Climat : avant la COP26 en 2020, Israël s’exprime avec deux voix différentes
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Climat : avant la COP26 en 2020, Israël s’exprime avec deux voix différentes

Sous les pressions du public, le ministère de l'Environnement penche pour le solaire ; mais le ministère de l’Énergie émet encore des permis notamment pour le pétrole et le gaz

Des militants et manifestants israéliens protestent contre l'inaction climatique à Tel Aviv, le 27 septembre 2019. (Ahmad Ghababli/AFP)
Des militants et manifestants israéliens protestent contre l'inaction climatique à Tel Aviv, le 27 septembre 2019. (Ahmad Ghababli/AFP)

Dans ses efforts dignes du mythe de Sisyphe visant à inverser l’avancée vers le réchauffement global, la Conférence sur le changement climatique de l’ONU, la COP25, a débuté par un appel du secrétaire-général des Nations unies, António Guterres, à « enfin démontrer que nous sommes sérieux dans notre engagement à cesser la guerre que nous menons contre la nature – que nous avons la volonté politique d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ».

La COP25, qui s’achèvera le 13 décembre et qui exige des gouvernements qu’ils fassent part des moyens qu’ils mettront en œuvre pour atteindre les objectifs qu’ils se sont d’ores et déjà fixés dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GHG) d’ici 2030, est principalement un prélude à une COP26 plus importante qui se déroulera en Écosse, à Glasgow, à la fin de l’année prochaine et où les mêmes nations devront soumettre des objectifs et des plans d’action réexaminés.

Jusqu’à présent, la cible poursuivie par le gouvernement israélien – qui est tournée en dérision par de nombreux spécialistes de l’environnement – a été de s’assurer que 17 % de l’énergie du pays serait générée par le biais d’énergies renouvelables (à savoir l’énergie solaire) d’ici 2030.

La Grèce, en comparaison, avec une économie plus pauvre, produit déjà plus de 20 % de son énergie à partir du soleil et de l’énergie éolienne. Et, selon un document qui a fuité, la Commission européenne mettra au point, d’ici d’octobre 2020, un plan global visant à renforcer la réduction des gaz à effet de serre à l’horizon 2030 d’au moins 50 %, voire 55 %, revoyant ainsi ses objectifs à la hausse.

Récemment, le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, qui décollera pour Madrid mardi pour représenter Israël lors des discussions, a déclaré « réfléchir » à la possibilité de relever à 25 ou 30 % la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité et qu’il consulterait à ce sujet les professionnels de son bureau.

Yuval Steinitz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 18 juin 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministère de la Protection environnementale, qui occupe une position relativement basse dans la chaîne alimentaire politique, veut pour sa part qu’une décision gouvernementale stratégique soit prise pour faire avancer Israël vers une économie basée sur les énergies renouvelables.

Lors de la conférence sur le climat qui a eu lieu dans le pays le mois dernier, le docteur Gil Proaktor, chef du bureau politique sur le changement climatique au sein du ministère, a déclaré que « nous ne devons plus construire d’infrastructures qui nous engagerons encore pour 30 ans dans l’exploitation d’énergies non renouvelables ».

Mais c’est pourtant ce que le ministère de l’Energie, avec Steinitz à sa barre, semble faire de son côté en continuant à faire pression en faveur d’énergies non renouvelables – principalement en faveur du gaz naturel qui, s’il est plus propre que le charbon, émet encore du méthane qui favorise le réchauffement climatique et autres matériaux qui nuisent aussi bien à l’environnement qu’à la santé publique.

Il prévoit de faire construire des centrales électriques et des systèmes de transport au gaz, d’encourager la recherche de gaz et de pétrole et – au nom de la « diversité énergétique » – d’émettre de nouveaux permis pour trouver de l’huile de schiste, pratique excessivement polluante qui a déjà été interdite dans plusieurs pays de l’OCDE et notamment en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Irlande et aux Pays-Bas.

Par ailleurs, deux cibles d’exploration pétrolière terrestres ont d’ores et déjà été définies cette année.

Avec des intérêts massifs en termes de combustibles fossiles d’un côté et, de l’autre, une pression croissante exercée sur le gouvernement par le public qui réclame un réel passage à l’action pour arrêter le changement climatique, qui gagnera la bataille qui déterminera la nature de l’empreinte carbone israélienne dans les années à venir ?

