissements des régulateurs gouvernementaux ou la presse négative n’apparaissent pas dans les premiers résultats de recherche de Google. (L’année dernière, quand le Times of Israël a publié plusieurs articles décrivant la fraude largement répandue de l’industrie des options binaires, un employé nous a écrit pour se plaindre : « vous ruinez le mot clé ‘option binaire’. »)

Mais au-delà de ça, certaines entreprises vont jusqu’à créer de faux sites d’information avec un lectorat qui parait important, et des articles qui apparaissent dans Google News sur les avantages prétendus du marché des options binaires.

Diapositive d'une conférence de Google pour les plateformes d'options binaires, à la conférence IFX Expo à Chypre, en mai 2016. (Crédit : Hunter Stuart)
Diapositive d’une conférence de Google pour les plateformes d’options binaires, à la conférence IFX Expo à Chypre, en mai 2016. (Crédit : Hunter Stuart)

L’industrie dépense aussi une fortune en publicité sur Google, Twitter et Facebook.

Certaines entreprises paient pour du contenu sponsorisé sur des sites d’information classiques, embauchent de coûteux lobbyistes et des firmes de communication publique, se rapprochent des politiciens et donnent de l’argent à des œuvres caritatives. Certaines ont réussi à faire en sorte que leurs propres cadres apparaissent dans les émissions sur la finance à la télévision.

Certaines entreprises d’options binaires sont connues pour faire des menaces mélangées à des propositions aux individus qui publient des informations négatives sur eux, proposant de rembourser une partie de leur investissement s’ils suppriment leur critique, et s’ils refusent, en leur disant sur un ton menaçant « nous savons où vous habitez ». D’autres entreprises encore se contentent de simplement disparaître d’internet dès que le nombre de plaintes monte, pour juste réapparaître sous un autre nom, avec un nouveau site.

Une connexion russe ?

Si certains de ces efforts semblent rappeler la récente explosion de contenu frauduleux et pollué provenant de Russie, entre autres acteurs, c’est peut-être parce que l’industrie des options binaires présente une importante composante russe.

En plus des centres d’appels israéliens et des vendeurs qui s’engagent dans la fraude des options binaires, beaucoup des investisseurs ou des propriétaires bénéficiaires finaux des entreprises d’options binaires sont russes. Plusieurs des banques où est déposé l’argent des clients après leur paiement par carte de crédit appartiennent à des Russes, notamment, mais pas uniquement, la Banque commerciale russe de Chypre, Sberbank et la Banque VTB en Géorgie.

Plusieurs entreprises de Forex possédées par des Russes, comme Forex Club et Master Forex, se sont associées avec le fournisseur israélien de plate-formes SpotOption pour créer leur propre marque d’options binaires, comme option4trade et mfxoptions.

Plusieurs entreprises d’options binaires liées à la Russie, comme option4trade et IQ Option, sont hébergées par l’hébergeur internet russe Webzilla. Webzilla, dont le propriétaire, Alexey Gubarev, a récemment porté plainte contre BuzzFeed qui a publié son nom dans le dossier Trump non vérifié, ne cachant pas que les entreprises de Forex sont certains de ses plus gros clients. Plusieurs de ces clients sont placés sur des listes d’avertissement de régulateurs gouvernementaux.

IQ Option a été placé sur la liste noire de l’Autorité monétaire de Singapour. Forex Club a été l’objet d’un avertissement de 2015 de l’Autorité belge des services et des marchés.

« Au final, nous l’emporterons »

En ce qui concerne Smallbones lui-même, il est professeur de finance à la retraite et ancien trader de devises sur le marché de Chicago. Il a vécu et enseigné en Russie et en Hongrie pendant les années 1990 et 2000. C’est à ce moment qu’il a découvert l’industrie du Forex de détail, ainsi que ses nombreux acteurs frauduleux.

« Je me souviens d’être dans une petite ville de l’Oural, où toutes les usines avaient fermées. Des affiches faisaient de la publicité pour du Forex avec un dépôt minimum de cinq dollars. Les pauvres personnes qui répondaient à ces annonces n’avaient aucune chance de gagner le moindre sou, a dit Smallbones, mais ils allaient probablement être entraînés à perdre des sommes qu’ils ne pouvaient pas se permettre. »

« Il y avait des arnaques similaires à Moscou au début des années 1990, mais avec plus d’argent. »

En ce qui concerne le début de l’arnaque des options binaires, Smallbones s’est montré philosophe.

« Les arnaques au titre ont toujours existé. Le premier Ponzi date des années 1920, et il impliquait des coupons de poste international. Ensuite, dans les années 1960, les gens se faisaient arnaquer avec des récépissés d’entrepôts pour de l’huile de table. Tout ce qui peut être transformé en argent a été utilisé pour une arnaque. Les gens regardent le Forex, et ils voient tous les outils nécessaires pour y créer une arnaque. »

Smallbones édite des articles Wikipedia sur la fraude financière parce que le sujet l’intéresse. Mais il regrette qu’il ait fallu trois ans pour que l’article de Banc de Binary soit juste et précis.

S’il faut tant de travail pour corriger un petit exemple de fausses informations, a-t-il été demandé à Smallbones, comment les entreprises comme Google et Facebook, qui reposent essentiellement sur des algorithmes et non sur des humains, peuvent éloigner les fraudeurs ?

« Eh bien, la plupart des éditeurs de Wikipedia seraient d’accord pour dire qu’elles ne peuvent pas », a-t-il répondu.

Il a été plus optimiste sur la capacité de Wikipedia à dénicher les mensonges et les pièges payés.

Les arnaqueurs « peuvent causer des problèmes et nous faire travailler longtemps, a-t-il dit, mais au bout du chemin, et c’était un très long chemin, nous l’emporterons. »

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