Avancée d’un projet controversé sur le schiste bitumeux malgré les oppositions
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Avancée d’un projet controversé sur le schiste bitumeux malgré les oppositions

Rotem Energy Mineral Partnership pourra commander une étude environnementale préalable à l'extraction de schiste bitumeux, malgré l'opposition du ministère de l'Environnement

Du schiste bitumeux en train de brûler (Crédit : AP Photo/Douglas C. Pizac)
Du schiste bitumeux en train de brûler (Crédit : AP Photo/Douglas C. Pizac)

Une commission de planification a rejeté, cette semaine, un appel lancé par le ministère de la Protection environnementale qui réclamait l’abandon d’un projet controversé visant à fabriquer du pétrole à base de schiste bitumeux et de déchets plastiques mélangés, une ressource qui pourrait générer de l’électricité.

Lors d’un vote, lundi, qui s’est soldé par douze voix « Pour » et quatre voix « Contre », les membres de la commission de planification de la région sud ont donné la permission à la REM (Rotem Energy Mineral Partnership) de réaliser une étude d’impact environnemental pour évaluer son projet.

La commission avait pourtant reconnu et accepté le fait – avancé par le ministère de la Protection environnementale et les organisations écologiques – que le schiste bitumeux était une source significative de pollution, que son extraction et que son usage étaient donc contraires à la politique gouvernementale prévoyant d’abandonner les énergies fossiles en faveur des énergies renouvelables et que cette initiative entrait aussi en conflit avec les politiques mises en œuvre dans la gestion des déchets.

Cela n’a pourtant pas entravé sa prise finale de décision.

Dans un communiqué publié vendredi, le ministère a estimé que le projet aurait dû simplement être rejeté et qu’aucune étude environnementale n’était nécessaire dans ce dossier. Il a ajouté qu’il se conformerait toutefois à la décision prise par la commission.

Le partenariat avec la REM – qui est contrôlée par Northwood Exploration, propriété de la famille australienne Casella – prévoit la construction d’un complexe dans la zone industrielle de la plaine de Rotem, dans le sud d’Israël. Le site hébergera une mine de schiste bitumeux, une usine où ce schiste sera mélangé à 200 000 tonnes de déchets plastiques chaque année et où le mélange sera chauffé pour produire 1,5 million de barils de pétrole.

Il y aura aussi une centrale électrique qui générera environ 70 mégawatts d’électricité qui seront utilisés dans l’usine ou vendus à des tiers.

Structure de tri de déchets en plastique. (Capture d’écran : BizTV)

La REM bénéficie déjà d’une licence conditionnelle qui lui avait été accordée par le commissaire au pétrole du ministère de l’Energie pour rechercher du schiste bitumeux, et non pour commencer à l’extraire. Cette licence d’exploration expirera au mois de novembre 2028.

Les réserves de schiste bitumeux, sur le site, sont estimées à 245 millions de tonnes et le plan prévoit l’extraction de 1,8 million de tonnes par an.

Le processus de pyrolyse – la décomposition des matériaux à très hautes températures – nécessiterait également environ 380 000 mètres cubes d’eau chaque année pour réduire les poussières sorties de l’usine.

En acceptant la demande soumise par l’entreprise de réaliser une enquête d’impact environnemental, la commission a demandé au ministère de la Protection environnementale d’en évaluer les critères et a également demandé au ministre de l’Energie de préparer un exposé de position sur ces plans – en détaillant sa politique sur le schiste bitumeux en général et ses points de vue sur la réduction des gaz polluants qui contribuent au réchauffement global, dans le cadre de sa transition vers les énergies renouvelables.

La commission a également demandé au ministère de l’Energie de déterminer à quel point il serait intéressant d’accéder aux phosphates qui sont situés entre les couches de schiste bitumeux.

« Aucun nouveau permis pour l’exploration du schiste bitumeux »

Au mois de février, le gouvernement avait annoncé qu’il n’émettrait plus de nouveaux permis pour l’exploration du schiste bitumeux.