Les Israéliens devront-ils porter des masques comme à Pékin ?

Il y a deux aspects dans le défi posé par le changement climatique – la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent la planète (c’est le sujet de cet article) et l’adaptation de la nature et de l’humanité à ses effets ainsi que les moyens à mettre en œuvre pour atténuer ces derniers (deux sujets qui seront abordés ultérieurement).

Tandis que ce sont probablement le Moyen-Orient et l’Afrique du nord qui souffriront le plus du réchauffement global, le changement climatique ne sera guère influencé par Israël – le pays est par définition trop petit.

Néanmoins, les effets sur la population et l’environnement du réchauffement global et de la pollution relative aux émissions, dans le pays, se font déjà ressentir. Selon des données de l’OCDE publiées en 2017, la pollution de l’air a été à l’origine du décès de 2 240 Israéliens en 2015.

Des gens, certains portant des masques anti-pollution, à un carrefour routier du quartier d’affaires situé au centre de Pékin, en Chine, le 13 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/Andy Wong)

Dans l’introduction d’un rapport écrit en 2018 par le ministère de l’Énergie consacré aux objectifs en termes de réduction des gaz à effets de serre en 2030, Steinitz écrit que « l’État d’Israël est sur le point de devenir le pays le plus densément peuplé de l’Occident. Suffoquerons-nous à l’avenir de la pollution que nous produisons – la pollution émise au quotidien, toutes les heures, par les douzaines de centrales électriques, par les millions de voitures circulant sur les routes et dans les rues, par les usines et les industries ? ».

« En résultat de développements qui semblent positifs – comme la croissance démographique, la croissance économique et un niveau de vie qui ne cesse de s’améliorer – nos vies deviendront-elles un enfer dans ce pays ? Dans 20 ans, aurons-nous l’obligation de vivre dans nos habitations derrière des filtres à air en portant des masques sur nos visages comme c’est le cas des habitants de Pékin ? », s’interroge-t-il.

Limiter le réchauffement mondial

Au mois d’avril 2016, Israël avait été l’une des quelque vingt nations à signer l’accord de Paris (COP21) visant à limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C au-dessus du niveau pré-industriel et à tenter de le maintenir à 1,5°C. Élément essentiel de cet accord, les signataires s’engageaient à mettre en place leurs propres objectifs en termes de réduction de polluants (« contributions déterminées au niveau national ») et leurs propres plans d’application.

En septembre 2015, préparant la convention de Paris, le gouvernement israélien avait promis de réduire d’à peu près un quart les émissions de gaz à effet de serre qui atteignent l’atmosphère d’ici 2030 dans le cadre d’un scénario de type « statu-quo ».

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement avait établi des cibles par secteurs spécifiques – réduire la consommation d’électricité d’au moins 17 % et les déplacements en voiture privée d’au moins 20 %. De plus, il s’était engagé à ce qu’au moins 17 % de l’électricité totale soit produite à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030.

Pollution vue d’un village bédouin non identifié près de la zone industrielle de Ramat Hovav dans le sud d’Israël, le 28 décembre 2017. (Yaniv Nadav/FLASH90)

En avril 2016, le gouvernement avait également approuvé un plan national déterminant concrètement comment atteindre ces objectifs. Il avait notamment inclus un recul du charbon, l’amélioration de la gestion des déchets (qui sont une source-clé de méthane), le développement des véhicules électriques et l’élargissement de la construction écologique. Le Plan national israélien pour la mise en œuvre de l’accord de Paris avait été publié au mois de septembre 2016.

Israël se réveille

Il y a peu de véhicules électriques et de constructions écologiques au sein de l’État juif. Ce dernier est également à la traîne, derrière les autres nations développées, en termes de sensibilisation à l’environnement.

Le réchauffement global n’a pas encore pleinement intégré le discours ministériel ou ceux du Premier ministre. C’est même le contraire – au début de l’année, le bureau du Premier ministre a tenté de mettre en place une initiative anti-environnementale. Il avait suscité l’indignation en suggérant la possibilité d’une perte de pouvoir de l’autorité du ministère de la Protection environnementale responsable de la réglementation en la matière et indiqué que les officiels, au sein de l’instance, devaient prendre en compte des considérations d’ordre « économique » (lisons plutôt « commercial ») lorsqu’ils étaient amenés à délivrer des permis d’émissions diverses.

