Comment Israël rend hommage aux victimes de la Shoah
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Comment Israël rend hommage aux victimes de la Shoah

Retour sur les discours de Rivlin et Netanyahu ; Les sirènes ont retenti, une gerbe de fleurs sera déposée au mémorial de Yad Vashem ; une Marche des Vivants aura lieu en Pologne

  • Les automobiliste observent une minute de silence pour Yom HaShoah, le 2 mai 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
    Les automobiliste observent une minute de silence pour Yom HaShoah, le 2 mai 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
  • Les Israéliens observent une minute de silence à l'occasion de Yom HaShoah, à Tel Aviv, le 2 mai 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
    Les Israéliens observent une minute de silence à l'occasion de Yom HaShoah, à Tel Aviv, le 2 mai 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
  • Les Israéliens observent une minute de silence à l'occasion de Yom HaShoah, à Tel Aviv, le 2 mai 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
    Les Israéliens observent une minute de silence à l'occasion de Yom HaShoah, à Tel Aviv, le 2 mai 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Comme chaque année, la vie s’est figée dans tout Israël pendant deux minutes jeudi à 10H00 (07H00 GMT) au son des sirènes, pour marquer la journée de la Shoah en mémoire des six millions de victimes juives du nazisme durant la Seconde Guerre mondiale.

Cette commémoration annuelle est l’un des jours les plus solennels du calendrier national. L’ensemble du pays se recueille en hommage aux hommes et femmes persécutés et assassinés par la machine à tuer industrielle nazie.

Les automobilistes sont descendus de leur voiture, les autobus se sont arrêtés, tout comme les piétons.

A l’extérieur des commerces et des bureaux, les Israéliens se sont recueillis, souvent la tête baissée, à l’image des élèves et étudiants dans les établissements scolaires et universitaires.

Les sirènes seront suivies de cérémonie marquant Yom HaShoah dans les écoles, les institutions publiques, les bases militaires, notamment une cérémonie où une gerbe de fleurs sera déposée au mémorial de Yad Vashem en hommage au soulèvement du ghetto de Varsovie, et comme chaque année, les noms des victimes seront lus à la Knesset. La Marche des Vivants aux camps d’Auschwitz-Birkenau commencera en Pologne à 13 heures.

Les évènements se concluront par les cérémonies du kibboutz Lohamei HaGuetatot (les combattants des ghettos) et du kibboutz Yad Mordechai, nommés en hommage à ceux qui ont fait face aux nazis à Varsovie et à Mordechai Anielewicz, qui a mené la révolte.

Cette journée nationale a commencé mercredi soir au coucher du soleil, avec des cérémonies, des chants, des veillées et des soirées d’hommage aux survivants et à leurs descendants dans l’ensemble du pays. Les chaînes de télévision et les fréquences radio ne diffusent que des programmes sur la Shoah, et les magasins et restaurants ont fermé plus tôt, par égard pour les commémorations.

Au musée de Yad Vashem de Jérusalem, un événement officiel a été organisé, et six torches ont été allumées par des survivants du génocide.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme Sara rencontrent les survivants de la Shoah qui ont allumé les torches à la cérémonie annuelle de Yom HaShoah, à Yad Vashem, à Jérusalem, le 1er mai 2019. (Crédit : Amos Ben-Gershom/Israeli Government Press Office)

Le thème choisi cette année par Yad Vashem a été évoqué dans les récits de ces survivants : « La guerre dans la guerre : la lutte des Juifs pour leur survie durant la Shoah ».

Le thème de cette année appelle le public à maintenir vivant le souvenir du courage et de la résilience des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, ceux qui ont risqué leur vie en faisant preuve de solidarité, en faisant passer clandestinement de la nourriture, en organisant des missions de sauvetage, en publiant des journaux en secret, en jouant de la musique juive sur des instruments de fortune et en mettant par écrit leur vécu, pour la postérité.

Le président Reuven Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres dignitaires ont pris part aux célébrations.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant une cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, le 1er mai 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton/Flash90)

Mercredi soir, des chanteurs et acteurs se sont produits gratuitement au centre culturel Gerard Bachar, à Jérusalem. D’autres cérémonies ont eu lieu au théâtre Cameri et Tzvata à Tel Aviv.

