À la veille des Fêtes, un verdict sévère plane sur la gestion du COVID d’Israël
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Opinion

À la veille des Fêtes, un verdict sévère plane sur la gestion du COVID d’Israël

Après un (très) bon début, les dirigeants israéliens n'ont pas su élaborer de stratégie et ont perdu la confiance du public. Des leçons doivent être tirées, et rapidement

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dit aux Israéliens de s'assurer qu'ils utilisent des mouchoirs quand ils toussent ou éternuent lors d'une conférence de presse sur le coronavirus au Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dit aux Israéliens de s'assurer qu'ils utilisent des mouchoirs quand ils toussent ou éternuent lors d'une conférence de presse sur le coronavirus au Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Flash90)

Le pays, qui a suscité l’admiration mondiale pour ses performances au début de la crise du coronavirus, attire maintenant l’attention sur ses malheurs. Six mois après les premiers cas, Israël compte environ 3 000 personnes par jour dont l’infection a été confirmée et, pendant la semaine qui s’est terminée le 9 septembre, il a enregistré le taux le plus élevé de nouvelles infections quotidiennes au coronavirus par habitant dans le monde.

Ce pays idolâtre les histoires de succès fulgurants : le raid d’Entebbe, la guerre des Six Jours. Avec la COVID-19, il s’est bercé d’un faux sentiment de sécurité après avoir d’abord bien tiré son épingle du jeu, et a rouvert le pays après le confinement de mars et avril trop rapidement.

Pour pérenniser les succès obtenus dans le cadre du confinement, la nation devait disposer de toutes les infrastructures adéquates, y compris les tests et la recherche de contacts, et la population avait également besoin d’un leadership qui l’incite à se sentir partie intégrante d’un combat permanent. Depuis son succès initial, la direction d’Israël n’a ni élaboré de stratégie efficace ni inspiré la confiance et la coopération du public.

La quarantaine comme service de réserve

Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il faut admettre que Benjamin Netanyahu est un orfèvre du langage de classe mondiale et un magnifique motivateur.

Il fait passer son message, qu’il s’agisse de galvaniser le Congrès américain contre l’accord nucléaire iranien ou, plus cyniquement, de motiver ses électeurs à contrecarrer l’influence des »masses » arabes ou de les convaincre que les accusations de corruption portées contre lui sont injustes.

Ses discours sur le coronavirus étaient autoritaires et dignes d’un homme d’État, mais ils n’ont pas touché la population. Ils ne nous ont pas donné le sentiment, comme ils auraient dû le faire, que toute personne observant une quarantaine participait à une forme de service national, tout comme un citoyen qui accomplit un devoir de milouim, de réserve. Ils nous ont fait sentir qu’on attend de nous que nous suivions les règles, et non que nous avons le pouvoir de faire la différence.

Des Israéliennes portent des masques de protection alors qu’elles font leurs courses au marché local de Safed, dans le nord d’Israël, le 24 juin 2020. (David Cohen/FLASH90)

Montrez-nous le monde scientifique

Et où était la science dans les messages de ses collègues et des siens ? Alors que les dirigeants d’Israël saluent à juste titre et régulièrement le potentiel intellectuel de la nation dans le monde entier et qu’ils sont [kvell] fières de l’intelligence des Israéliens, ils ont traité les citoyens comme des idiots pendant la pandémie.

Au départ, Netanyahu nous avait assuré que les masques ne seraient pas nécessaires. La science a montré que cette approche était erronée, et Israël a changé de tactique. Mais au beau milieu des efforts pour convaincre les gens de porter des masques, une importante étude a établi qu’ils protègent le porteur, réduisant son risque d’infection de 85 %. Cette étude, publiée dans une revue prestigieuse, a eu un grand potentiel pour encourager le port du masque, car auparavant il était surtout considéré comme une mesure de protection des autres, et non des porteurs eux-mêmes. Cette étude, ou une recherche d’importance similaire, a-t-elle été claironnée par les dirigeants ? Non.

Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, fait une déclaration à l’ouverture de la réunion hebdomadaire de son groupe à la Knesset, le 7 septembre 2020. (Yisrael Beytenu)

Au lieu de créer une dynamique basée sur le partage des connaissances et de l’information, qui conviendrait à un État dominé par le Peuple du Livre, la dynamique du pouvoir ici a dit que les dirigeants font les règles, et la population suit. Mais les règles ont souvent changé, n’ont pas toujours eu de sens – certaines n’avaient pas de base épidémiologique et constituaient une charge inutile, comme la restriction de rester à moins de 100 mètres de la maison pendant le confinement – et ont été de plus en plus influencées par les pressions et les intérêts politiques. Cela a alimenté la méfiance croissante du public et sa réticence à s’y conformer – une tendance elle-même maintenant exploitée par les politiciens, atteignant un pic lundi avec l’ennemi juré de Netanyahu, Avigdor Liberman, qui encourage le public à ne pas suivre des lignes directrices qu’il juge insensées après que Netanyahu s’est mis à zigzaguer contre des bouclages sous la pression de ses alliés de la coalition ultra-orthodoxe.

Alors que les dirigeants israéliens louent à juste titre et régulièrement le potentiel intellectuel de la nation dans le monde entier et qu’ils sont fières de l’intelligence des Israéliens, ils ont traité les citoyens comme des idiots pendant la pandémie

Netanyahu aurait pu être le meilleur pédagogue-Premier ministre des sciences du monde. Il est heureux de sortir des sentiers battus dans son discours. Pour faire valoir son point de vue sur la menace nucléaire iranienne aux Nations unies, il a sorti le dessin d’une bombe et y a tracé une ligne rouge avec un marqueur qu’il a sorti de sa poche.

Il est passé maître dans l’art théâtral pour faire valoir son point de vue. S’il avait soufflé ou aspiré de la fumée à travers un masque facial pour illustrer à quel point il bloque les gouttelettes qui sortent de votre bouche, n’auriez-vous pas voulu voir le clip ? Il aurait fait la une de tous les journaux et sites d’information, et serait devenu un exemple que personne n’aurait pu ignorer.

Tous les hommes du Premier ministre

Le Prof. Sigal Sadetsky, chef des services de santé publique au ministère de la Santé, s’exprime lors d’une conférence de presse sur le Covid-19 à Tel Aviv, le 27 février 2020. (Avshalom Sassoni / Flash90)

Au-delà des questions de leadership de Netanyahu, il existe un problème flagrant quant à l’image de qui est aux commandes. Il s’agit presque exclusivement d’hommes. La femme la plus en vue, Siegal Sadetsky, chef des services de santé publique au ministère de la Santé, a démissionné en juillet en disant qu’Israël était sur une voie « dangereuse ».

Israël peut croire que le maintien d’une élite masculine est toujours acceptable pour la Défense, mais cela ne va pas de pair avec une crise qui secoue la société dans son ensemble. Dans cette pandémie, les dirigeants doivent motiver les gens à vivre différemment, et forcer leurs enfants à vivre différemment. Les instructions pèsent lourdement sur les femmes, d’autant plus qu’il est encore normal dans la société israélienne que les mères jouent un rôle plus important que les pères dans la garde des enfants.

Le système actuel donne l’impression que ce sont les hommes qui fixent les règles. C’est une erreur. Pour maximiser le sentiment de motivation dans un combat que les hommes et les femmes entreprennent ensemble, nous devons voir les deux sexes jouer un rôle prépondérant au sommet.

L’échec épique de la mise en place des précautions de distanciation sociale dans les communautés Haredi, qui a contribué à leurs niveaux de virus disproportionnés, reflète également un fiasco dans l’établissement d’un leadership représentatif.

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman, (à gauche), serre la main de Ronni Gamzu lors d’une conférence de presse au ministère de la Santé à Jérusalem le 3 janvier 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le fait qu’Israël ait eu un ministre de la Santé Haredi, Yaakov Litzman, au début de la crise aurait pu être de bon augure. Avec la bonne attitude de M. Litzman, une attitude de collaboration de la part de ses collègues du cabinet et une réflexion intelligente au sein de son ministère, il aurait pu faire en sorte que les messages nécessaires parviennent à sa communauté. Toute notion de conflit entre les priorités en matière de santé et une religion qui accorde une valeur ultime à la vie humaine aurait pu être évitée.