Toutefois, au cours de l’année passée, et particulièrement depuis que l’adolescente suédoise Greta Thunberg a fait son apparition sur la scène internationale, les Israéliens semblent s’éveiller face à la crise du climat et les médias ont changé leur façon de couvrir le sujet.

L’ex-présentatrice de télévision et défenseuse de l’environnement au sein de Kakhol lavan Miki Haimovich avec un chien de refuge, appelant les téléspectateurs à offrir à Shimi et à d’autres chiens un nouveau foyer. (Capture d’écran : YouTube)

Le parti Kakhol lavan compte dans ses rangs une personnalité convaincue de la nécessité de placer le sujet au cœur des préoccupations, à savoir Miki Haimovich, militante dans la défense des droits des animaux et ancienne journaliste, qui voudrait devenir ministre de la Protection environnementale.

Et au mois de juillet, la parlementaire Stav Shaffir a quitté la formation travailliste pour prendre la tête du mouvement des Verts au sein du Camp démocratique lors des élections du mois de septembre.

Enfants et parents commencent à descendre dans les rues et sont de plus en plus nombreux à le faire. Environ 1 500 personnes se sont rassemblées à la conférence israélienne sur le climat du mois dernier (contre 550 l’année passée) tandis que 3 000 personnes supplémentaires en ont suivi la diffusion en direct.

Sous les pressions croissantes du public, les municipalités s’efforcent de réduire les produits jetables en plastique dans les jardins d’enfants et les écoles, ou de réduire leur consommation énergétique.

Des bulldozers comme celui-ci, près de Kiryat Menachem, dans le sud de Jérusalem, sont devenus une vision commune alors que la ville prépare de nouveaux itinéraires de tramway à Jérusalem, le 7 janvier 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Et les résidents des grandes villes, comme Jérusalem et Tel Aviv, bloqués dans des embouteillages interminables, n’ont que trop conscience des travaux actuellement en cours pour lancer de nouvelles lignes de tramway.

Peu de bus municipaux fonctionnent à l’électricité (ils sont actuellement 78 sur une flotte de 5 000) ; on compte 1 500 taxis hybrides et la ligne à grande vitesse reliant l’aéroport Ben-Gourion à Tel Aviv est en cours d’électrification (le transport électrique n’est pas exempt de pollution, bien entendu, si des énergies fossiles y sont utilisées : les polluants sont simplement relâchés plus loin).

La toute première voie de co-voiturage a été récemment inaugurée sur l’autoroute d’Ayalon et une autoroute pour les deux roues est actuellement en cours de construction dans la région de Dan.

Une section de la ligne ferroviaire à grande vitesse Jérusalem-Tel Aviv dans la périphérie de Jérusalem, le 25 septembre 2018. (Ahmad Gharabli/AFP)

Combustibles fossiles vs. énergie solaire

Dans la mesure où plus de la moitié des gaz à effets de serre proviennent des combustibles fossiles utilisés pour la production d’électricité, par l’industrie et par le secteur de la construction, un élément déterminant pour l’empreinte carbone d’Israël, à l’avenir, sera l’équilibre qui sera trouvé entre ce type d’énergie (principalement le gaz naturel) et les énergies renouvelables (le solaire en premier lieu). Les mesures de répression décidées par le gouvernement pour sanctionner les industries polluantes seront également à prendre en compte.

Les décisions qui seront prises, si elles s’avèrent être éminemment politiques, ont aussi des ramifications économiques, environnementales et sécuritaires.

Udi Adiri, directeur-général du ministère israélien de l’Energie (Capture d’écran :YouTube)

Les émissions de dioxyde de carbone ont diminué de plus de 20 % au cours des cinq dernières années, le gaz naturel venant remplacer le charbon, selon le directeur général du ministère de l’Energie Udi Adiri.

D’ici 2025, le charbon en Israël devrait dorénavant appartenir à l’histoire.

Aujourd’hui, le gaz naturel est vanté comme étant le passeport israélien vers l’indépendance énergétique et comme une source d’énergie « propre ». Le champ de Tamar a entamé ses opérations en 2013 et, malgré les protestations du public, le plus grand champ gazier du pays, Leviathan, commencera sa production commerciale d’ici la fin de l’année.

Mais, pour leur part, les partisans des énergies renouvelables soulignent qu’un ennemi serait en mesure de mettre Israël à genoux plus facilement en frappant quelques plateformes de gaz naturel qu’en attaquant des millions de panneaux solaires dispersés dans tout le pays.

