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Après dix ans de rupture, le Hamas renoue doucement avec Damas

Issu du groupe des Frères musulmans, impliqué dans les printemps arabes, le Hamas a soutenu les rebelles syriens ; furieuse, la Syrie avait fermé les bureaux du Hamas sur son sol

Le président syrien Bashar al-Assad, à droite, rencontre Ismail Haniyeh du Hamas à Damas, en Syrie, le 4 décembre 2006. (Crédit : AP/Sana, File)
Le président syrien Bashar al-Assad, à droite, rencontre Ismail Haniyeh du Hamas à Damas, en Syrie, le 4 décembre 2006. (Crédit : AP/Sana, File)

Poussé par la décision de son allié turc de se rapprocher de son ennemi israélien, le mouvement terroriste palestinien du Hamas rétablit des relations avec la Syrie, après 10 années de froid déclenché par la guerre qui ravage ce pays.

L’annonce, discrète, n’a pas fait la Une mais témoigne des changements au Moyen-Orient. En septembre, le Hamas a annoncé la « reprise » de ses relations avec la Syrie de Bachar el-Assad « à la lumière de rapides développements régionaux et internationaux liés à notre cause », une référence implicite au rapprochement Israël-Turquie.

Le Hamas contrôle la bande de Gaza, mais ses principaux dirigeants vivent en exil. Pendant des années, le mouvement palestinien avait ainsi son bureau politique à Damas et la capitale syrienne avait été l’hôte de son ténor Khaled Mechaal. Mais en 2012, la relation s’est détériorée sur fond de désaccords sur le conflit en Syrie.

Issu de la mouvance des Frères musulmans, très impliquée dans les printemps arabes, le Hamas avait soutenu les rebelles syriens opposés au régime. Furieuse, la Syrie avait fermé les bureaux du Hamas sur son sol.

Les dirigeants du mouvement ont dans la foulée migré vers le Qatar et la Turquie, pays où passe la plupart de son temps M. Mechaal et Saleh al-Arouri, un autre cadre de l’organisation.

Mais au cours des derniers mois, Israël et la Turquie ont rétabli leurs relations diplomatiques après des années de brouille liée à l’affaire du Mavi Marmara, navire turc qui avait tenté en 2010 d’acheminer de l’aide à Gaza et contre lequel les forces israéliennes avaient lancé un assaut meurtrier.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) et le dirigeant palestinien du Hamas Khaled Mashaal lors du congrès du Parti de la justice et du développement à Ankara (Turquie), dimanche 30 septembre 2012. (Crédit : AP/Kayhan Ozer)

Un dilemme

Ce rapprochement a placé le Hamas devant un dilemme, explique à l’AFP l’un de ses dirigeants sous couvert d’anonymat : soit épouser le camp des pays ayant normalisé leurs relations avec l’État hébreu, soit renforcer sa position dans « l’axe de la résistance » contre Israël mené par l’Iran et ses alliés régionaux, notamment le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen.

Au cours des derniers mois, des dirigeants du Hamas ont ainsi multiplié les entretiens « secrets et publics » avec de hauts responsables syriens via la médiation de l’Iran et du Hezbollah, pour se distancer avec la Turquie et se rapprocher de la Syrie, poursuit cette source.

Des dirigeants de l’organisation, considérée comme terroriste par les États-Unis et l’UE, ont aussi rencontré à Moscou Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie de la Russie, un allié clé de la Syrie.

« Le Hamas a réglé son dilemme avec l’axe de la résistance », explique à l’AFP Mukhaimer Abou Saada, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’université Al-Azhar de Gaza.

Pour l’Iran, le rapprochement Hamas-Damas s’inscrit dans une volonté de « consolider » son « axe », en cas par exemple de non renouvellement de l’accord international sur son programme nucléaire ou de tensions à la frontière Israël-Liban, souligne cet analyste.

Selon le haut responsable du Hamas interrogé par l’AFP, le mouvement s’apprête à rouvrir un « bureau de représentation à Damas » à titre de « première étape en vue d’un rétablissement des anciennes relations ».

« Il est toutefois trop tôt pour parler de déplacer le siège à Damas », a ajouté ce responsable, précisant que des factions palestiniennes, incluant le Hamas, sont attendues la semaine prochaine en Syrie.

Le chef du groupe terroriste palestinien du Hamas, Ismail Haniyeh (deuxième à droite), serre la main du chef d’état-major iranien des forces armées, Mohammad Bagheri (à gauche), et du commandant des Gardiens de la révolution iraniens, le général Hossein Salami, lors de la cérémonie de prestation de serment du nouveau président iranien au Parlement, à Téhéran, capitale de la République islamique, le 5 août 2021. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

« Péché moral »

« Je ne pense pas que la Syrie accepterait le retour à une relation avec le Hamas comme il y a dix ans », quand Khaled Mechaal bénéficiait par exemple de relations privilégiées avec le président syrien, souligne l’analyste palestinien Jamal al-Fadi.

Un déplacement du QG du mouvement à Damas « exposera les dirigeants et les militants du mouvement aux dangers d’un ciblage par Israël », qui mène régulièrement des frappes aériennes contre des éléments pro-Iraniens en Syrie, note M. al-Fadi.

Un retour à la relation d’antan Damas-Hamas ne fait « aucun sens » pour le mouvement islamiste, d’autant qu’il y a eu un « déclin de l’influence syrienne sur la cause palestinienne en raison des questions de politique intérieure (en Syrie) », ajoute cet analyste.

Sur Twitter, l’analyste Saleh al-Naami, pourtant jugé proche du Hamas, a qualifié ce rapprochement de « péché moral » qui ne reflète pas la position « de la majorité des dirigeants » du mouvement.

La décision de renouer les relations avec la Syrie a été prise « après une étude approfondie » du contexte « local, régional et international », assure à l’AFP Bassem Naïm, un haut responsable politique du Hamas, soulignant que la « majorité des opinions » étaient « favorables » à ce rapprochement.

Et d’ajouter : « Nous nous opposons à la normalisation (avec Israël). Il n’y a pas d’autre choix pour le Hamas que d’être dans l’axe de la résistance. »

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