Biden peut revendiquer le succès de l’approche du « bras autour d’Israël »
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Analyse

Biden peut revendiquer le succès de l’approche du « bras autour d’Israël »

Le président a bien compris l'écœurement de l'État juif pour l'ONU et qu'il devait se montrer aux côtés de son allié s'il voulait le pousser plus tard vers des négociations de paix

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et son épouse Sara rencontrent le vice-président des États-Unis Joe Biden (au centre) à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Avi Ohayun/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et son épouse Sara rencontrent le vice-président des États-Unis Joe Biden (au centre) à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Avi Ohayun/GPO)

Pendant le dernier conflit qui a opposé Israël au groupe terroriste palestinien du Hamas, chaque jour qui passait, l’administration Biden était soumise à une pression croissante et intense de la part du parti démocrate et de ses alliés à l’étranger qui exigeaient que les États-Unis cessent de protéger Israël des critiques et jouent un rôle plus actif pour mettre fin à la violence.

Ce n’est pas que la Maison Blanche n’était pas intéressée par la désescalade, mais elle avait une approche radicalement différente pour obtenir le cessez-le-feu.

Lorsque les tirs de roquettes depuis Gaza ont commencé le 10 mai, l’administration Biden a mis de côté ses déclarations critiquant les actions israéliennes à Jérusalem et les a remplacées par des déclarations soulignant le droit d’Israël à se défendre et critiquant fermement ceux qui établissent une « fausse équivalence » entre l’État Juif et le groupe terroriste Hamas.

Pendant ce temps, de hauts responsables américains ont décroché leur téléphone et ont eu plus de 80 conversations avec des dirigeants israéliens et palestiniens ainsi qu’avec d’autres acteurs importants de la région, selon la Maison Blanche.

Le président américain Joe Biden s’exprime au sujet d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, dans le Cross Hall de la Maison Blanche, le 20 mai 2021, à Washington. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

Le président américain Joe Biden, le secrétaire d’État Tony Blinken, le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan et d’autres, ont compris que critiquer publiquement Israël n’aurait fait qu’accentuer l’entêtement et la prolongation du conflit », a déclaré un ancien fonctionnaire américain familier des efforts de cessez-le-feu de l’administration.

« Au lieu de cela, ils se sont concentrés sur des appels marathon avec les acteurs concernés à huis clos, tout en ignorant une grande partie du bruit de fond provenant de critiques bien intentionnées mais inefficaces », a ajouté l’ancien fonctionnaire.

Biden a qualifié les efforts de son administration de « diplomatie discrète » dans un discours prononcé jeudi après l’obtention du cessez-le-feu.

L’ancien ambassadeur des États-Unis en Israël et envoyé spécial pour les négociations israélo-palestiniennes, Martin Indyk, a qualifié cette approche de « bras autour d’Israël », dans un tweet ultérieur au cessez-le-feu, célébrant son efficacité.

L’ex-ambassadeur américain en Israël Martin Indyk s’exprime au département d’Etat lors de l’annonce, par John Kerry, qu’il chapeautera les négociations de paix israélo-palestiniennes à Washington, le 29 juillet 2013 (Crédit : AP Photo/Charles Dharapak)

Garder des amis proches

Cette stratégie est conforme à l’approche plus large adoptée par Biden vis-à-vis d’Israël depuis son entrée en fonctions.

« Il a été reconnu que les deux gouvernements ne sont pas toujours d’accord, mais sur la question de l’Iran, par exemple, les États-Unis ont évité les prises de bec publiques avec le gouvernement Netanyahu », a déclaré l’ancien fonctionnaire bien informé, qui a souligné le groupe de travail bilatéral créé pour maintenir la coopération sur les négociations nucléaires aussi étroite que possible.

Un responsable américain actuel a précisé que l’administration Biden continue d’exprimer ses objections lorsque cela s’avère nécessaire, à huis clos, et même dans des déclarations publiques, mais avec prudence.

Il a évoqué la frustration de la Maison Blanche face à la frappe de Tsahal, samedi dernier, sur une tour de presse à Gaza, où, selon Israël, se trouvaient également des unités du Hamas.

La tour Jalaa détruite par l’armée israélienne dans a bande de Gaza, le 21 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Hatem Moussa)

« Ils ont publié une déclaration exprimant leur inquiétude quant à la sécurité des journalistes, mais lors des appels téléphoniques, ils ont été très précis dans leurs demandes de réponses. »

« Si l’administration avait commencé à les interpeller publiquement au milieu d’une guerre, les Israéliens se seraient complètement tus », a déclaré le fonctionnaire américain, qui a requis l’anonymat pour parler franchement.