Hausse de l’antisémitisme

Les commémorations de cette année s’inscrivent dans un contexte de nette hausse de l’antisémitisme en Europe et en Amérique du Nord, selon un rapport annuel du Centre Kantor publié mercredi par le Congrès juif européen.

L’augmentation de la violence antisémite, des menaces et du harcèlement a également été relevée par de multiples études, notamment de l’Agence européenne des droits fondamentaux et de l’Anti-Defamation League (ADL) américaine.

« Malheureusement, la tragédie horrible dans le comté de San Diego nous rappelle que l’antisémitisme est d’une force virulente », a déclaré le directeur de l’ADL Jonathan Greenblatt.

Jonathan Greenblatt, chef de la direction et directeur national de la Ligue anti-diffamation (ADL), témoigne au Capitole à Washington, le mardi 2 mai 2017, devant une commission judiciaire du Sénat sur les réponses à l’augmentation des crimes haineux religieux. (Photo AP / Carolyn Kaster)

Quelques heures avant la cérémonie, les chercheurs de l’université de Tel Aviv ont déclaré que 2018-2019 avait connu « une augmentation de presque toutes les formes d’antisémitisme, dans l’espace public et dans la sphère privée. De nombreux Juifs de la diaspora ne se sentent pas en sécurité et remettent en question leur place dans la société, disent-ils ».

Cette hausse a été marquée par la mort de onze fidèles lors de la fusillade dans la synagogue de Pittsburgh le 27 octobre, et les attaques contre les Juifs ont augmenté de 13 % en 2018, a relevé l’étude.

Les chercheurs ont notamment évoqué le Venezuela, la Turquie, la Pologne et l’Ukraine comme défenseurs de la haine des Juifs.

Les communautés juives ont tiré la sonnette d’alarme sur la recrudescence de l’antisémitisme en Europe, où des partis politiques d’extrême droite remportent des élections.

Les chercheurs ont toutefois noté que les gouvernements en font davantage pour reconnaître la gravité du problème et le combattre.

Durant la cérémonie, le Premier ministre a promis qu’Israël « ne présentera pas la joue pour se faire abattre face aux menaces de destruction » et critiqué le régime iranien et la montée de l’antisémitisme, qui, a-t-il dit, est souvent déguisé en critique d’Israël, lesquels constituent les principaux dangers pesant sur les Juifs et l’Etat hébreu aujourd’hui.

Dans son allocution, Netanyahu a également évoqué la menace de l’extrémisme antisémite.

Le Premier ministre a évoqué les fusillades meurtrières dans les synagogues de San Diego la semaine dernière et de Pittsburgh en octobre, et les fréquents actes de vandalisme dans les cimetières juifs. Il a également critiqué une caricature antisémite publiée – puis retirée – par l’édition internationale du New York Times, laquelle a suscité un tollé pour son évocation de clichés antisémites.

Une caricature du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du président américain Donald Trump publiée dans l’édition internationale du « New York Times » du 25 avril 2019, dont le journal a reconnu plus tard qu’elle « reprenait des tropes antisémites ». (Autorisation)

Le quotidien américain avait présenté lundi ses excuses après la publication du dessin, reconnaissant qu’il « comprenait des clichés antisémites ».

Netanyahu a affirmé que la haine des Juifs a fait son chemin jusque dans « les journaux les plus respectés » et dans l’opinion publique, et témoigne d’une « diabolisation systématique et malhonnête » d’Israël.

« Durant l’exil, notre faiblesse nous a condamnés à notre chute », a-t-il dit au musée mémorial Yad Vashem. « Dans notre foyer national, la force que nous avons construite a fait de nous une puissance mondiale. De nombreux pays veulent se rapprocher de nous. »

« Nous vivons un paradoxe, l’admiration à travers le monde pour l’Etat des juifs s’accompagne dans certains milieux d’une hausse de l’antisémitisme », a déclaré M. Netanyahu.

Et d’ajouter : « l’extrême droite, l’extrême gauche et l’islam extrémiste sont d’accord sur une chose : leur haine des Juifs ». « Cette haine s’exprime par des attaques méprisables contre des fidèles dans les synagogues, comme cela s’est produit il y a quelques jours à San Diego, et avant cela à Pittsburgh ; la profanation de cimetières juifs et la publications de caricatures et d’articles regorgeant de haine, même dans des journaux jugés respectables ».

