Benny Begin fustige la tentative présumée de Netanyahu pour obtenir l’immunité
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Benny Begin fustige la tentative présumée de Netanyahu pour obtenir l’immunité

L'ex élu du Likud, qui ne s'est pas représenté aux élections, déplore que le Premier ministre "a l'intention de faire mauvais usage de son autorité" pour des gains personnels

Benny Begin avec Benjamin Netanyahu à la Knesset (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Benny Begin avec Benjamin Netanyahu à la Knesset (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un ancien député vétéran du parti du Likud au pouvoir a fustigé dimanche les tentatives présumées du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à s’assurer une immunité face aux poursuites judiciaires dans trois affaires de corruption, les qualifiant « d’erronées » et unissant sa voix à deux autres législateurs du Likud qui ont critiqué le Premier ministre dans cette affaire.

« Je suis témoin de ce qui est en train de se passer avec une grande tristesse », a indiqué Benny Begin au micro de la radio israélienne. « Le Premier ministre se cache derrière le bouclier de l’immunité en tant que membre du Parlement et, avec ou sans changements législatifs, c’est un acte erroné ».

« En agissant ainsi, le Premier ministre a l’intention de faire un mauvais usage de son autorité pour des gains personnels et il attire avec lui d’autres personnalités vers le bas », a expliqué Begin, le fils de l’ancien Premier ministre Menachem Begin. « Les membres de la Knesset qui soutiennent cette tentative du Premier ministre d’échapper à la justice contreviendront à leur mandat en tendant clairement la main à un acte de corruption ».

Le ministre du Likud Zeev Elkin a répondu dimanche qu’il était « très triste suite à ces propos parce que si j’entends bien ces déclarations, la question toute entière de l’immunité pour les membres de la Knesset est vide de sens et elle devrait être abolie, et tous les membres du Parlement, quelle que soit leur situation, devraient être inculpés sans attendre dans n’importe quelle enquête ».

Le député Benny Begin (Likud) lors d’un vote sur le projet de loi sur les implantations, une loi controversée qui cherche à légitimer les avant-postes illégaux de Cisjordanie, dans la Knesset le 7 décembre 2016 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Begin, âgé de 76 ans, qui a quitté la Knesset le 30 avril après avoir été député pendant 18 ans au cours de ces 30 dernières années, avait lancé au mois de mars dernier une attaque cinglante contre le Premier ministre qu’il avait accusé de vouloir « assassiner la confiance du public dans les institutions judiciaires » par ses attaques contre le Procureur-général Avichai Mandelblit, qui avait annoncé vouloir inculper Netanyahu sous réserve d’une audience.

Dans un entretien accordé à ce moment-là à la radio militaire, Begin avait expliqué que ses quatre dernières années de mandat avaient été dures parce que les collègues de son parti « ont livré beaucoup d’efforts pour qu’il me soit très difficile de souscrire et de m’identifier à de nombreux projets de loi et propositions très déplaisantes face auxquels je me suis fréquemment retrouvé dans l’opposition au sein de mon propre parti ».

Netanyahu a insisté, pendant la campagne électorale, qu’il ne réclamerait pas une législation lui accordant l’immunité. Toutefois, plusieurs informations récentes ont suggéré qu’il avait décidé de faire adopter une nouvelle loi qui lui permettrait d’échapper aux poursuites judiciaires dans les trois affaires criminelles dans lesquelles il est impliqué.

Le Premier ministre est accusé de fraude, d’abus de confiance et de pots-de-vin. Netanyahu qui, selon la loi, a droit à une audition de pré-procès avec le Procureur-général avant que l’inculpation ne devienne officielle, a nié toute malversation et clame que les accusations de corruption ont pour objectif de l’évincer de son poste.

Gideon Saar prend la parole lors d’une conférence du Likud à Lod, le 31 décembre 2017. (Tomer Neuberg/Flash90)

La semaine dernière, c’est un député influent du Likud qui avait déjà eu l’occasion d’affronter, dans le passé, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a été le premier à s’insurger contre le projet présumé du Premier ministre.

« Cette législation n’offre aucun bénéfice et entraîne des dégâts maximaux », a ainsi averti le député Gideon Saar lors d’une interview avec la Douzième chaîne. Un certain nombre de députés du Likud ont vivement critiqué Saar pour ses propos tandis que des sources du parti, citées par les médias en hébreu, ont estimé qu’il tentait de renverser Netanyahu.

Saar a rédigé dimanche sur Twitter une réponse face à un afflux de posts négatifs dénonçant ses propos qui se sont disséminés sur les réseaux sociaux depuis sa critique de la proposition.

« L’un des nombreux exemples d’incitation rampante sur internet depuis le week-end. Les incitations, l’intimidation et les menaces ne fonctionneront pas », a-t-il juré, partageant la capture d’écran d’une publication sur Facebook le qualifiant de « traître » aux côtés d’une photo retravaillée le montrant arborant un keffieh.

La députée du Likud Michal Shir lors d’une journée d’orientation à la Knesset, le 29 avril 2019 (Crédit :Noam Moscowitz/Knesset)

La nouvelle législatrice Michal Shir, une ancienne conseillère de Saar, était venue à sa défense vendredi, disant qu’elle était elle aussi opposée à une « législation personnelle » qui protégerait Netanyahu face à ses éventuelles inculpations.

Un porte-parole du Premier ministre a expliqué vendredi que la loi sur l’immunité ne ferait pas partie des accords de coalition du Likud avec les autres formations susceptibles de rejoindre le gouvernement.

« Je confirme au nom du Premier ministre que la question de l’immunité ne figurera pas dans les accords de coalition », a affirmé le porte-parole.

Les analystes estiment toutefois que Netanyahu a pu prôner ce type de législation, notant qu’il bénéficie du soutien de ses partenaires de coalition potentiels – même si le texte sur l’immunité ne fait pas partie des accords ratifiés.

Selon la Douzième chaîne, Netanyahu cherchera de toute façon à faire avancer une telle loi ou il utilisera les textes existants pour obtenir l’immunité. La chaîne a ajouté qu’il pourrait ensuite légiférer pour empêcher une intervention de la cour suprême.

« Il s’évertue encore à faire avancer ce projet de toutes ses forces », indiquait le reportage.

La semaine dernière, le quotidien Haaretz a fait savoir que Netanyahu prévoyait de faire avancer une législation qui permettrait aux députés d’annuler des décisions administratives prises par la haute-cour de justice, et notamment tout jugement qu’elle pourrait rendre contre l’octroi d’une immunité au Premier ministre, que ce soit par le biais d’une législation ou d’une décision de la Knesset.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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