« L’essentiel a été discuté à huis clos pour faire passer le message, tout en continuant à insister publiquement sur le fait qu’Israël a le droit de se défendre, sachant qu’ils s’attireraient des critiques au sein du parti », a ajouté le responsable.

« Il est difficile d’imaginer qu’une pression manifeste sur Israël… aurait pu arrêter les combats plus tôt », a déclaré Hussein Ibish de l’Institut des États Arabes du Golfe à Washington.

« Il est aisé de voir comment une pression publique, plus ou moins forte, aurait pu fonctionner moins efficacement, soit en n’imposant aucune contrainte à Israël, soit en provoquant les Israéliens à prouver leur indépendance, en prolongeant les combats de quelques jours, malgré les objections de Washington », a-t-il ajouté.

Parler doucement

L’autre partie de la stratégie de « diplomatie discrète » consistait à reconnaître les limites et à concentrer les efforts là où les Etats-Unis pouvaient être utiles, a déclaré l’ancien fonctionnaire, accoutumé de ces efforts.

« De toute façon, c’est pas comme si l’administration mourait d’envie de trop s’impliquer, mais s’appuyer sur l’Égypte était plus qu’une simple excuse », a expliqué l’ex-fonctionnaire.

Le gouvernement du Caire a une grande expérience de la négociation de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas depuis la dernière décennie, en raison de ses liens avec les deux dirigeants, et c’est effectivement l’Égypte qui a réussi à négocier un accord, malgré les efforts déployés par les Nations Unies et d’autres pays.

Des roquettes lancées vers Israël depuis Gaza City, dans la bande de Gaza, le 20 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

« L’administration Biden a reconnu que l’Égypte était le principal enjeu en ville et que son travail (à Washington) consistait à pousser patiemment, mais fermement, Israël dans cette direction », a affirmé l’ex-fonctionnaire.

Entre-temps, la Maison Blanche a cherché à saborder d’autres efforts des acteurs internationaux, craignant qu’ils n’isolent Israël, et ne conduisent Jérusalem à redoubler d’efforts contre le cessez-le-feu.

À trois reprises, la mission américaine auprès des Nations Unies a empêché le Conseil de Sécurité d’adopter des déclarations communes appelant à un cessez-le-feu immédiat.

La mission a également laissé entendre qu’elle se serait opposée à une résolution allant dans le même sens et déposée par la France, même si ce texte condamnait les tirs de roquettes du Hamas, contrairement aux autres déclarations que Washington a rejetées.

Un diplomate du Conseil de sécurité a déclaré au Times of Israel, en début de semaine, que la formulation des résolutions n’était pas la raison pour laquelle les Etats-Unis refusaient de les soutenir.

« Ils nous ont dit qu’ils ne pouvaient soutenir aucune déclaration du conseil en ce moment », a déclaré le diplomate.

Des officiers de police du Hamas devant les décombres d’un bâtiment résidentiel détruit par des frappes aériennes israéliennes, à Beit Lahiya, dans la bande de Gaza, le 20 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

« Malgré les bombardements, les attaques à la roquette et les victimes civiles, les États-Unis ont d’autres priorités que de soutenir les déclarations du Conseil », a ajouté le diplomate.

La réponse de la Maison-Blanche a également rendu furieuse la « Brigade » de progressistes de plus en plus populaire dans le propre parti de M. Biden.

La représentante Rashida Tlaib a insisté sur Twitter sur le fait que « le Chef de l’Apartheid, Netanyahu n’écoutera pas ceux qui lui demandent gentiment. »

Tlaib a également rejoint les Représentants Alexandria Ocasio-Cortez et Mark Pocan, dans la démarche plutôt inédite d’introduire une résolution visant à bloquer la vente de 735 millions de dollars de missiles à guidage de précision à Israël, qui a été soutenue par les représentants Ilhan Omar, Cori Bush, Ayanna Pressley, Betty McCollum, Andre Carson et Pramila Jayapal.

Une version de la résolution a été présentée au Sénat jeudi par Bernie Sanders, mais aucune des deux ne devrait être adoptée en raison du soutien massif dont bénéficie Israël dans les deux chambres.

Mais, à l’instar de sa gestion d’Israël, Biden a évité les querelles publiques avec ses détracteurs les plus à gauche.

S’exprimant lors d’un événement visant à promouvoir son plan d’infrastructure à Dearborn, Mr Biden s’est adressé chaleureusement à Mme Tlaib, assise dans le public, exprimant son admiration pour sa passion, et qu’il prierait pour que sa grand-mère palestinienne et les autres membres de sa famille se portent bien en Cisjordanie.

