Amnesty souhaite la révocation du permis d’exportation de NSO
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Amnesty souhaite la révocation du permis d’exportation de NSO

Selon l'ONG, les contrôles des ventes faits par la firme "semblent avoir été inefficaces" et cette dernière profite des "abus" - ce que NSO dément

Le logo de la société israélienne du groupe NSO sur un bâtiment à Herzliya, en Israël, apparaît sur cette photo du 25 août 2016. (AP Photo/Daniella Cheslow)
Le logo de la société israélienne du groupe NSO sur un bâtiment à Herzliya, en Israël, apparaît sur cette photo du 25 août 2016. (AP Photo/Daniella Cheslow)

Amnesty International a fait savoir mardi qu’une requête allait être déposée auprès des tribunaux pour obtenir la révocation du permis d’exportation du NSO Group, une firme israélienne fabriquant des logiciels espions pour téléphone qui, selon l’organisation, sont utilisés pour violer les droits civils dans le monde entier.

Une requête sera ainsi déposée jeudi auprès de la cour de district de Tel Aviv, a noté l’organisation de défense des droits humains, basée à Londres, dans un communiqué.

Le produit du NSO Group le plus connu est Pegasus, un outil hautement invasif qui pourrait déclencher la caméra et le microphone du smartphone d’une victime et accéder aux données enregistrées dessus. Le logiciel du NSO Group a été plusieurs fois accusé d’être utilisé pour pirater des responsables gouvernementaux, des journalistes et des dissidents dans le monde entier.

Amnesty affirme également que l’un de ses employés avait été pris pour cible par ce logiciel par le passé.

« Même si la compagnie dit effectuer un examen rigoureux avant la vente de ses produits, ces affirmations manquent de précision, et en prenant en compte le nombre d’attaques commises à l’encontre de la société civile, il semble s’être avéré inefficace dans de nombreux cas », a fait savoir Amnesty.

« NSO continue à profiter de son logiciel espion utilisé pour commettre des abus à l’encontre des militants du monde entier et le gouvernement n’a rien fait, se contentant d’observer les choses », accuse Danna Ingleton, vice-directrice d’Amnesty Tech, dans le communiqué.

L’ONG indique que, la semaine dernière, le ministère de la Défense avait déposé une requête pour que la plainte soit rejetée ou que si elle devait aller plus loin, un embargo soit imposé sur le contenu des délibérations pour des raisons relatives à la sécurité nationale.

« Il est très largement dans l’intérêt du public et dans celui de la liberté de la presse que ce dossier fasse l’objet d’audiences ouvertes devant les magistrats », a continué Danna Ingleton. « Le ministère de la Défense ne doit pas être autorisé à se cacher derrière un voile de discrétion lorsqu’il s’agit des droits humains ».

Le ministère de la Défense a refusé de commenter la plainte d’Amnesty contre la licence octroyée à NSO Group, disant qu’il ne faisait pas de déclaration sur des dossiers spécifiques. Le ministère a néanmoins noté que ses méthodes de contrôle des exportations dans le secteur de la Défense « font l’objet d’une attention constante et d’évaluations périodiques », a fait savoir Reuters, mardi.

Un téléphone Android. Illustration. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Au mois de novembre, le ministre de la Protection environnementale, Zeev Elkin, membre du cabinet de haute sécurité, avait expliqué que le gouvernement n’était pas impliqué dans les actions de NSO Group, ajoutant à l’antenne d’une radio que l’entreprise était « un acteur privé utilisant les moyens dont disposent les Israéliens ».

La plainte déposée par Amnesty entre dans le cadre d’un projet avec l’Institut Bernstein pour les droits humains de la faculté de droit de l’université de New York, a précisé l’organisation.

Au mois de décembre, le journal britannique Guardian avait indiqué que les téléphones d’environ deux dizaines de responsables pakistanais avaient été pris pour cible par le logiciel espion de l’entreprise.

La technologie présumée aurait profité d’une vulnérabilité sécuritaire de l’application de messagerie WhatsApp.

Un mois auparavant, NSO avait été accusé d’avoir piraté le téléphone d’un responsable de l’opposition en Inde en pleine période électorale.

Cette révélation avait eu lieu quelques jours après une plainte déposée par le service de messagerie WhatsApp, propriété de Facebook, contre le NSO Group aux États-Unis.

La firme israélienne est accusée d’avoir utilisé cette application de messagerie très populaire pour se livrer à du cyber-espionnage contre environ 1 400 journalistes, diplomates, dissidents et militants des droits humains dans le monde.

Également au mois de novembre, Reuters avait indiqué que de hauts responsables gouvernementaux et militaires de 20 pays alliés aux États-Unis avaient été visés, citant des sources proches de l’enquête interne de WhatsApp.

Selon l’agence de presse, les victimes de cette campagne d’espionnage incluaient des personnes aux États-Unis, au Mexique, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Pakistan et en Inde – même s’il est impossible de dire si, dans ces pays, des responsables gouvernementaux ont été eux-mêmes pris pour cible.

Une vingtaine de militants, d’avocats et de journalistes ont été espionnés en Inde – le plus grand marché de WhatsApp avec environ 400 millions d’usagers actifs – selon des informations parues dans les médias indiens.

NSO Group avait d’abord attiré l’attention en 2016 quand des chercheurs l’avaient accusé d’aider à espionner un militant aux Émirats arabes unis. La firme israélienne a déclaré n’autoriser les gouvernements à utiliser son logiciel que « dans la lutte contre le crime et le terrorisme ».

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