« Nous ne parlons pas de critique légitime d’Israël, je ne m’étendrais pas dessus si c’était le cas », a-t-il dit. « Mais il s’agit d’une haine systématique, empoisonnée et superficielle, qui mine inlassablement la légitimité de l’Etat-nation juif. C’est une hypocrisie insupportable qui ne doit pas être tolérée. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant une cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, le 1er mai 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton/Flash90)

Comme il l’a régulièrement fait ces dernières années dans les discours de commémoration de la Shoah, Netanyahu a placé l’Iran comme menace principale pour le peuple juif.

« L’Iran envoie des menaces de destruction jour et nuit. Nous ne les ignorons pas mais nous ne sommes pas intimidés par elles », a-t-il dit. « Face à l’Iran, notre politique est claire. Sur le plan militaire, nous bloquons les tentatives d’enracinement militaire iranien à nos frontières. Sur le plan politique : pression, pression et encore pression. »

Il a remercié Trump pour sa politique vis-à-vis de Téhéran, pour son retrait du « dangereux » accord sur le nucléaire iranien, le renouvellement des sanctions, et le placement des Gardiens de la Révolution sur sa liste des organisations terroristes.

« Contrairement à ce qui s’est produit pendant la Shoah, nous sommes capables de nous protéger, et nous le ferons, par nous-mêmes », a-t-il dit. « Contrairement à ce qui s’est produit pendant la Shoah, nous construisons des alliances contre des régimes dictatoriaux qui nous menacent. »

« A ceux qui souhaitent notre perte, je leur dis que nous sommes revenus sur le devant de la scène, à une étape historique. Nous avons vaincu nos ennemis dans le passé, et avec l’aide de Dieu, nous vous battrons aussi », a-t-il dit.

Le président israélien Reuven Rivlin durant une cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, le 1er mai 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton/Flash90)

Le président Reuven Rivlin, qui avait pris la parole avant Netanyahu, a évoqué la hausse de l’antisémitisme en Europe, qui, a-t-il dit, « est alimentée par l’immigration, les crises économiques et la désillusion face à l’establishment politique ».

Critiquant indirectement Netanyahu, il a exhorté le gouvernement à repenser les alliances qu’il cultive avec les partis nationalistes en Europe.

« Tous les partis de droite en Europe qui veulent contrôler l’immigration ou protéger leur caractère unique ne sont pas antisémites et xénophobes », a déclaré Rivlin. « Mais les forces politiques dont l’antisémitisme et le racisme font partie du jargon, du patrimoine ou de l’idéologie ne peuvent pas être nos alliés. »

« Aucun intérêt ni considération de realpolitik ne peut justifier des alliances déshonorantes avec des groupes racistes ou des éléments qui ne reconnaissent pas leur passé et leur responsabilité dans les crimes de la Shoah », a-t-il ajouté.

Mais Netanyahu a semblé rejeter cette critique, affirmant que « dans ces mêmes pays dont le sol est gorgé du sang de nos frères et sœurs, [on observe] une appréciation [pour Israël] sans précédent ».

Relatant ses visites dans les centres mémoriels de la Shoah du monde entier, il a déclaré avoir ressenti « l’immense douleur du terrible désastre que nous avons traversé », mais également « l’immense fierté de représenter notre peuple; qui renaît de ses cendres pour devenir une nation indépendante ».

La Marche des Vivants

En dehors d’Israël, des commémorations prendront place dans les communautés juives du monde entier.

En Pologne, où les nazis ont installé leur machine à tuer, plus de 10 000 personnes, juives et non juives, venues de 40 pays différents, marcheront entre les camps d’Auschwitz et Birkenau jeudi, à l’occasion de la 31e Marche internationale des Vivants.

Cette année, le rabbin Israel Meir Lau, ancien grand-rabbin ashkénaze d’Israël et fils de survivants polonais, participera à la Marche.

Plusieurs diplomates américains, notamment l’ambassadeur en Israël David Friedman, sera présent, aux côtés d’Isaac Herzog, le chef de l’Agence juive, mais aucun haut responsable politique israélien, ni polonais n’y assistera.

L’AFP a contribué à cet article.

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