Bennett/Netanyahu : Le décalage dans la réaction de Joe Biden
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Analyse

Bennett/Netanyahu : Le décalage dans la réaction de Joe Biden

A en juger par l'empressement avec lequel il a félicité le nouveau Premier ministre israélien, Joe Biden semble satisfait par le départ de Benjamin Netanyahu

A gauche : Le président américain Joe Biden parle de la Russie dans la salle Est de la Maison Blanche, jeudi 15 avril 2021, à Washington. (AP Photo/Andrew Harnik) ; à droite : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie à la mémoire des soldats tombés au combat à la maison Yad LeBanim, à la veille du Yom HaZikaron, à Jérusalem, le mardi 13 avril 2021. (Debbie Hill/Pool Photo via AP)
A gauche : Le président américain Joe Biden parle de la Russie dans la salle Est de la Maison Blanche, jeudi 15 avril 2021, à Washington. (AP Photo/Andrew Harnik) ; à droite : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie à la mémoire des soldats tombés au combat à la maison Yad LeBanim, à la veille du Yom HaZikaron, à Jérusalem, le mardi 13 avril 2021. (Debbie Hill/Pool Photo via AP)

Le contraste est saisissant : le président des Etats-Unis Joe BIden a été dimanche le premier dirigeant à promettre de travailler avec le gouvernement de Naftali Bennett, dans un communiqué publié une demi-heure seulement après son intronisation parlementaire, puis lors d’une conversation téléphonique dans la foulée.

Arrivé à la Maison Blanche en janvier, le démocrate avait pourtant laissé « Bibi » patienter pendant 28 longs jours avant de s’entretenir pour la première fois avec lui.

Le délai avait suscité une polémique en Israël mais aussi à Washington, où certains ténors républicains y avaient vu un signe de mépris à l’égard du Premier ministre d’un allié-clé, particulièrement choyé lors du mandat de Donald Trump.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rendent à une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (AP Photo/ Evan Vucci)

« Le gouvernement Biden espère un nouveau départ », a expliqué lundi Natan Sachs, du cercle de réflexion Brookings Institution, lors d’une conférence virtuelle.

« Ils n’aiment pas Bibi » et « pensent qu’ils peuvent avoir ce nouveau départ avec Bennett », un politicien ultra-droitier qui « aime se présenter comme un entrepreneur qui a des idées originales, un homme de solutions », a-t-il ajouté.

Le changement politique en Israël pourrait donc « stabiliser la relation bilatérale de manière importante, notamment en raison du manque de confiance qui existait au niveau personnel avec Netanyahu », a dit à l’AFP Brian Katulis, du Center for American Progress, un think-tank classé à gauche.

Benjamin Netanyahu avait obtenu tout ce qu’il souhaitait de la part de Donald Trump qui, soucieux de galvaniser le vote de la droite religieuse américaine en sa faveur, a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et a présenté un plan de paix israélo-palestinien qui faisait la part belle aux revendications de l’Etat hébreu.

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, fait une déclaration lors de la réunion des factions de son parti à la Knesset, le 7 juin 2021 (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Le nouveau ministre israélien des Affaires étrangères, le centriste Yaïr Lapid, a accusé lundi le gouvernement Netanyahu d’avoir « fait un pari terrible, téméraire et dangereux en se focalisant exclusivement sur le parti républicain pour ainsi abandonner l’approche bipartisane d’Israël ». Il s’est engagé à améliorer le dialogue avec le parti démocrate de Joe Biden.

Le gouvernement Bennett-Lapid est le fruit d’une grande coalition composée par des partis de droite, de gauche, du centre mais aussi des islamistes israéliens : autant dire qu’il aura du mal à se mettre d’accord sur une quelconque avancée susceptible de raviver un processus de paix moribond.

Mais pour Michele Dunne, du Carnegie Endowment for International Peace, Joe Biden peut espérer que la nouvelle équipe fasse « davantage attention à éviter toute mesure, à Jérusalem ou ailleurs, susceptible d’enflammer les relations avec les Palestiniens ».

Autrement dit, selon la formule de Brian Katulis, les Etats-Unis « ne sont pas en quête du prix Nobel » et vont continuer de se contenter de mesures « pragmatiques », notamment pour améliorer la vie quotidienne des Palestiniens. Chose à laquelle l’Autorité palestinienne ne semble pas particulièrement intéressée : « Les Palestiniens ne réclament pas de meilleures conditions de vie, ou un dialogue civil ! Notre peuple cherche son salut face à l’occupation, sa liberté et son indépendance dans son État avec Jérusalem-Est comme capitale », a écrit lundi le ministre de l’Autorité palestinienne des Affaires civiles, Hussein al-Sheikh.

Un montage photo montre les dirigeants des huit partis qui composent le « gouvernement de transition » : Dans le sens des aiguilles d’une montre, en partant du haut à gauche : Merav Michaeli (Labor), Naftali Bennett (Yamina), Benny Gantz (Bleu et Blanc), Avigdor Liberman (Yisrael Beytenu), Gideon Sa’ar (New Hope), Yair Lapid (Yesh Atid), Mansour Abbas (Ra’am) et Nitzan Horowitz (Meretz). (Toutes les photos : Flash90)

« Le gouvernement Bennett-Lapid et l’administration Biden veulent la même chose : que ce sujet soit mis en sommeil pour quatre ans », a souligné Natan Sachs.

« Mais cela ne va pas se passer ainsi, comme nous l’avons constaté le mois dernier », a-t-il prévenu : même en l’absence de décision majeure d’Israël, en matière d’annexion ou de désengagement de territoires occupés, les « petits événements » susceptibles de rallumer le conflit sont légion.

Sur un autre sujet de frictions, enfin, l’Etat hébreu ne devrait pas revenir sur son hostilité à l’accord sur le nucléaire iranien, et à la volonté de Washington de le rejoindre à nouveau après la sortie décidée par Donald Trump.

Mais selon Natan Sachs, le duo désormais à sa tête pourrait, à la différence de Benjamin Netanyahu, s’abstenir d’aller « au combat politique avec Biden ».

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