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Au procès Mireille Knoll, une vidéo met à mal la version des accusés

La cour d'assises de Paris a diffusé une vidéo de surveillance du bar où les deux accusés se sont rendus après le meurtre de la survivante de la Shoah

Une photo de Mireille Knoll, survivante de la Shoah, assassinée, et des fleurs sont placées sur la clôture entourant son immeuble à Paris, le 28 mars 2018. (Crédit : François Guillot / AFP)
Une photo de Mireille Knoll, survivante de la Shoah, assassinée, et des fleurs sont placées sur la clôture entourant son immeuble à Paris, le 28 mars 2018. (Crédit : François Guillot / AFP)

Des images sans son, mais très parlantes. Au procès Mireille Knoll, la cour d’assises de Paris a diffusé mercredi une vidéo de surveillance du bar où les deux accusés se sont rendus après le meurtre de la vieille dame juive.

Les images sont datées du 23 mars 2018 à 20H04. Une heure et demi plus tôt, les pompiers ont découvert le corps de Mireille Knoll dans un immeuble HLM de l’Est parisien, à cent mètres de là, lardé de 11 coups de couteaux et en partie carbonisé.

Le drame, survenu un an après le meurtre à Paris de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon, avait entraîné une grande manifestation dans la capitale et relancé le débat sur un « nouvel antisémitisme » lié à l’islamisation de certains quartiers.

Mireille Knoll a été tuée « parce que juive », avait clamé le président Emmanuel Macron, une indignation partagée notamment aux Etats-Unis et en Israël face au sort de cette femme qui avait fui Paris en 1942 pour échapper aux rafles antisémites.

Selon l’enquête, Yacine Mihoub, voisin de Mireille Knoll qu’il connaissait depuis l’enfance, avait invité dans le bar Alex Carrimbacus, rencontré en prison. « Pour passer du bon temps », selon le premier, pour « un plan thunes » selon le second.

Chacun accuse l’autre d’avoir ensuite poignardé la femme de 85 ans, atteinte de la maladie de Parkinson et ne pouvant se déplacer seule, dans des circonstances « peu crédibles » pour les enquêteurs.

Sur les images, le bar est peu rempli, la lumière tamisée. Yacine Mihoub, alors âgé de 28 ans, entre le premier, l’air décontracté, de bonne humeur. Il s’installe au bar, discute avec tout le monde, invective le barman pour être servi.

Alex Carrimbacus, 21 ans, n’a pas l’air dans son état normal. Yacine Mihoub lui montre une place du doigt et le jeune homme s’y reprend plusieurs fois pour se glisser derrière la table. Il semble s’endormir dessus, la tête entre les bras.

Le président de la cour Franck Zientara demande ce que les accusés retiennent de ces images tournées quelques heures après le meurtre. Il commence par la mère de Yacine Mihoub qui comparaît – libre – pour avoir nettoyé le couteau du crime.

« Grand-mère de substitution »

« Votre fils, il aimait beaucoup Mireille Knoll ? » Le magistrat rappelle qu’il a décrit sa voisine comme une « grand-mère de substitution ». « Son attitude vous surprend ? »

Il insiste avant que Zoulika Khellaf, 61 ans, qui ne maîtrise pas parfaitement le français, comprenne la question. « Est-ce qu’il a l’air d’avoir assisté à la mort de quelqu’un qu’il aimait ? »

« Non, c’est comme s’il ne s’était rien passé. Mireille est morte et lui, il est au bar en train de discuter », répond la mère.

Yacine Mihoub avait déclaré être resté avec Alex Carrimbacus après le meurtre parce qu’il était « tétanisé de peur ». « Est-ce qu’il a l’air d’avoir peur de M. Carrimbacus ? » – « Non, pas du tout, il a l’air joyeux », répond la mère.

Le président fait se lever Alex Carrimbacus, air de garçon sage en chemise bleue: « Je n’avais pas bu, j’étais encore en état de choc, j’avais encore peur (…) Je ne dormais pas, j’étais tout le temps aux aguets ».

Le président doute : s’il avait si peur, pourquoi ne pas partir, demander de l’aide ? « Mihoub m’avait dit qu’il était tombé pour trafic d’armes avec des Russes, j’avais peur ».

Un avocat des parties civiles demande comment Yacine Mihoub l’a « contraint » à le suivre dans le bar. « On avait pris un Uber ensemble » est sa réponse.

« Qui a le leadership? »

Arrive le tour de Yacine Mihoub, lunettes rectangulaires, chemise blanche.

« Vous avez entendu ce que votre mère a dit ? », commence le président.

« Je n’avais qu’une envie, c’était de boire », justifie Yacine Mihoub.

« Vous n’êtes pas triste après la scène à laquelle vous venez d’assister ? », insiste le juge.

« Je suis triste, mais je n’extériorise pas », répond l’accusé.

Les fils et petit-fils de Mireille Knoll bouillonnent.

Sur la vidéosurveillance, Yacine Mihoub se penche plusieurs fois vers Alex Carrimbacus, tapote sa tête. « Qu’est-ce que vous lui dites? », demande un avocat des parties civiles.

La première fois, « je lui demande s’il va bien ». La deuxième fois… Il réfléchit. « Ah si, je lui demande une cigarette ! »

L’avocat d’Alex Carrimbacus s’était auparavant adressé au policier venu présenter les images: « Selon ce qu’on voit sur cette vidéo, qui a le leadership ? »

« C’est évident que c’est M. Mihoub », a répondu l’enquêteur.

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