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Annulation du placement forcé d’une femme menacée par son mari en centre protégé

La femme a également refusé de s’installer dans un appartement du ministère de la Protection sociale placé sous protection d’une entreprise de sécurité

Illustration : La police israélienne enquête sur la scène d'un crime le 2 juin 2021. (Crédit : Police israélienne)
Illustration : La police israélienne enquête sur la scène d'un crime le 2 juin 2021. (Crédit : Police israélienne)

Le tribunal de première instance de Rishon Lezion a annulé, lundi, sa décision de placement d’une femme dans un abri pour raisons de sécurité.

Le tribunal a accepté les arguments de la femme, qui refusait d’être contrainte à s’installer dans un refuge, et qui a également décliné l’offre, faite lundi, d’un appartement fourni par le ministère de la Protection sociale et des Services sociaux, sous protection d’une entreprise de sécurité, a indiqué le radiodiffuseur public Kan.

La mère de la femme a exposé les arguments de sa fille à la Treizième chaîne : « Nous ne voulons ni cachette ni refuge. Nous voulons la paix et le retour à la normale, ce qui implique de laisser ma fille vivre chez elle. »

La femme, qui vit à Lod, est sous le coup de menaces de mort de la part de son ex-mari. Des coups de feu ont été tirés à son domicile vendredi. L’homme soupçonné d’avoir proféré les menaces a été arrêté, interrogé et assigné à résidence samedi soir, a rapporté Kan. Le suspect aurait déjà incendié la voiture de la femme par le passé.

L’intéressée a passé la soirée de vendredi au poste de police mais a refusé toute forme de protection, en dépit des recommandations de la police et des travailleurs sociaux.

Les responsables du ministère de l’Aide sociale et des Services sociaux comprennent mal le refus de la femme de bénéficier de leur aide, après la décision rendue par le tribunal ce lundi.

Entrée principale du tribunal de première instance de Rishon LeZion, le 28 octobre 2020. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« Nous pensons que [le tribunal] est en mesure de répondre [aux menaces], pour la protéger elle et ses enfants, et permettre à la police d’interpeller ceux qui profèrent les menaces », a déclaré à Kan Sigal Moran, directrice générale du ministère de la Protection sociale et des Services sociaux.

« Je comprends que cette femme souhaite conserver sa liberté, mais pour être libre, il faut déjà être en vie », a-t-elle ajouté, soulignant que l’hébergement en refuge était une solution temporaire et qu’il existait des appartements pour les personnes dans sa situation.

Shadi Kabaha, l’avocat de la femme, a défendu la décision de sa cliente. « En fin de compte, son droit à la liberté prévaut sur tous les autres », a-t-elle affirmé.

Einat Fisher, directrice générale du Réseau des femmes d’Israël, a noté qu’il était « bon et important » que les services officiels mettent les violences faites aux femmes et les ordonnances de protection « à l’ordre du jour ».

Cependant, a-t-elle ajouté, « les mesures proposées ne règlent en rien les violences envers la femme menacée ».

Illustration : Une femme regarde par la fenêtre de sa chambre, dans un refuge pour femmes violentées à Beit Shemesh, le 15 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ce « n’est pas une solution de long terme contre ceux qui veulent vraiment commettre un féminicide. Nous appelons l’ensemble des forces de l’ordre et services officiels à mettre les ressources et moyens nécessaires pour assurer la protection des femmes menacées afin qu’elles puissent mener une vie normale et neutraliser ceux qui les menacent », a-t-elle déclaré, selon Kan.

Menahem Mizrahi, juge au tribunal de première instance de Rishon Lezion, auteur de la décision initiale de placement de la femme en abri, a souligné samedi que les personnes menaçant la vie de la femme pourraient également s’en prendre à ses quatre enfants « qui n’ont pas eu leur mot à dire », a-t-il déclaré. « Il n’est pas impossible que ceux qui menacent cette femme les menacent eux aussi au final. »

« C’est très délicat pour un tribunal de rendre une décision judiciaire aussi paternaliste, mais le caractère sacré de la vie l’emporte sur tout », a-t-il expliqué.
« Dans des cas comme celui-ci, le tribunal doit prendre ses responsabilités. Ce n’est pas tant une décision juridique qu’une décision morale.»

La décision de Mizrahi fait suite à la mort tragique d’une femme, que l’on savait menacée par son mari, abattue à Lod avec sa fille de deux ans sur ses genoux, la semaine passée.

Rabab Abu Siyam avait récemment divorcé et ses proches disaient que son ex-mari l’avait menacée à plusieurs reprises, raison pour laquelle elle avait quitté la ville.

Cette décision de justice a été très critiquée par Kabaha, l’avocate de la femme, ainsi que par l’ex-dirigeante du parti Meretz, Zehava Galon, qui revient en politique pour reprendre la direction du parti de gauche.

Rabab Abu Siyam. (Crédit : Autorisation)

Les militants déplorent depuis longtemps l’insuffisance des mesures prises pour lutter contre les violences faites aux femmes en Israël, en particulier dans les cas connus des autorités.

Selon des chercheurs de l’Observatoire israélien sur le féminicide, basé à l’Université hébraïque, juin a été le mois le plus meurtrier de cette année, avec quatre décès de femmes enregistrés en l’espace de 10 jours.

Une étude de l’observatoire sur le premier semestre 2022 révèle une augmentation de 71% des cas de féminicides par rapport à la même période de 2021, avec 12 cas en 2022 contre sept l’an dernier.

L’observatoire indiquait dans un rapport, en janvier, que 16 femmes avaient été assassinées par un parent ou un partenaire en 2021 en Israël, 21 en 2020.

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