Photo prise le 31 janvier 2019 montrant la nouvelle plateforme installée sur celle du Leviathan, en méditerranée, au large de Haïfa. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/AFP)

Toutefois, le gaz naturel représente également beaucoup d’argent. Tandis que l’autorité régulatoire en charge de l’électricité a pour mission de maintenir des tarifs abordables – l’énergie solaire est en train de devenir, et à une grande rapidité, moins onéreuse que le gaz naturel – le ministère des Finances pourrait bien s’intéresser aux rentrées d’argent inattendues qui rempliront un jour les coffres du gouvernement grâce aux taxes imposées sur les énergies fossiles.

Engager Israël dans le gaz naturel en continuant à chercher du pétrole

Là où il y a du gaz, il y a souvent aussi du pétrole – et le ministère de l’Énergie a clairement établi qu’il continuerait à distribuer des permis d’exploration pour les deux.

Parmi les recommandations émises par une équipe interministérielle, qui ont été publiées au mois de décembre et approuvées par le gouvernement au mois de janvier, figurent la garantie d’un approvisionnement en gaz naturel à hauteur de 500 milliards de mètres-cubes par an sur le marché israélien jusqu’en 2042 et des « mesures supplémentaires visant à encourager les activités d’exploration et de production pétrolières offshore« .

Vue de raffineries de pétrole dans la zone portuaire de Haïfa, ville du nord d’Israël, le 5 mai 2017. (Yaniv Nadav/Flash90)

Le principal consommateur de pétrole brut en Israël est le BAZAN Group, une entreprise de raffinage et de pétrochimie située dans la baie de Haïfa qui a été mise en cause dans un rapport du contrôleur d’État, au mois de juin, pour de nombreuses violations et défaillances.

Les raffineries exploitent le pétrole brut extrait sur les plateformes pour le transformer en différents produits comme le diesel, le gasoil ou le pétrole à chauffage, ainsi qu’en liquide pour des différentes industries, entre autres pour le plastique, la peinture, les pesticides ou les emballages.

Ce seront les capacités de l’être humain de trouver des alternatives à ce nombre époustouflant de produits basés sur le pétrole qui aideront assurément à déterminer l’avenir de l’industrie de cette énergie fossile.

Au nom de la « diversité des sources d’énergie » – que le ministère considère comme importante, selon un porte-parole – le ministère de l’Energie encourage également activement l’exploration terrestre en ce qui concerne le pétrole dans une zone qui couvre aujourd’hui 10 % du pays et qui a le potentiel de produire des centaines de millions de barils, selon un récent rapport de la Société de protection de la nature en Israël.

Le document Active Petroleum Rights, sur terre et offshore qui a été réactualisé le 29 octobre 2019, ministère de l’Energie

Le panel international de l’ONU sur le changement climatique indique que le schiste argileux génère des émissions à effet de serre 150 % plus élevées que ce n’est le cas du pétrole océanique, en raison de son processus de production. Et ne sont pas ici pris en compte les dégâts entraînés pour les écosystèmes et pour l’environnement, la présence de déchets accidentels et le danger représenté par des polluants qui s’écouleraient dans les ruisseaux, rivières et fleuves.

Il y a une phrase en hébreu qui dit qu’il n’y a rien d’aussi permanent que d’être temporaire. D’un côté, le ministère de l’Énergie déclare que le gaz naturel est une pierre d’achoppement menant à davantage d’énergies renouvelables. De l’autre, il semble faire tout ce qui est possible pour s’assurer que l’économie s’appuiera dessus, et pendant longtemps, à l’avenir.

Le gouvernement a approuvé la construction de pas moins de 16 centrales électriques au gaz naturel. Le plan de la plus importante d’entre elle, qui sera située près de Kfar Saba, a été approuvé le mois dernier par la Commission nationale des infrastructures. Une autre sera édifiée à Rosh HaAyin.

Les gouvernements du monde entier encouragent encore les énergies fossiles

Israël n’est pas le seul pays à continuer à encourager l’usage des énergies fossiles. Selon un rapport publié le mois dernier par les Nations unies, les gouvernements prévoient, d’ici 2030, de produire environ 50 % d’énergies fossiles de plus que ce qui conviendrait pour respecter le seuil d’une hausse de 1,5°C au-dessus du niveau préindustriel. Ceci, clame le rapport, en raison d’une « attention minimale portée à la réduction de la production de combustibles fossiles », accompagnée de subventions gouvernementales et autres formes d’encouragement financier.