Mais Litzman s’est laissé distraire par des intérêts sectaires, a perdu sa crédibilité après avoir prétendument bafoué les règles de son propre ministère sur la prière à l’intérieur et s’être infecté, et a démissionné en avril.

Litzman n’était pas l’homme qu’il fallait pour ce poste, mais Israël a désespérément besoin que d’autres voix Haredi de haut niveau soient impliquées au sommet de la lutte contre le virus, que ce soit au sein du gouvernement ou à l’extérieur. C’est particulièrement vrai aujourd’hui, alors que le COVID-19 sévit dans la communauté Haredi, et que le responsable de la lutte contre le virus Ronni Gamzu a montré qu’il avait besoin d’être guidé dans sa diplomatie là-bas, après avoir agi comme un éléphant dans un magasin de porcelaine avec des commentaires sur un rabbin de haut rang.

Israël a besoin de personnalités intelligentes qui peuvent faire en sorte que le dialogue s’éloigne des arguments sectaires pour aller vers le bien commun pour les Haredim et la société israélienne en général.

Un faux sentiment de victoire

Dans l’ensemble, l’un des aspects les plus frustrants de l’expérience israélienne en matière de coronavirus est l’histoire du déconfinement en mai. Soudain, du jour au lendemain, pratiquement tout était permis, y compris les grands mariages.

Les dommages n’ont pas seulement été ressentis dans la spirale des taux d’infection, mais aussi psychologiquement, dans les attitudes de la population. Nous parlions encore du virus et étions censés porter des masques, mais dans nos têtes, la victoire était acquise et nous étions de retour dans le business. Après tout, Netanyahu lui-même nous avait encouragés à sortir et à nous amuser, « et à retrouver une vie normale ».

Élèves d’école primaire le 1er septembre 2020, le jour de la rentrée à l’école Gabrieli de Tel Aviv. (Courtesy Miriam Alster/Flash 90)

À partir de ce moment, les nouvelles restrictions se sont avérées très difficiles à avaler. Le gouvernement aurait dû cesser de confiner les gens dans leurs maisons et ouvrir des écoles – avec des capsules strictes – mais il a laissé la plupart des autres restrictions en place.

Psychologiquement, nous aurions été dans la phase II du combat, travaillant à montrer que le pays peut réussir même avec des règles libéralisées, et visant à montrer que d’autres reculs sont possibles. Au lieu de cela, alors que nous fêtions déjà notre victoire contre le virus, nous avons été autorisés à faire presque tout ce que nous voulions, et nous en sommes venus à penser que le rétablissement des règles maintenant serait une imposition à laquelle nous ne devrions pas avoir à faire face – surtout étant donné les conséquences économiques stupéfiantes de la reprise des restrictions.

Bégaiements de démarrage

Les autorités n’avaient pas seulement besoin de mieux gérer la réouverture, elles avaient besoin d’un plan global plus solide pour le répit entre les vagues. La période de calme après la première vague a été dominée par l’autosatisfaction et le nombrilisme des dirigeants, au lieu de la planification stratégique et de la préparation du combat en cours, dont beaucoup craignent qu’il ne devienne encore plus difficile lorsque le temps froid arrivera.

Il est stupéfiant de constater que la « startup nation » qui vend sa technologie au monde entier ne s’est pas empressée d’obtenir une application civile précise pour téléphone portable afin d’avertir les gens s’ils se trouvaient à proximité d’un transporteur, comme alternative plus efficace et moins controversée à la surveillance par les services de sécurité. Cette application n’a été prête qu’en juillet…

Des agents de l’organisation de services de santé Clalit prélèvent des échantillons auprès d’Israéliens pour vérifier s’ils ont été infectés par le coronavirus dans un centre de test, à Modiin Illit, le 7 septembre 2020. (Yossi Aloni/FLASH90)

Le répit post-première vague aurait également dû être utilisé pour nommer un responsable de la lutte contre le coronavirus, ce qui aurait idéalement dû se produire le premier jour. C’est à la fin du mois de juillet que le responsable du virus, M. Gamzu, a prononcé son premier discours, dans lequel il a promis d’améliorer la recherche des contacts et d’autres aspects de la lutte contre le virus. Beaucoup de ses démarches prennent du temps, et il n’y a toujours pas assez de professionnels pour mener des enquêtes afin de s’assurer que les personnes qui ont rencontré un porteur soient mises en quarantaine.

