A Rome, une conférence internationale pour pousser les Libyens à s’entendre
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A Rome, une conférence internationale pour pousser les Libyens à s’entendre

Pour l'Italie, qui avait colonisé la Libye, cette conférence naît cependant de "l'échec de l'ONU" à régler le problème

Steven Sotloff (au centre avec un casque noir) discutant avec des rebelles libyens, le 2 juin 2011.(Crédit : autorisation Etienne de Malgraive, via AFP)
Steven Sotloff (au centre avec un casque noir) discutant avec des rebelles libyens, le 2 juin 2011.(Crédit : autorisation Etienne de Malgraive, via AFP)

L’Italie et les Etats-Unis organisent dimanche à Rome une conférence internationale pour tenter d’accélérer la formation d’un gouvernement d’union en Libye, où le chaos permet à l’organisation Etat islamique (EI) de monter en puissance.

L’objectif est de donner une « impulsion, si possible décisive, à la conclusion d’un accord pour un gouvernement national » sous l’égide de l’ONU, avec l’ambition de créer un processus équivalent à celui de Vienne pour la Syrie, a expliqué le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni.

Cette conférence d’une journée doit réunir les chefs des diplomaties américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, des représentants des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Royaume-Uni, Chine et France), des grands pays européens et des pays de la région (Maroc, Algérie, Tchad, Niger, mais aussi Turquie, Qatar, Emirats arabes unis, etc.).

La question de la représentation des factions libyennes n’a en revanche pas encore été tranchée. Les modérés sont les bienvenus, mais pas les organisateurs du processus ayant conduit au protocole d’accord conclu le 6 décembre à Tunis, considérés comme peu représentatifs.

L’émissaire de l’ONU, Martin Kobler, a de nouveau jugé jeudi non viable ce processus alternatif aux négociations menées sous l’égide des Nations unies, qui ont abouti à un projet d’accord début octobre, après six mois d’âpres négociations.

Selon une source diplomatique européenne, cet accord « long et précis » a le soutien de la majorité des parlementaires à Tobrouk (dans l’est, reconnu par la communauté internationale), comme à Tripoli, mais a été bloqué par les présidents des assemblées, qui ont tous les deux obtenu un vote de rejet.

Il s’agit donc de « re-mobiliser le soutien international et les Libyens » autour de cet accord pour « bâtir un consensus » et d’obtenir un gouvernement d’unité nationale « d’ici à la fin de l’année », a ajouté ce diplomate.

« Si cela ne se concrétise pas (…), nous examinerons la façon dont nous pourrions les convaincre », a-t-il insisté, évoquant de possibles sanctions de l’ONU.

Les parties rivales libyennes se sont retrouvées jeudi et vendredi à Tunis pour faire avancer ce projet. « J’ai senti un consensus (…) sur l’urgence de parvenir à la signature de l’accord » et « sur le fait de ne pas rediscuter le texte de l’accord car ça serait ouvrir la boîte de Pandore », a déclaré Kobler jeudi soir.

‘Urgence absolue’

« Il y a une urgence absolue. Chaque semaine qui passe est mise à profit par l’EI pour tenter de faire de la Libye une base terroriste », a insisté vendredi le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Harlem Désir.

Pour l’Italie, ancienne puissance coloniale, cette conférence naît cependant de « l’échec de l’ONU », a expliqué à l’AFP Nicola Latorre, président de la commission Défense au Sénat et spécialiste de la Libye. « On ne peut pas se contenter de soutenir l’ONU, il nous faut devenir protagonistes ».

Matteo Renzi, Premier ministre d'Italie, le 17 février 2014 au Palais Quirinal, à Rome (Crédit : AFP Filippo Monteforte)
Matteo Renzi, Premier ministre d’Italie, le 17 février 2014 au Palais Quirinal, à Rome (Crédit : AFP Filippo Monteforte)

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, répète depuis des mois que la menace islamiste plane autant sur la Libye que sur la Syrie, et que l’Italie est prête à prendre le commandement d’une mission militaire sur place.

Mais il ne s’agit pas de « jouer au ‘Risk’ pour faire plaisir aux commentateurs », a insisté jeudi Renzi, qui n’interviendra pas en Libye avant d’avoir obtenu un mandat de l’ONU et l’accord d’autorités locales reconnues et refuse pour la même raison de participer aux bombardements en Syrie.

L’Italie se sent d’autant plus concernée que le chaos libyen, depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, a favorisé le passage de centaines de milliers de migrants et que les évaluations font état de 500 000 à un million de candidats au départ encore en Libye.

Mais l’inquiétude dans le monde porte surtout sur l’EI : la Syrie devenant plus difficile d’accès, le groupe se renforce dans son fief côtier de Syrte et menace les infrastructures pétrolières plus au sud.

L’ONU évalue le nombre des combattants locaux de l’EI à entre 2.000 et 3.000, mais des responsables locaux parlent aussi de centaines de Tunisiens, Soudanais, Yéménites ou encore Nigérians de Boko Haram venant se former pour repartir frapper ailleurs.

Le Premier ministre français, Manuel Valls, a d’ailleurs déclaré vendredi qu’après l’Irak et la Syrie, le combat contre l’EI se poursuivrait « demain sans doute en Libye ».

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