Catholiques/juifs : un nouveau pas en avant
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Catholiques/juifs : un nouveau pas en avant

Le rabbin David Rosen a regretté que le nouveau document ne reconnaisse pas "le caractère central qu'occupe la terre d'Israël dans la vie religieuse, passée et présente, des juifs"

Le rabbin David Rosen de l'AJC lors d'une représentation de "La souffrance des innocents", réalisée par l'orchestre et le chœur du Chemin Néocatéchuménal en Galilée pour marquer les 70 ans à la fin de l'Holocauste. (Crédit : Autorisation)
Le rabbin David Rosen de l'AJC lors d'une représentation de "La souffrance des innocents", réalisée par l'orchestre et le chœur du Chemin Néocatéchuménal en Galilée pour marquer les 70 ans à la fin de l'Holocauste. (Crédit : Autorisation)

L’Eglise catholique a accompli cette semaine un pas de plus vers les juifs en reconnaissant explicitement qu’elle ne devait pas chercher à les convertir et en assurant avec force que le christianisme n’entendait pas se substituer au judaïsme.

Sans reconnaître Jésus comme « rédempteur universel », les juifs « ont une part dans le salut » divin, a assuré la commission pour les relations religieuses avec le judaïsme dans un document théologique, nouveau jalon dans la réconciliation.

« Les juifs sont porteurs de la parole de Dieu (…). Cela signifie concrètement que l’Eglise catholique ne mène ni n’encourage aucune mission institutionnelle tournée spécifiquement vers les juifs », a insisté la commission.

En 2011, Benoît XVI s’était déjà prononcé contre tout effort pour convertir les juifs, dans un livre d’entretiens exprimant ses opinions personnelles.

Pour la première fois, un document de l’Eglise catholique a écrit noir sur blanc qu’elle ne cherchait plus à convertir les juifs, a confirmé le père Norbert Hofmann, secrétaire de la commission, à l’agence spécialisée sur le Vatican I.Media.

Chaque catholique reste cependant libre de témoigner de sa foi, y compris auprès des juifs.

Autre religion du Livre et du Dieu unique, l’islam ne bénéficie pas d’une reconnaissance équivalente. Le lien théologique n’est en effet pas le même : pour les chrétiens, Jésus affirme dans l’Evangile être venu « accomplir » le message de Dieu inscrit dans l’Ancien testament.

« Il y a un lien particulier entre juifs et chrétiens qui n’existe pas avec l’islam. Avec les juifs, on partage l’Ancien testament. Le Christ, la Vierge Marie, les apôtres étaient juifs », a expliqué à l’AFP le vaticaniste espagnol Antonio Pelayo.

‘Jusqu’aux derniers bancs’

Longtemps pourtant, l’Eglise s’en est tenue au mépris, voire à la haine, pour le « peuple déicide », accusé d’être responsable de la mort de Jésus, un enseignement qui a contribué en Europe à un antisémitisme diffus et à ses conséquences violentes, des pogroms à la Shoah.

Il aura fallu attendre la déclaration historique du Concile Vatican II, « Nostra Aetate » (1965), pour que les siècles de mépris laissent place au respect et à l’ouverture d’un dialogue.

Mais en faisant explicitement référence à la Shoah, le document publié cette semaine « ne dissimule pas les difficultés » du chemin parcouru, s’est félicité le père Pelayo.

Cette ouverture est l’une des conséquences d’un plus vaste aggiornamento de la théologie de l’Eglise catholique, qui ne parle plus, comme c’était le cas avant Vatican II, de damnation éternelle pour ceux qui n’auront pas reconnu la divinité de Jésus.

L’article 1260 de l’actuel catéchisme de l’Eglise catholique proclame clairement que « tout homme qui, ignorant l’Evangile du Christ et son Eglise, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu’il la connaît, peut être sauvé ».

La formule reste cependant ambiguë: l’ignorance fait-elle référence à tous ceux qui auraient choisi de ne pas embrasser la foi chrétienne, ou seulement à ceux qui n’en auraient jamais entendu parler ?

Le rabbin David Rosen, directeur pour les questions interreligieuses du Comité juif américain, s’est félicité des récentes avancées du dialogue, et en particulier du fait que l’Eglise prenne clairement ses distances avec « la théologie de la substitution », selon laquelle Dieu aurait délaissé les juifs pour ne s’intéresser qu’aux chrétiens.

Il a seulement regretté que le nouveau document ne reconnaisse pas « le caractère central qu’occupe la terre d’Israël dans la vie religieuse, passée et présente, des juifs ». Un pas que le Saint-Siège n’est sans doute pas prêt à franchir, en raison de la question palestinienne.

Pour le Britannique Edward Kessler, directeur du Woolf Institute de Cambridge, l’Eglise doit désormais s’employer à ce que cette évolution positive « ne soit pas limitée aux élites, mais arrive jusqu’aux derniers bancs » au fond des églises, alors que l’antijudaïsme reste répandu, en particulier chez certains catholiques traditionalistes.

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