Comment les Juifs kurdes sont arrivés et ont prospéré à Jérusalem
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Comment les Juifs kurdes sont arrivés et ont prospéré à Jérusalem

Une rencontre avec des géologues britanniques avait entraîné un grand nombre de Juifs du Kurdistan à s'installer en Israël en 1990 - faisant forte impression sur ses fondateurs

  • Barashi street à Jérusalem, qui porte le nom d' Yitzhak Barashi, rabbin né au Kurdistan qui a combattu pendant la guerre de l'Indépendance (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Barashi street à Jérusalem, qui porte le nom d' Yitzhak Barashi, rabbin né au Kurdistan qui a combattu pendant la guerre de l'Indépendance (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une ruelle étroite typique du quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une ruelle étroite typique du quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une ruelle étroite typique du quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une ruelle étroite typique du quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Le quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le parc Sacher et Nahlaot à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le parc Sacher et Nahlaot à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une petite tour qui avait été utilisée pendant la guerre de l'Indépendance pour le contrôle aérien dans le quartier Shaarei Rahamim (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Une petite tour qui avait été utilisée pendant la guerre de l'Indépendance pour le contrôle aérien dans le quartier Shaarei Rahamim (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Un hôtel dans un bâtiment datant du début des années 30 sur  Baram street, dans le quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un hôtel dans un bâtiment datant du début des années 30 sur Baram street, dans le quartier Shaarei Rahamim à Nahlaot à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une synagogue sur Barashi Street, à Jérusalem (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Une synagogue sur Barashi Street, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Baram street dans le quartier  Shaarei Rahamim de Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Baram street dans le quartier Shaarei Rahamim de Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Hamadregot street à Nahlaot, à Jérusalem, où s'étaient installés un grand nombre d'immigrants kurdes au début du 20è siècle (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Hamadregot street à Nahlaot, à Jérusalem, où s'étaient installés un grand nombre d'immigrants kurdes au début du 20è siècle (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Kfar Baram street, qui porte le nom d'un ancien village du nord d'Israël, dans le quartier Shaarei Rahamim, à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Kfar Baram street, qui porte le nom d'un ancien village du nord d'Israël, dans le quartier Shaarei Rahamim, à Nahlaot, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La voie étroite Hagalil, située dans le quartier Shaarei Rahamim de Nahlaot, une banlieue de Jérusalem. Un grand nombre des rues de ce quartier portent le nom de villages ou de sites géographiques anciens d'Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La voie étroite Hagalil, située dans le quartier Shaarei Rahamim de Nahlaot, une banlieue de Jérusalem. Un grand nombre des rues de ce quartier portent le nom de villages ou de sites géographiques anciens d'Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le quartier de Nahlaot à Jérusalem, l'un des endroits les plus prisés de la capitale, avait accueilli un grand nombre des premiers immigrants kurdes au début des années 1990 (Crédit :Shmuel Bar-Am)
    Le quartier de Nahlaot à Jérusalem, l'un des endroits les plus prisés de la capitale, avait accueilli un grand nombre des premiers immigrants kurdes au début des années 1990 (Crédit :Shmuel Bar-Am)
  • Hamadregot street dans le quartier Nahlaot de Jérusalem, qui accueillait un grand nombre d'immigrants kurdes israéliens au début des années 1990. La communauté compte aujourd'hui plus de 100 000 personnes (Crédit :Shmuel Bar-Am)
    Hamadregot street dans le quartier Nahlaot de Jérusalem, qui accueillait un grand nombre d'immigrants kurdes israéliens au début des années 1990. La communauté compte aujourd'hui plus de 100 000 personnes (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Quel type de pierres utiliser pour faire du feu ?… A la fin de la Première guerre mondiale, un groupe d’archéologues anglais avait pensé qu’il pourrait trouver le parfait assemblage de silex et d’acier dans les roches de Zacho, une ville située au Kurdistan. Ils s’étaient donc aventurés vers l’est et, alors qu’ils creusaient le sol pour dégager le roc, ils avaient rencontré un groupe de Juifs.