« Vous êtes une combattante et Dieu vous remercie d’être une combattante. »

Le président Joe Biden parle avec Rashida Tlaib, représentante démocrate du Michigan, et Debbie Dingell, représentante démocrate du Michigan, à droite, à son arrivée au Wayne County Airport de Détroit, le 18 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

Entre-temps, à l’ONU, l’Administration américaine est restée ferme sur sa position, un responsable de la mission américaine avait déclaré au Times of Israel en début de semaine : « Comme nous l’avons constamment communiqué aux membres du Conseil au cours de la semaine dernière, les États-Unis s’engagent dans d’intenses efforts diplomatiques, au plus haut niveau, pour tenter de mettre un terme à ce conflit. Les États-Unis ont un rôle à jouer pour que toute déclaration du Conseil soutienne ces efforts. »

La France avait toujours l’intention de présenter sa résolution, mais celle-ci s’est finalement avérée inutile, le cessez-le-feu ayant été mis en place avant que le Conseil ne puisse se réunir pour la cinquième fois depuis le début du conflit.

Il n’est peut-être pas possible de mesurer l’ampleur du rôle joué par l’administration Biden dans l’accord conclu jeudi entre Israël et le Hamas, mais la cessation des hostilités, après 11 jours, est bien inférieure aux 51 qu’il avait fallu pour mettre fin à la dernière guerre en 2014.

Mais ne nous emballons pas.

Tout en reconnaissant à l’administration Biden la capacité stratégique du
« bras autour d’Israël » à mettre un terme relativement rapide à la violence, Ibish a noté qu’un engagement plus rapide des États-Unis aurait pu contribuer à l’empêcher en premier lieu.

« L’administration Biden a très mal géré les semaines qui ont précédé la violence », a déclaré le chercheur de l’AGSIW, affirmant que Washington avait reçu des avertissements répétés de l’Égypte, de la Jordanie et d’autres pays, « qu’une poudrière était en train de fumer à Jérusalem », en raison des expulsions imminentes de familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah, et des tactiques policières jugées agressives contre les émeutiers arabes et palestiniens à la porte de Damas et sur le mont du Temple.

Néanmoins, il a fallu attendre trois jours avant le début du conflit, le 10 mai, pour que la Maison Blanche intervienne de manière significative.

Jetant un froid supplémentaire sur les efforts visant à donner trop de crédit aux États-Unis, Ibish a noté que les quelques conflits de Gaza au fil des années, ont « suivi un scénario en trois actes très familier, et l’issue (de celui-ci) est à peu près celle des précédents, les États-Unis et l’Égypte jouant les mêmes rôles. »

Hussein Ibish, chercheur résident senior à l’Institut des États arabes du Golfe à Washington. (Autorisation)

« Alors, oui, Biden aurait pu faire pire et Israël aurait pu, pendant quelques jours, persister pour le contrarier. Mais au final, (les deux parties) ont fini de se battre de toute façon, (et Israël) ne veut clairement pas que le Hamas perde son pouvoir », a-t-il soutenu.

Ibish a poursuivi en suggérant que le « bras autour d’Israël » serait la préférence continue de l’administration Biden « tant que le Hamas, une organisation terroriste étrangère désignée, est de l’autre côté [de l’équation]. »

Mais sur des questions telles que les implantations, où le choix se fait entre les intérêts concurrents d’Israël et des États-Unis dans la région, a-t-il prédit, la stratégie d’étreinte de Biden a beaucoup moins de chances de s’appliquer.

Mais en somme, le président a bien compris l’écœurement de l’État juif pour l’ONU et qu’il devait se montrer aux côtés de son allié s’il voulait le pousser plus tard vers des négociations de paix. Son secrétaire d’État étant déjà en route pour battre le fer tant qu’il est chaud.

Mais la feuille de route d’Antony Blinken suggère l’inverse : le communiqué du département d’Etat et celui de la Maison Blanche ne font même pas référence à la « solution à deux Etats ».

« Notre priorité est vraiment avant tout de faire en sorte que le cessez-le-feu tienne », a dit à des journalistes un haut responsable américain avant le départ du secrétaire d’Etat, jugeant « prématurées » toutes visées plus ambitieuses.

« Nous voulons des mesures concrètes pour améliorer la qualité de vie des gens, améliorer leur liberté, améliorer leur sécurité et améliorer leur prospérité », a-t-il ajouté. « Nous pensons que, dans l’immédiat, c’est ce qui est faisable et c’est ce qui est important. »

Une stratégie de petits pas pragmatiques, donc.

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