Amsalem éreinte le nouveau témoin de l’accusation
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Amsalem éreinte le nouveau témoin de l’accusation

Le chef de la coalition a laissé entendre que Shlomo Filber était un "cafteur" et un "criminel" après avoir accepté de témoigner contre le Premier ministre

David Amsalem, député du Likud, en commission de la Knesset, à Jérusalem, le 11 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
David Amsalem, député du Likud, en commission de la Knesset, à Jérusalem, le 11 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un membre éminent du parti du Likud au pouvoir en Israël a réprimandé mercredi un confident de longue date de Benjamin Netanyahu qui a signé un accord par lequel il a accepté de devenir témoin de l’accusation dans une enquête contre le Premier ministre, disant qu’une telle action ne peut provenir que d’un être « inférieur », « immoral », d’un « cafteur » et d’un « criminel ».

Le chef de la coalition David Amsalem a tenu ces propos vingt-quatre heures après que le directeur du ministère des Communications Shlomo Filber a signé une convention par laquelle il accepterait d’incriminer Netanyahu dans une enquête de corruption majeure appelée l’Affaire 4000.

Filber aurait accepté de témoigner qu’il a reçu comme instruction de la part du Premier ministre d’offrir des bénéfices en termes de régulation à la compagnie de télécommunications Bezeq en échange d’une couverture plus favorable des actions de Netanyahu et de sa famille sur le site d’information Walla, propriété de l’actionnaire de Bezeq Shaul Elovitch.

En échange de ce témoignage, Filber aurait demandé à ne pas être incarcéré, une disposition approuvée par la police.

« Je pense qu’un témoin de l’accusation est un être inférieur, habituellement un criminel. Dans tous les cas, c’est lui qui est le principal délinquant mais on lui dit : ‘Venez témoigner contre un responsable supérieur dans votre hiérarchie’ qui a commis un délit moins grave, et on vous accordera des avantages », a dit Amsalem à la radio israélienne.

Shlomo Filber, directeur-général du ministère des Télécommunications, arrive pour une audience de prolongement de sa détention dans l’Affaire 4000 à la cour des magistrats de Rishon Letzion, le 18 février 2018 (Crédit :Flash90)

« Mon rêve serait que ma fille n’épouse jamais un témoin de l’accusation », a-t-il ajouté, poursuivant en disant qu’aucun citoyen « ne songerait à ouvrir ne serait-ce qu’une épicerie avec un témoin de l’accusation. Je les considère comme des êtres socialement immoraux ».

Amsalem a aussi déclaré qu’un témoin de l’accusation était quelqu’un qui « cafte sur ses amis pour se sauver lui-même, ce qui n’est pas dans le meilleur intérêt de l’Etat d’Israël ».

Mardi, une autre affaire de corruption présumée impliquant le Premier ministre a été révélée. Surnommée l’Affaire 1270, elle fait intervenir l’ancien porte-parole de la famille Netanyahu, Nir Hefetz, qui aurait offert en 2015 le poste de procureur-général à la magistrate Hila Gerstel si elle acceptait de mettre un terme à une investigation ouverte contre l’épouse de Netanyahu, Sara.

La police a d’ores et déjà recommandé que Netanyahu soit inculpé pour pots-de-vin dans deux autres affaires de corruption.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie d’inauguration pour une nouvelle section de l’aéroport international Ben-Gourion, à proximité de Tel Aviv, le 15 février 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un sondage réalisé lundi, après les développements spectaculaires de l’affaire Bezeq au cours desquels un grand nombre de hauts-responsables ont été arrêtés mais avant la révélation de l’affaire 1270, a révélé que le parti du Likud de Netanyahu gagne en popularité malgré les enquêtes croissantes lancées contre le Premier ministre.

Le sondage, mené à la demande du parti au pouvoir et publié par le quotidien Israel Hayom, a établi que si des élections avaient eu lieu lundi, le Likud aurait remporté 34 sièges à la Knesset – une augmentation de quatre fauteuils – tandis que son adversaire le plus proche, le parti centriste d’opposition Yesh Atid, n’en aurait gagné que 20.

Netanyahu a salué ces résultats mercredi matin sur sa page Facebook, citant un verset de l’Exode qui décrit l’essor des Israélites sous le joug égyptien :

« Mais plus ils étaient opprimés, plus ils se multipliaient et croissaient », a-t-il clamé dans son statut.

״וכאשר יענו אותו, כן ירבה וכן יפרוץ״ – הליכוד מזנק ל-34 מנדטים!