Pour aider à inverser cette tendance, le rapport énumère des options politiques incluant une réforme de l’octroi des subventions, l’interdiction de nouveaux produits d’extraction, la transparence dans les données concernant la production de combustibles fossiles et – dans le cas d’un gouvernement local – le désinvestissement dans les entreprises d’énergies fossiles.

Le rapport note que le Belize, le Costa Rica, la France, le Danemark et la Nouvelle-Zélande ont tous adopté des interdictions partielles ou totales sur l’exploration et l’extraction de gaz et de pétrole ou mis en place des moratoires à ce sujet.

Un autre rapport de l’ONU, qui s’est intéressé aux écarts dans les émissions et non dans la production, a récemment conclu qu’il n’y avait pas eu d’amélioration significative au cours de la décennie et que si le statu-quo devait continuer, le monde subirait une augmentation des températures allant de 3,4°C à 3.7°C d’ici 2100, en comparaison avec les niveaux préindustriels.

« La prochaine décennie sera décisive », a averti le rapport. « Remettre à plus tard les ambitions et les actions n’est plus une option si nous voulons que les objectifs définis par l’accord de Paris restent à notre portée ».

Avec le coût de l’énergie solaire qui dégringole, Arava sera 100 % solaire d’ici 2020

De nombreux visiteurs, en Israël, sont impressionnés par l’omniprésence des panneaux solaires sur les toits du pays – puis ils sont surpris lorsqu’ils apprennent que ces panneaux ne font que chauffer l’eau et qu’ils n’assurent pas d’approvisionnement en électricité. C’est la réaction qu’avait eue Joseph (Yossi) Abramowitz à son arrivée, depuis les États-Unis, au kibboutz Ketura, dans le sud du désert d’Arava, en 2006.

« Je pensais qu’Israël était leader mondial dans le secteur de l’énergie solaire puis j’ai réalisé que personne ne souhaitait se mesurer au gouvernement dans ce domaine », explique-t-il. Et ainsi, avec le kibboutz et un partenaire américain, il a lancé l’Arava Power Company qui, après cinq ans de batailles bureaucratiques, a construit la toute première centrale solaire du pays à Ketura (suivie par plusieurs autres), donnant le coup d’envoi à la production d’énergie indépendante au sein de l’État juif.

Des chauffe-eaux à l’énergie solaire sur les toits de Tel Aviv (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Avec des financements de l’UJA Toronto Federation, Abramowitz a décidé – avec sa « professeure » Dorit Davidovich Benet, qui est maintenant à la tête du développement stratégique et régional de l’initiative Énergies renouvelables Eilat-Eilot – de convertir le secteur d’Arava tout entier à l’énergie solaire pendant les heures de la journée. Ce qui sera réalisé d’ici la journée de l’Indépendance prochaine, au mois d’avril, a-t-il confié au Times of Israel. A l’horizon 2025, la région aura une réserve d’énergie solaire suffisante pour fournir de l’électricité la nuit, a-t-il ajouté.

Aujourd’hui, les énergies renouvelables représentent 26 % de la production d’électricité mondiale, selon le service d’informations environnementales Zavit. Ce qui empêche pas moins de deux gigatonnes de dioxyde de carbone de pénétrer dans l’atmosphère chaque année.

Yosef Abramowitz et Dorit Davidovich Benet célèbrent 100% d’énergie solaire dans le désert d’Arava (Crédit : Facebook)

L’un des principaux obstacles à l’énergie solaire est la difficulté à stocker cette dernière pour qu’elle soit utilisée en l’absence de soleil – la nuit et l’hiver – et lors des pics de consommation. Mais des avancées rapides sont réalisées en permanence et les prix ne cessent de baisser. Davidovich Benet mène actuellement trois études-pilotes pour comparer les performances des batteries, des pompes à air et des volants concernant le stockage.

Eitan Parnass, fondateur et directeur-général de la REAI (Green Energy Association of Israel), un groupe de pression qui se bat en faveur des énergies renouvelables au sein de l’Etat juif, remarque que l’augmentation des transports électriques entraîne la production en masse de batteries – ce qui profiterait également au stockage de l’énergie solaire.

