Affaire Epstein : la piste des ramifications françaises
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Affaire Epstein : la piste des ramifications françaises

Saisi fin juillet, le parquet de Paris affirme à l'AFP poursuivre ses "vérifications" et "échanges" avec les autorités américaines avant de décider ou non d'ouvrir une enquête

Jeffrey Epstein à New York en 2005. (Neil Rasmus / Patrick McMullan via Getty Images / via JTA)
Jeffrey Epstein à New York en 2005. (Neil Rasmus / Patrick McMullan via Getty Images / via JTA)

L’affaire Jeffrey Epstein va-t-elle rebondir en France ? Près de deux semaines après le suicide en prison du financier juif américain accusé de viols sur mineures, de nouveaux éléments renforcent l’hypothèse d’un scandale aux ramifications françaises.

Saisi fin juillet, le parquet de Paris affirme à l’AFP poursuivre ses « vérifications » et « échanges » avec les autorités américaines avant de décider ou non d’ouvrir une enquête.

Des victimes françaises ?

C’est la question centrale : poursuivi pour avoir agressé sexuellement des dizaines de jeunes filles aux États-Unis entre 2002 et 2005, Jeffrey Epstein aurait-il fait des victimes françaises ou commis des actes répréhensibles en France ?

C’est ce que soutient Innocence en danger. L’association française, qui a saisi la justice fin juillet après l’arrestation d’Epstein aux États-Unis, a affirmé jeudi avoir reçu dix témoignages émanant principalement de victimes d’actes « commis sur le sol français » en lien avec le multimillionnaire mort à 66 ans.

Dans un témoignage datant de 2011 mais récemment rendu public aux États-Unis, une plaignante accusait, elle, le financier et jet-setter d’avoir abusé de très jeunes Françaises qui lui avaient été envoyées comme « cadeau d’anniversaire surprise ».

« Jeffrey se vantait (…) qu’elles avaient 12 ans et qu’elles avaient été amenées de France parce qu’elles sont très pauvres et que leurs parents avaient besoin d’argent », indique cette plaignante dans sa déposition consultée par l’AFP.

Selon des médias anglo-saxons, cette plaignante affirmait également que ces jeunes filles avaient été envoyées aux États-Unis grâce à un ancien proche d’Epstein, le Français Jean-Luc Brunel.

Brunel, le sulfureux ami français

Le nom du fondateur des agences de mannequins Karin Models et MC2 Model Management apparaît dès la première enquête ouverte aux États-Unis contre Epstein et close en 2007 : le financier avait alors plaidé coupable de sollicitation de prostituées et écopé de 13 mois de prison.

Selon deux plaignantes, M. Brunel jouait alors le rôle de rabatteur pour Epstein, amenant aux États-Unis des « jeunes filles » venues de milieux modestes en leur faisant miroiter des jobs « bien payés » dans le mannequinat.

A l’époque, au moins deux messages troublants avaient été retrouvés par la police de Floride, dont celui-ci, noté en 2005 par un domestique de M. Epstein après un coup de fil de « Jean-Luc » : « Il a une prof pour vous, pour vous apprendre à parler russe. Elle a 2×8 ans, pas blonde ».

Septuagénaire aujourd’hui disparu des radars, M. Brunel a aussi été accusé de viols par Virginia Giuffre, une des principales plaignantes de l’affaire Epstein.

En 2015, alors en froid avec Epstein, M. Brunel avait annoncé des actions en France et aux États-Unis pour dénoncer ces « allégations » mais aucune de ces procédures n’a prospéré.

Le scandale Epstein a aussi fait ressurgir des accusations lancées par d’anciens mannequins, dont la Néerlandaise Thysia Huisman qui affirme avoir été « droguée et violée » par M. Brunel dans les années 1990.

Selon le quotidien britannique The Guardian, le septuagénaire, qui n’est pas poursuivi aux États-Unis, a été récemment aperçu à Paris. L’AFP n’est pas parvenu à entrer en contact avec lui, ni avec son avocat.

L’appartement parisien

Jeffrey Epstein, qui partageait sa vie entre New York et la Floride, possédait également un appartement dans un quartier huppé de Paris.

Selon Innocence en danger, cet appartement et ses séjours « réguliers » en France sont de nature à éveiller les soupçons. « Il appartient aux enquêteurs (…) de faire la lumière sur l’usage de l’appartement acquis par monsieur Epstein », avait écrit l’association dans son signalement au parquet.

Dans cet immeuble cossu, ils sont peu nombreux à vouloir évoquer le financier américain.

« C’était un homme discret, il sortait seulement une heure et rentrait », confie à l’AFP sous couvert d’anonymat une personne vivant dans l’immeuble, assurant qu’il venait souvent, pour environ dix jours. C’est d’ailleurs au retour de Paris qu’il avait été interpellé début juillet dans le New Jersey.

Jeffrey Epstein était parfois accompagné de jeunes femmes lors de ses séjours parisiens, selon la même source, qui décrit un même profil : jeunes, grandes, minces, « originaires de l’Est ». « Ah ça, c’est sûr qu’il aimait les femmes », commente cette personne. « Des jeunes femmes mais pas des mineures », croit-elle savoir.

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