Belgique : Verviers face aux démons du radicalisme
Rechercher

Belgique : Verviers face aux démons du radicalisme

Un responsable religieux de Verviers dénonce le problème identitaire qui pousse les jeunes à se tourner vers le radicalisme

Voitures et fourgons de police sont garés dans une rue où la police a mis en place un large périmètre de sécurité dans le centre de Verviers - 15 Janvier 2015 (Crédit : AFP / BELGA / BRUNO FAHY)
Voitures et fourgons de police sont garés dans une rue où la police a mis en place un large périmètre de sécurité dans le centre de Verviers - 15 Janvier 2015 (Crédit : AFP / BELGA / BRUNO FAHY)

Un spectaculaire coup de filet antiterroriste mi-janvier. Deux djihadistes présumés tués. Des jeunes partis en Syrie: la ville belge de Verviers tente de composer avec les démons du radicalisme tout en refusant l’image de vivier islamiste qui lui « colle à la peau ».

15 janvier 2015. Une semaine après l’attentat de Charlie Hebdo, la police belge lance un assaut contre un appartement de Verviers où sont retranchés trois djihadistes présumés, prêts, selon la justice, à commettre des attaques.

Deux sont tués, le troisième interpellé. Les médias du monde entier découvrent un « nid de djihadistes » dans cette agglomération de 55 000 habitants proche de la frontière allemande, ancienne « capitale mondiale de la laine » tombée en déshérence.

Les trois suspects s’y planquaient, ils venaient de Molenbeek, commune défavorisée de Bruxelles d’où sont originaires plusieurs suspects clés des attentats du 13 novembre à Paris.

Jeudi, Verviers a été rattrapée par l’actualité avec deux perquisitions dans le cadre du volet belge de l’enquête sur les attentats de Paris. La police a fait chou blanc.

« L’image nous colle à la peau », déplore Franck Hensch, président du Complexe éducatif et culturel islamique de Verviers, au diapason d’autres acteurs locaux rencontrés par l’AFP.

« On n’a pas attrapé un Verviétois! », s’agace Mohamed Bouassam, président de la mosquée Errahma, la plus ancienne de Verviers. Rien n’indique par ailleurs qu’Abdelhamid Abaaoud, l’instigateur présumé des attentats de Paris mais aussi des projets terroristes de la cellule de Verviers, y ait jamais mis les pieds.

« Sans cette opération policière, on n’aurait jamais parlé de Verviers », avance l’imam Hensch.

Pourtant, un mois après l’intervention policière à Verviers, l’Etat islamique publiait une vidéo dans laquelle deux djihadistes belges menacent la France et la Belgique. Deux enfants du coin, Redouane et Lotfi.

De jeunes Verviétois sont partis en Syrie ces dernières années. Trois ou quatre, selon les responsables associatifs, une dizaine selon la mairie.

Trente-quatre habitants sont surveillés par les renseignements, précise Malik Ben Achour, échevin (adjoint au maire) chargé des relations interculturelles et des relations sociales, dont « un noyau dur de dix plus radicaux, potentiellement dangereux ».

Les « mannequins du jihad »

Les départs en Syrie sont d’abord le fait d’une bande d’amis aux profils divers, sans doute radicalisés sur internet. « Le premier est parti, les autres ont suivi », explique l’imam Hensch. « Du mimétisme », estime l’échevin.

Redouane? « Gentil, il travaillait dans la restauration », décrit Mourad, une connaissance. Lotfi? « Un peu playboy, il avait commencé médecine, puis il est passé par l’armée ». Certains s’étaient pavanés, en armes, sur Facebook. « On les appelait les mannequins du jihad, c’est le héros du quartier pour certains », se souvient Hensch.

Pour le reste, les acteurs de terrain pointent plusieurs facteurs pouvant faire le lit du radicalisme, « comme ailleurs » en Belgique ou en France.

Plus de 20 % de chômage, un sentiment de « stigmatisation » des Belges d’origine étrangère, les immigrés ici en centre-ville, les « Belgo-Belges » en-dehors. « Une rage de la part de certains jeunes », note Yamina Bounir, de l’association Muslim Rights.

« Un problème identitaire fondamental; ces jeunes ne se sentent pas Belges », regrette l’imam Hensch. « Il n’y a pas de rêve belge, pas de projet qu’on essaie de construire ensemble ».

Dans leur vidéo, Redouane et Lotfi s’adressent à eux: « Vous êtes humiliés chaque jour, (…) vous allez gratter le chômage ».

Parmi les mosquées de Verviers, la somalienne a fait parler d’elle: son ancien imam est frappé d’expulsion pour des prêches radicaux il y a quelques années. Mais, si une cafétéria située à l’entrée attirait des jeunes, l’impact des prêches reste incertain, remarque Hensch, car ils étaient en arabe, une langue qu’ils sont nombreux à ne pas maîtriser.

Après le 15 janvier, la mairie a mis en place une cellule de prévention en soutien aux personnes fragilisées et à l’écoute de celles craignant la radicalisation d’un proche.

« On n’a pas ressenti un climat de suspicion, plutôt de la bienveillance, une prise de conscience qu’il faut lutter contre la radicalisation », note Alexy Mesrour, de l’association de quartier « Le Terrain d’Aventures ». La ville « est devenue une sorte de laboratoire », abonde l’imam Hensch.

Mais à une cellule de prévention qui pourrait « aller trop loin, dénoncer le voisin qui a laissé pousser sa barbe ou celui qui écoute le Coran », Yamina Bounir préférerait « la création de lieux de rencontre où les jeunes peuvent s’exprimer ». Les jeunes sans repères « auraient besoin d’un suivi complet », plaide Alexy Mesrour, « pas juste d’un accompagnement bureaucratique ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...