Posted by ‎Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו‎ on Tuesday, 20 February 2018

L’Union sioniste, le principal parti d’opposition, serait tombée, selon le sondage, à seulement 12 sièges, en-deça du parti de droite religieux HaBayit HaYehudi, avec 14. La Liste arabe unie aurait gagné 12 sièges, YaHadout HaTorah neuf et l’autre parti ultra-orthodoxe, le Shas, n’aurait plus été représenté à la Knesset. La formation du ministre des Finances Moshe Kahlon, Koulanou, aurait détenu sept sièges, tandis que Yisrael Beytenu, à droite, et le Meretz, à gauche, se seraient trouvés à égalité avec six sièges.

Netanyahu a bénéficié d’un soutien continu au sein de la coalition à l’exception du député Oren Hazan, personnage controversé du Likud, qui a appelé mercredi matin Netanyahu à prendre un congé en raison des enquêtes. Hazan, un critique fréquent du Premier ministre et de hautes-personnalités du Likud, a indiqué qu’un grand nombre de membres de son parti partageaient son point de vue mais qu’ils craignaient de l’exprimer.

« Rencontrez le [procureur-général] Avichai Mandelblit et prenez les bonnes décisions », a dit Hazan, s’adressant à Netanyahu, lors d’une interview diffusée à la radio israélienne. « Le gouvernement doit élire un remplaçant issu des rangs du Likud. Il y a d’autres personnes au Likud qui pensent comme moi mais qui n’osent pas le dire ».

« Dans le passé, j’ai dit à Netanyahu que le Likud se préparait à un gouvernement alternatif », a ajouté Hazan. « Je pense que c’est aujourd’hui encore le cas ».

Hazan a écopé d’une sanction lui interdisant d’assister aux séances plénières de la Knesset pendant six mois pour une série de violations du règlement.

Oren Hazan, député du Likud, devant la Knesset le 7 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Amsalem, dans son interview, a refusé de répondre directement aux propos de Hazan mais il a qualifié l’idée d’une prise de congé de Netanyahu « d’inutile » dans la mesure où, en cas de remplacement d’un Premier ministre, a-t-il dit, « Tout est changé en son absence. C’est une mauvaise plaisanterie ».

« Un témoin de l’accusation ne doit être utilisé que dans des cas de délits graves », a ajouté Amsalem, rejetant les accusations contre Netanyahu pour des raisons de « bon sens » et clamant qu’il serait illogique de la part du Premier ministre d’avoir proposé des accords qui avaient « une chance sur un milliard » de porter leurs fruits.

Miri Regev, ministre de la Culture, est l’une des rares hauts responsables du Likud à avoir soutenu publiquement le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Vous faites honte au Premier ministre », a déclaré Regev ce mercredi depuis la tribune de la Knesset lors d’une séance de questions-réponses avec ses collègues députés.

Soulignant le déchaînement d’affaires concernant le Premier ministre, elle a sarcastiquement parlé de « l’affaire 7000 » – une référence aux noms donnés par la police aux enquêtes impliquant Netanyahu ou ses proches collaborateurs : les affaires 1000, 2000, 3000 et 4000.

« Je dois vous mettre à jour. Dans l’affaire 7000, ils viennent de rendre compte de graves accusations portées contre la nounou Shoshana, qui aurait donné à Netanyahu, un enfant de cinq ans, un biscuit en trop à la fête de fin d’année de sa garderie. La police soupçonne qu’il s’agit là de la raison pour laquelle elle occupe toujours ce poste à la garderie aujourd’hui », se moque Regev. « Demain, bien sûr, il y aura une grande photo de Netanyahu avec son gâteau en une des journaux. »

S’attaquant aux médias, elle poursuit : « C’est ainsi que vous travaillez. Chaque once de rumeur, chaque demi-fuite fait instantanément la une et devient accusation publique. »

Mais, assure-t-elle, « vous avez un problème : le public n’adhère pas ».

La semaine dernière, la police a recommandé l’inculpation de Netanyahu pour fraude, abus de confiance et pots-de-vin dans deux dossiers séparés.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur d’Hollywood, d’origine israélienne, Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282 000 dollars). En retour, M. Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au profit de Milchan dans des affaires relatives à la législation, aux relations d’affaires et aux visas.

L’affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé illicite entre Netanyahu et Arnon Mozes, éditeur du Yedioth Ahronoth, selon lequel le Premier ministre aurait affaibli un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth.

Le Premier ministre a également été indirectement lié à l’affaire 3000, une vaste enquête sur la corruption présumée entourant l’achat de plusieurs milliards de shekels de navires et de sous-marins auprès d’un constructeur naval allemand. Bien que Netanyahu n’ait pas été désigné comme suspect, ses proches collaborateurs, dont deux assistants personnels, ont été arrêtés ou interrogés.

Netanyahu a nié tout méfait dans ces dossiers.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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