À Tel Aviv, on craint peu les nouvelles menaces de Téhéran
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À Tel Aviv, on craint peu les nouvelles menaces de Téhéran

Réduire Tel Aviv en "poussière" ? Dans la métropole israélienne, des habitants n'ont cure des menaces d'un responsable en Iran

Vue sur la skyline de Tel Aviv (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)
Vue sur la skyline de Tel Aviv (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

Réduire Tel Aviv en « poussière » ? Dans la métropole israélienne, des habitants n’ont cure des menaces d’un responsable en Iran, au moment où Israël pourrait se voir entraîner dans une escalade entre son ennemi iranien et son allié américain.

Le temps est bon, le ciel est bleu et Nizan Katz, un résident de Tel Aviv, doute que les déclarations musclées de Mohsen Rezaï, ancien commandant en chef du corps des Gardiens de la Révolution et désormais secrétaire du Conseil de discernement, un poste clé du système politique iranien, ne se matérialisent.

Dimanche, à Téhéran, en pleine escalade verbale à la suite de la frappe américaine qui a tué le général iranien Qassem Soleimani, Mohsen Rezaï a soutenu que l’Iran allait se venger contre Israël si les Etats-Unis du président américain Donald Trump frappaient des sites iraniens.

« Vous avez tweeté que vous attaqueriez de nouveau si l’Iran se venge ? » a lancé M. Rezaï. « Soyez certain que l’Iran réduira (alors) Haïfa et les centres (urbains) israéliens en poussière d’une façon telle qu’Israël serait rayé de la surface du globe », a-t-il ajouté.

« Si l’Amérique prend la moindre mesure après notre riposte militaire, nous réduirons Tel Aviv et Haïfa en poussière », a aussi soutenu M. Rezaï sur son compte Twitter.

En Israël, ces déclarations ont aussitôt alimenté les échanges sur les plateaux de télévision, mais les autorités ont, elles, maintenu le silence radio, tentant peut-être de ne pas rajouter de l’huile sur le feu.

« Je n’ai pas peur de la menace iranienne. Israël est beaucoup plus puissant, s’il y a confrontation c’est l’Iran qui perdra », assure Nizan Katz. « Et puis, il ne devrait y avoir aucune confrontation entre Israël et l’Iran, car nous n’avons pas de frontière commune », ajoute cet habitant de Tel Aviv.

« Je suppose qu’il (l’Iran) ne nous attaquera pas parce qu’il a surtout des problèmes avec les Américains bien qu’ils nous haïssent depuis des années. Et puis, nous pouvons nous défendre », lance Benny, casque de vélo, barbe blanche et lunettes de soleil, se promenant sur le bord de mer.

Souvenirs de Scud

Au début de la guerre du Golfe, en janvier 1991, les forces de Saddam Hussein avaient tiré des missiles Scud depuis l’Irak, pays qui n’a pas de frontière avec Israël, sur Tel Aviv et Haïfa, deux grandes villes côtières israéliennes, causant la panique, sans faire de morts.

Si Israël n’a pas de frontière avec l’Iran ennemi, il en a avec le Liban, la Syrie et la bande de Gaza. Au Liban, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, allié de l’Iran, n’a pas appelé à des représailles contre Israël mais contre « la présence américaine dans la région ».

Du côté de la bande de Gaza, le mouvement terroriste palestinien du Hamas, qui bénéficie d’un accord de trêve avec Israël, a dénoncé la frappe américaine contre le général iranien Qassem Soleimani, sans toutefois appeler à le venger.

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, s’est d’ailleurs rendu lundi à Téhéran, où il doit passer quelques jours sur place selon des sources au sein du mouvement, pour présenter ses condoléances et discuter avec de hauts responsables iraniens.

D’après un rapport de l’Institut national des études sécuritaires (INSS), un centre de recherche lié à l’université de Tel Aviv, les autorités israéliennes se préparent à une « variété de scénarios », allant d’une « escalade à une confrontation (directe) avec les Etats-Unis, dans laquelle Israël pourrait être impliquée ».

Attaquer des villes israéliennes serait « une énorme provocation qui risquerait de causer un conflit militaire de grande ampleur avec Israël », estime Orna Mizrahi, analyste au INSS. « Je ne pense pas que ce soit ce qu’il (l’Iran) recherche actuellement. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait dit brièvement soutenir vendredi le « droit à la légitime défense » des Etats-Unis qui ont éliminé le général Soleimani, architecte des opérations extérieures de l’Iran et ennemi de longue date d’Israël.

Mais M. Netanyahu n’a pas commenté les menaces de M. Rezaï.

« Le gouvernement israélien reste coi face à la menace. Il s’agit d’une stratégie calculée de flexibilité, car il ne veut pas dépendre uniquement des décisions qui seront prises par Washington », analyse Rachel Suissa, spécialiste des questions de sécurité à l’université de Haïfa.

« Dans la guerre, il n’y a que des perdants et à un moment donné tout le monde fera preuve d’intelligence et rien n’arrivera », estime-t-elle.

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