L’énergie solaire est-t-elle moins chère que le gaz ? La réponse à cette question est compliquée et dépend des comparaisons qu’on peut être amené à faire. Pour d’importants projets de production terrestres qui génèrent de l’énergie pendant la journée, c’est déjà le cas, incontestablement, et les coûts baissent encore en permanence.

La semaine dernière, la filiale israélienne de l’entreprise française EDF Renewables a établi un nouveau record en termes de prix bas dans la production d’énergie solaire – soit 8,68 agorot par kilowatt/heure (Un kilowatt d’électricité maintenu pendant une heure) – remportant ainsi l’appel d’offres concernant la construction d’un quatrième champ d’énergie solaire (et deuxième champ photovoltaïque) à Ashalim, dans le désert du Néguev.

Inversement, le prix du gaz naturel augmente de manière significative en cas de facteur intervenant de manière indirecte dans les coûts – une nuisance à la santé publique et à l’environnement, ou le coût entraîné par une défense des champs et plateformes de gaz naturel.

Un camion nettoie les miroirs solaires thermiques de la centrale Negev Energy d’Ashalim, le 29 août 2019 (Crédit : Avshalom Sasoni)

Dans les prochains mois, l’Autorité de l’électricité émettra son premier appel d’offres pour des panneaux solaires et des moyens de stockage de l’énergie créée par le soleil.

Mais il existe encore – et persistent – beaucoup d’obstacles au développement de l’énergie solaire qui, en Israël, représentera 99 % des énergies renouvelables. Jusqu’à l’année dernière, la compagnie israélienne d’électricité conservait le monopole sur le secteur et faisait peu de choses pour élargir le réseau solaire. Un amendement de la Knesset a depuis ouvert la voie à la concurrence sur le marché et a transféré la gestion de l’électricité de la compagnie historique à une nouvelle entreprise gouvernementale.

Dans un pays de la taille du pays de Galles avec une population de neuf millions de personnes qui devrait atteindre les 17 millions d’individus à l’horizon 2040, la plus grande partie des terres disponibles ont d’ores et déjà été zonées, en particulier au centre, là où la majorité de l’énergie sera consommée. Et parce que les champs électromagnétiques de transmission à haute-tension présentent des risques d’accident en termes de radiations, les résidents locaux n’accueilleront plus de nouveaux câbles à bras ouverts.

Des soldates s’entraînent dans le désert du Néguev. Illustration. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Le désert du Néguev, qui, pour un un débutant, pourrait présenter d’importantes opportunités en ce qui concerne les champs solaires, est majoritairement divisé entre bases militaires d’entraînement et parcs nationaux. Personne n’a encore remis en question la nécessité pour l’armée de terrains si vastes pour y entraîner des tanks. De plus, la propriété d’une grande partie des terres qui forment ce désert est également revendiquée par des Bédouins – des revendications sur lesquelles le gouvernement n’est pas pressé de se pencher.

Gal Shofrony, chef du département des énergies renouvelables à l’Autorité de l’électricité, note que les options en termes d’énergies renouvelables que la nature a données à l’Etat juif sont plus limitées que celles de nombreux autres pays auxquels Israël peut être comparé.

Le pays manque d’eau en grande quantité (pour l’hydroélectricité) et de geysers pour générer de l’énergie thermique, et le vent y est également limité. Sa superficie fait craindre que ce type d’installations nuise aux paysages.

L’installation d’éoliennes dans le nord d’Israël, par exemple, est rendue compliquée par l’opposition du ministère de la Défense et par la nécessité de protéger les très nombreux oiseaux qui migrent dans tout le pays, ainsi que les espèces locales en danger.

Des grues grises affluent au lac Agamon Hula dans la vallée de Hula, dans le nord d’Israël, le 7 décembre 2016. (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

Et contrairement aux pays européens, qui sont reliés par des réseaux d’électricité, l’État juif ne peut pas prétendre totalement à l’auto-suffisance. Et il ne peut pas emprunter d’électricité à un voisin en cas de nécessité.

Une vision pour 2050

Et pourtant, alors que le chronomètre avant la COP26 continue de tourner, de nombreuses personnes se penchent sur ce qui peut être réalisé dès aujourd’hui et sur la possibilité que le plafond en termes d’énergies renouvelables fixé par Israël à 17 % dans le cadre de l’accord de Paris puisse être revu à la hausse.

