Amnesty demande la libération d’Ahed Tamimi
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Amnesty demande la libération d’Ahed Tamimi

Le tribunal a décidé lundi de prolonger de deux jours la détention de la Palestinienne ; Amnesty qualifie la détention et l'inculpation de "disproportionnées"

Ahed Tamimi, une Palestinienne de 16 ans, au centre, lors d'une audience au tribunal militaire d'Ofer le 28 dcécembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Ahmad Gharabli)
Ahed Tamimi, une Palestinienne de 16 ans, au centre, lors d'une audience au tribunal militaire d'Ofer le 28 dcécembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Ahmad Gharabli)

Amnesty International a demandé lundi la libération par Israël de la jeune fille de 16 ans qui doit répondre d’agression après avoir été filmée en train de gifler et de pousser des soldats de l’armée israélienne le mois dernier, dans son village de Nabi Saleh en Cisjordanie.

L’organisation des droits de l’Homme a critiqué la détention d’Ahed Tamimi alors qu’elle comparaissait lundi devant le tribunal militaire d’Ofer, qui a décidé de prolonger sa détention.

À la fin des plaidoiries lues par l’avocat de Tamimi, Gaby Lasky, et l’avocat général militaire, le juge a prolongé la détention provisoire d’Ahed Tamimi pour deux jours supplémentaires, jusqu’à ce qu’il décide de la garder ou non jusqu’à la fin de la procédure.

« Attendu que ce qu’a fait Ahed Tamimi ne peut justifier la détention continue d’une adolescente de 16 ans, les autorités israéliennes doivent la libérer sans délai. En capturant les images d’une jeune fille non-armée agressant des soldats armés qui portaient des uniformes de protection, la séquence de l’incident révèle qu’elle ne posait aucune menace et que sa sanction est disproportionnée, et ce de manière flagrante », a estimé Magdalena Mughrabi, vice-présidente d’Amnesty en charge du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord.

« L’arrestation d’Ahed Tamimi qui a suivi et le procès militaire illustrent le traitement discriminatoire de la part des autorités israéliennes des enfants palestiniens qui osent s’opposer contre la répression continue et souvent brutale des forces d’occupation », a-t-elle ajouté.

La séquence filmée le 15 décembre par la mère d’Ahed, Nariman, dans le village de Nabi Saleh, montre l’adolescente et sa cousine Nour s’approcher de deux soldats israéliens avant de leur donner des coups de pieds, des coups de poing et de les gifler tout en filmant la scène avec des téléphones portables.

Le 1er janvier, la cour militaire de Judée a inculpé Ahed Tamimi et sa mère pour agression aggravée contre des soldats.

L’inculpation prononcée contre l’adolescente comprenait un total de 12 chefs d’accusation, qui concernaient également cinq autres altercations avec des soldats de l’armée israélienne qu’elle aurait eu au cours des deux dernières années.

Parmi les charges retenues contre Ahed, figurent l’agression aggravée contre un soldat et menace contre un militaire. Elle aurait également empêché les soldats de faire leur devoir et se serait rendue coupable d’incitation, de troubles à l’ordre public et de jets de pierres.

L’accusation pour incitation se réfère à une déclaration faite par Ahed à sa mère, qui filmait l’incident du 15 décembre sur une vidéo Facebook en direct.

« J’espère que tout le monde participera aux manifestations dans la mesure où c’est le seul moyen d’obtenir un résultat », disait-elle. « Notre force, ce sont nos pierres et j’espère que le monde s’unira pour libérer la Palestine parce que [Donald] Trump a fait sa déclaration et que les [Américains] doivent assumer leurs responsabilités face aux réponses qui viennent de nous », ajoutait Ahed, se référant à la décision prise le mois dernier par le président américain de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

« Que ce soit par des attaques au couteau, des attentats-suicides ou des jets de pierre, chacun doit participer et nous devons nous unir pour que notre message soit entendu : nous voulons libérer la Palestine », concluait-elle.

Tandis que Nariman a également été accusée d’agression aggravée, les images de l’incident ne montrent la mère qu’en train de repousser les militaires hors de la propriété familiale.

Amnesty International logo
Logo d’Amnesty International (Crédit : domaine public)

Dans son communiqué, Amnesty international cite la convention sur les droits de l’enfant, dont Israël est partie prenante, qui dit que l’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant ne doivent être utilisés qu’en mesure de dernier recours et pour une période de temps appropriée.

“Israël contrevient clairement et de manière flagrante à ses obligations sous les termes de la loi internationale de protection des enfants face aux sanctions criminelles les plus dures », a dit Mughrabi.

« Ce serait une parodie de justice inimaginable si l’acte de défiance d’Ahed Tamini face à l’oppression sans relâche devait lui valoir une peine de prison après un procès devant un tribunal militaire qui ne garantit pas les normes de base d’une audience de justice », a-t-elle dit.

Nabi Saleh, un village situé à 20 kilomètres au nord de Ramallah, a connu des échauffourées fréquentes entre soldats israéliens et palestiniens. C’est très spécifiquement le cas des membres de la famille Tamimi qui a une longue histoire d’implications dans des affrontements très médiatisés avec les militaires israéliens.

Les vidéos de l’incident survenu le 15 décembre ont été largement reprises par les médias israéliens qui accusent souvent les manifestants palestiniens de chercher à provoquer l’armée pour obtenir des réactions qui sont alors filmées.

Des manifestants avec des pancartes portant le portrait de l’adolescente palestinienne Ahed Tamimi lors d’une manifestation de son soutien le 4 janvier 2018, à Paris (Crédit : AFP / PATRICK KOVARIK)

Ahed Tamimi est depuis devenue une icône célèbre et des manifestations ont eu lieu à plusieurs endroits pour réclamer sa libération, notamment avec un rassemblement qui a eu lieu jeudi à Paris.

Certains politiciens israéliens ont salué la retenue des militaires, la preuve, selon eux, des valeurs de l’armée, tandis que d’autres ont réclamé des réponses dures face à cette apparente humiliation.

En 2012, Ahed était devenue célèbre parmi les militants palestiniens pour un incident au cours duquel elle était à la tête d’un groupe d’enfants, avec notamment son frère plus jeune, lors d’une querelle avec les soldats israéliens. Dans une vidéo de l’incident, elle peut être vue montrant de manière répétée son poing fermé à un soldat, prêt à le frapper, mais ne le faisant pas.

Ahed a d’abord été présentée au tribunal militaire d’Ofer le 19 décembre. Expliquant sa décision de ne pas la libérer à ce moment-là, le juge Lidor Drachman du tribunal militaire pour mineurs de Judée avait indiqué qu’alors qu’elle ne posait aucun danger, l’inquiétude que l’adolescente puisse tenter de gêner l’enquête justifiait son placement en détention.

L’équipe du Times of Israel, Jacob Magid et l’AFP ont contribué à cet article.

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