Le ministère de l’Energie avait indiqué qu’il ne renouvellerait pas la licence qui avait été octroyée à Rotem Amfert Negev Ltd., propriété du groupe Israel Chemicals Ltd., pour continuer l’extraction de ce schiste au-delà du mois de mai 2021.

Usine Rotem Amfert d’Israel Chemicals. (Shay Levy/Flash90)

Mais il avait déclaré que deux autres licences – une qui avait été accordée à la REM et l’autre aux opérations menées par Shafir Civil and Marine Engineering, à proximité du cratère Ramon – seraient jugées selon des critères environnementaux qui seraient définis par le ministère de la Protection environnementale.

Le conseil d’administration de la REM est présidé par le docteur Yaakov Mimran qui, par le passé, était responsable des affaires pétrolières et gazières au sein du ministère de l’Energie. Eitan Cabel, ex-parlementaire travailliste et président de la commission des Affaires économiques de la Knesset, est également membre de ce conseil d’administration.

Le président de la commission des affaires économiques, le député Eitan Cabel (Union sioniste), dirige une réunion de la commission, à la Knesset, à Jérusalem, le 26 juillet 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Interviewé par la chaîne BizTV au mois de décembre, Cabel avait déclaré que le projet mis au point par la REM présentait « un formidable potentiel environnemental en ce qui concerne la gestion des gaz responsables du réchauffement global ». Il avait indiqué que personne ne savait quoi faire des déchets issus du plastique qui étaient envoyés à l’étranger ou dans les décharges (l’Etat juif produit des millions de tonnes de plastique par an, dont environ 75 % concernent des produits à usage unique), ajoutant que l’extraction de schiste bitumeux « continue de toute façon » et que le processus produirait un pétrole qui serait à peu près aussi polluant que le gaz.

Le docteur Yonathan Aikhenbaum, qui gère les campagnes de Greenpeace Israel, a expliqué jeudi au Times of Israël « qu’Eitan s’est égaré. Le problème immédiat avec le plastique, ce n’est pas le plastique envoyé dans les décharges mais c’est celui qui se retrouve dans la nature – et cela n’a rien à voir avec le projet. La REM propose de brûler du plastique pour le transformer en ressource nuisible pour la santé, pour l’environnement et pour le climat, et ce n’est pas une bonne nouvelle. La solution au problème posé par le plastique, c’est d’arrêter de l’utiliser », a-t-il ajouté.

Yonathan Aikhenbaum, qui gère les campagnes de Greenpeace Israël. (Crédit : Facebook)

Il a qualifié le gaz de schiste de « pétrole parmi les plus sales qui existent. Il pollue, non seulement parce que le produit final est polluant, mais aussi en raison d’un processus de production destructeur qui exige énormément d’énergie et qui vient s’ajouter à l’extraction – qui laisse s’échapper des quantités énormes de petites particules et de matériaux contaminants dans l’atmosphère ».

Adam Teva V’Din, organisation de défense de l’environnement, a fait savoir dans un communiqué « qu’en particulier en ce moment, pendant la pandémie de coronavirus où nous réalisons tous ce que sont les crises environnementales globales et où la commission a été dans l’obligation de se réunir par visioconférence pour respecter la nécessité de la distanciation sociale, nous aurions attendu des membres de la commission qu’ils mettent l’accent sur l’environnement, la santé publique et sur le bien public et qu’elle mène un débat profond qui prenne en compte les problèmes du climat et la pollution de l’air ».

L’organisation a convenu de la nécessité de créer des emplois dans le Negev mais a ajouté qu’il fallait, pour cela, élargir les projets liés aux énergies renouvelables et ne pas le faire au détriment de la santé publique.

Une image de la centrale électrique solaire d’Ashalim dans le désert du 19 juin 2018. (Miriam Alster/FLASh90)
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