Des panneaux solaires générateurs d’électricité (Crédit : Danny Shechtman)

Le ministère de la Protection environnementale, en coopération avec l’Institut israélien de la Démocratie et l’OCDE, travaille actuellement sur une feuille de route en vue d’une économie faible en carbone d’ici 2050.

Sous les ordres du docteur Gil Proaktor, chef du bureau des politiques sur le changement climatique et co-auteur du plan national de mise en œuvre de l’accord de Paris, les responsables se concentrent sur les transports, l’énergie, les constructions et les municipalités, ainsi que sur le commerce industriel et les déchets.

Le ministère n’assure pas seulement la liaison avec les administrations de l’énergie, du transport, de l’économie et de la planification et avec les industries, les gouvernements locaux et les universitaires, mais également avec les organisations environnementales et issues de la société civile et avec les représentants des autorités locales et des étudiants au statut socio-économiques bas. Il a même mis en place un site en hébreu, sur internet, qui s’appelle : « Exprimez-vous ! »

Gal Shofrony, à la tête du département des énergies renouvelables au ministère de l’Energie (Autorisation)

Gal Shofrony, de l’Autorité de l’électricité, pour sa part, coordonne le travail visant à recommander des objectifs à atteindre en termes d’énergies renouvelables d’ici 2030 au ministère de l’Énergie, en cartographiant les réserves de terres disponibles, mais aussi les toits et autres surfaces potentielles susceptibles d’être équipées de panneaux – réservoirs, étangs à poissons, et îlots sur les carrefours autoroutiers qui peuvent être utilisés pour y installer des panneaux solaires. Il réfléchit également aux moyens d’agrandir le réseau, où placer des câbles, et il examine les options de stockage.

Shofrony a la certitude que l’État juif atteindra son objectif de 2020 : générer 10 % de l’électricité à partir des énergies renouvelables – principalement à partir de l’énergie solaire – contre seulement 4 % à la fin de l’année dernière. Ceci en partie grâce à la réponse apportée à une campagne mise en œuvre au mois de juillet par l’Autorité de l’électricité et le ministère de l’Énergie, et qui encourageait les Israéliens à placer des panneaux solaires sur les toits des habitations. Aujourd’hui, les banques financent cette initiative à 100 %.

Israël pourrait être 100 % solaire à l’horizon 2025

Le ministère de la Protection environnementale, comme l’Autorité de l’électricité, profitent des recherches menées par le docteur Shahar Dolev de l’Israel Energy Forum, dont les travaux se concentrent sur l’efficacité énergétique et sur les politiques de développement des énergies durables. Dolev est actuellement à la tête d’une équipe de spécialistes qui a été rassemblée dans le cadre du centre Heschel Center pour le développement durable.

Le docteur Shahar Dolev, directeur de recherches à l’Israel Energy Forum. (Capture d’écran : YouTube)

Son équipe est d’ores et déjà capable de montrer qu’Israël pourrait passer aux énergies renouvelables à 100 %, 24 heures sur 24 et 7j/7, d’ici 2050, sans toucher à un seul centimètre de ses paysages. Et ceci en installant des panneaux sur les terres et autres surfaces d’ores et déjà utilisées pour autre chose.

Le modèle mis en place par Dolev et ses chercheurs suggère également qu’à l’horizon 2030, Israël pourrait avoir déjà fait de grandes avancées vers un approvisionnement électrique par le biais de l’énergie solaire à hauteur de 40 %, pour un nombre significatif de journées et pendant la plupart des nuits.

La semaine dernière, le Conseil national de planification et de construction a réactualisé le plan-directeur national concernant les structures solaires photovoltaïques pour permettre de réduire la bureaucratie et d’accélérer la mise en place de nouvelles installations.

Pour sa part, le public exerce de plus en plus de pression en faveur d’une transition du gaz vers les énergies renouvelables. Récemment, plus d’une centaine de scientifiques éminents et 100 chefs de commission gouvernementales locales travaillant sur l’environnement ont appelé Steinitz à réexaminer ses projets impliquant le gaz naturel et à investir davantage dans les énergies renouvelables. Dans leur courrier, les scientifiques mettent en garde : « Alors que les centrales électriques au gaz vont fonctionner pendant de nombreuses années, il a été établi sur le terrain qu’elles engagent le pays dans une énergie qui est dorénavant obsolète », ont-ils déploré.