La période de calme après la première vague a été dominée par l’auto-congratulation et le nombrilisme

Gamzu aurait dû être mis en place fin avril, lorsque le pays a senti qu’il gagnait, pour se préparer aux défis à venir. Son travail accuse un retard de trois mois par rapport à ce qu’il devrait être.

L’école a redémarré il y a une semaine et les enseignants tombent comme des mouches, se montrent positifs au coronavirus et envoient de nombreux autres membres du personnel en quarantaine.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de tests généraux pour les enseignants avant la rentrée ? Même si cela signifiait que les écoles auraient dû échelonner leurs dates de début pour que le système de tests puisse gérer la capacité, cela en aurait valu la peine.

L’inquiétude des enseignants face à la propagation du virus est bien réelle. Mais les enseignants infectés provoquent également un effet domino qui fait que les enfants sont renvoyés chez eux, les salles de classe sont fermées et les parents ont du mal à travailler, quelques jours seulement après les longues vacances d’été. Les enseignants infectés mettent leurs collègues en quarantaine et il y a un manque d’enseignants remplaçants.

Des tests constants ne sont pas réalistes, mais un test général pour les enseignants avant la rentrée aurait permis de mieux démarrer.

Le baromètre d’Ouman

L’une des questions les plus brûlantes aujourd’hui est de savoir si nous avons appris de nos erreurs passées.

En regardant Gamzu parler la plupart du temps, il est facile de conclure que oui. Ou du moins, si les politiciens l’écoutent, arrêtent de le calomnier et ne le présentent pas comme un bouc émissaire, nous l’aurons fait.

Des Juifs ultra-orthodoxes du mouvement hassidique Breslev manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, demandant une solution pour voyager à Ouman à Rosh HaShana, le 29 août 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Mais en regardant, avec un certain pressentiment, vers Ouman, une conclusion plus pessimiste se présente.

En mai dernier, des chercheurs de l’université de Tel Aviv ont découvert que sept Israéliens sur dix ayant contracté le virus à ce jour étaient infectés par un haplotype – variante – arrivé dans le pays en provenance des États-Unis. Il y a eu des échecs très médiatisés dans la mise en quarantaine forcée des nouveaux arrivants, et le scientifique derrière l’étude, Adi Stern, a déclaré que le chiffre pourrait refléter une mauvaise application en ce qui concerne les vols américains en particulier.

Le gouvernement est conscient du danger d’importer le virus, et connaît également les dangers des rassemblements de masse. Pourtant, il semble maintenant probable, en raison de la forte pression politique, qu’il revienne sur son insistance à ce qu’il n’y ait pas de pèlerinage depuis Israël vers la ville ukrainienne d’Ouman pour Rosh HaShana. Selon les rapports, des plans sont en cours pour permettre à entre 5 000 et 7 500 pèlerins de faire le voyage.

Quelles que soient les règles ou les capsules officiellement mises en place, la réalité sur le terrain donnera lieu à une transmission du virus, et il y aura de forts risques que des cas soient ramenés en Israël. Les pèlerins seront-ils autorisés à voyager et, dans l’affirmative, leur retour sera-t-il effectivement traité selon des précautions strictes ?

Si les gens ramènent l’infection d’Ouman et la propagent parmi leurs amis, leur famille et leurs communautés, nous commencerons rapidement à en voir les effets. Le Yom Kippour pourrait s’avérer être un jour de jugement amer concernant la prise de décision du gouvernement en matière de coronavirus.

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