Le recours à la loi

En Israël, les tribunaux commencent à se placer du côté du public sur les questions environnementales. Au mois de juillet, la Cour suprême a statué que le processus de planification concernant l’expansion des raffineries pétrolières du Bazan Group, dans la baie de Haïfa, avait été défaillant et que le projet devait être présenté une nouvelle fois au Conseil national de planification et de construction.

Peu après, l’organisation Adam Teva VDin a remporté un procès devant la cour de district de Haïfa qui a jugé que l’entreprise Dead Sea Works ne pouvait plus continuer à pomper de l’eau dans la mer Morte – pour extraire des minéraux – sans autorisation. Le tribunal a donné six mois à l’Autorité de l’eau pour rédiger une telle autorisation et la faire connaître au public.

L’usine de Dead Sea Works – une unité commerciale d’ICL Fertilizers, le quatrième producteur et fournisseur mondial de produits à base de potasse, le 1er février 2012. (Yossi Zamir/Flash90)

Adam Teva VDin, qui a été impliqué dans les deux décisions judiciaires citées ci-dessus, estime que le meilleur moyen de garantir la mise en œuvre d’une politique du climat n’est pas le pouvoir décisionnaire gouvernemental comme cela a été le cas jusqu’à aujourd’hui (à l’exception de la loi sur l’air propre), mais qu’il faut pour cela ancrer ces politiques dans la loi. Ce sujet a été au cœur d’un article publié le mois dernier et d’une conférence tenue par l’organisation sur le droit et sur l’environnement.

« Il n’y a pas de loi explicite sur le climat en Israël, pas de loi moderne sur l’énergie qui puisse soutenir la transition de l’économie-carbone à une économie-carbone réduite. Il n’y a pas de législation systémique qui exige de prendre en considération les questions environnementales dans le système de prise de décision – comme cela a été le cas aux États-Unis, par exemple, depuis les années 1970 », explique Adam Teva VDin dans son article. « La majorité des lois pertinentes sur cette question sont obsolètes et elles ne s’attaquent pas aux défis propres posés par le climat au 21e siècle si elles ont été amendées ».

L’organisation réclame une législation similaire à celle qui existe d’ores et déjà dans 140 pays, dont la Grande-Bretagne, l’Irlande, le Kenya, la Suède ou le Pérou. « Des lois d’encadrement efficaces obligent les gouvernements à prendre en compte des objectifs, des processus et à assumer la responsabilité institutionnelle – en établissant clairement qui est responsable des politiques sur le climat, en fournissant des outils (budget et capacités) pour accomplir les tâches nécessaires et pour créer des mécanismes de supervision parlementaire et publique ».

L’article constate également que « le gouvernement israélien doit changer profondément d’état d’esprit et doit cesser de considérer la question climatique comme une question marginale relevant de la seule responsabilité du ministère de l’Environnement. Il faut déterminer les réductions possibles des émissions de gaz à effet de serre et travailler sur la préparation au changement climatique ainsi que sur la résilience face à ce bouleversement qui doivent être dorénavant considérées comme un objectif stratégique de la plus haute importance. Ce qui doit également se traduire dans la sphère politique, dans la législation, dans les budgets et, c’est fondamental, dans la mise en œuvre sur le terrain ».

L’ancienne scientifique en chef au ministère de la Protection de l’environnement, Sinaia Netanyahu. (Capture d’écran de YouTube)

Sinaia Netanyahu, ex-chef-scientifique au ministère de la Protection environnementale, n’est pas d’accord.

« La politique sur le climat doit être robuste et flexible », estime-t-elle auprès du Times of Israel. « Elle doit consister en un système économique d’incitations. Selon les dispositions de l’accord de Paris, les nations doivent s’engager tous les cinq ans à fixer des objectifs plus ambitieux. La loi est un outil rigide et n’est donc pas forcément adaptée aux actions qui s’imposent ».

Alors que les gouvernements n’adoptent pas des lois qu’ils ne désirent pas voir appliquées et qu’ils ont tendance à manquer de trésorerie pour faire appliquer celles qu’ils n’apprécient pas, la question importante est de savoir si le prochain gouvernement d’Israël aura la vision et la volonté politiques de prendre au sérieux le changement climatique.

Une fois un nouveau gouvernement formé – peut-être à l’issue du troisième scrutin attendu de l’année – Israël jettera-t-il son dévolu sur un avenir plus propre ?

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