Très excités, ils s’étaient demandé si ces Juifs avaient été amenés à connaître Chaim Weizmann, célébré en Grande-Bretagne pour son rôle crucial dans l’effort de guerre. Et ils avaient interrogé ces hommes pour savoir ce qu’ils pensaient de la déclaration Balfour, dans laquelle le gouvernement britannique avait exprimé son soutien à la fondation d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine.

A l’immense surprise des Britanniques, les Juifs de Zacho ignoraient absolument tout de cette déclaration Balfour. Comme la majorité des Juifs du Kurdistan, ils vivaient une vie simple dans une communauté ethnique resserrée, isolée du monde extérieur et totalement en dehors des affaires du monde. Leurs journées étaient invariablement marquées du même sceau : L’éveil, la prière et le travail de la terre.

Les questions posées par les géologues britanniques avaient toutefois piqué leur curiosité et ils avaient commencé à entrer en contact par courrier avec des Juifs en Angleterre et aussi en Palestine. Et finalement, cette rencontre due au hasard entre des paysans kurdes et des géologues britanniques devait être l’un des éléments qui allaient déclencher une immigration de masse en Terre sainte.

Des immigrants kurdes en Israël, en 1951 (Crédit : Israel GPO/Domaine public)

Mais avant même l’arrivée de Juifs de Zacho en Palestine, il y avait déjà des Kurdes à Jérusalem. Ils s’étaient installés dans des logements temporaires dans la ville aux environs de 1895, en particulier dans un quartier minuscule connu sous le nom de Shaarei Rahamim (les portes de la Miséricorde) dans la banlieue de Nahlaot.

Nahlaot, qui est devenu une zone résidentielle prisée de Jérusalem, consiste en plusieurs douzaines de quartiers minuscules qui sont regroupés entre eux aux abords des murs de la Vieille Ville. Les occupants de chaque petit quartier appartenaient généralement à un groupe ethnique particulier, avec des liens géographiques partagés, des cultes similaires et des traditions communes.

Au cours de ces années et jusqu’au milieu du 20è siècle, Nahlaot avait été habité par des immigrants venus du Kurdistan, du Yémen, d’Iran, de Syrie, par les Juifs d’Urfa – dans le sud de la Turquie – appelés les Urfalim, et par un tout petit nombre de nouveaux arrivants en provenance de l’est de l’Europe.

Les habitants de Shaarei Rahamim, le plus misérable de ces quartiers, vivaient dans des tentes ou dans des gros containers à carburant vides et recouverts de métal. Les conditions de vie y étaient terribles, avec des cuisines installées dans les cours ainsi que des toilettes extérieures improvisées, les eaux usées s’écoulant librement et de toutes parts le long des rues. Et pourtant, les Kurdes avaient conservé la conviction qu’ils pourraient, un jour, construire des habitations plus permanentes et s’y installer.

Rencontre avec Herzl

Inhabituellement imposants et forts, les Kurdes étaient parfois connus pour davantage utiliser leurs poings que les mots. Mais ils étaient également des travailleurs acharnés, très demandés comme porteurs ou travailleurs dans les carrières de pierre à l’époque.

Et ils étaient l’exact contraire des médecins, avocats et autres bureaucrates que côtoyait Theodor Herzl, père du sionisme moderne. Et sa première rencontre avec les Kurdes avait passablement secoué ce dernier.

Hamadregot street dans le quartier Nahlaot de Jérusalem, qui accueillait un grand nombre d’immigrants kurdes israéliens au début des années 1990. La communauté compte aujourd’hui plus de 100 000 personnes (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Cette rencontre avait eu lieu en 1898, à Jérusalem. Herzl se trouvait alors en Palestine pour entrer en lien avec l’empereur Guillaume II, tentant d’obtenir le soutien de l’empereur allemand à un foyer juif. Il logeait alors dans une habitation située à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, avec des amis, une demeure qui, au début du 21è siècle, a été incorporée dans le centre commercial Mamilla de la ville.

Theodor Herzl sur le balcon de l’hôtel Les Trois Rois à Bâle, Suisse, 1897. (Crédit photo : CC-PD-Mark, par Wikigamad, Wikimedia Commons)

Herzl avait aperçu un jour une boîte excessivement lourde qui était posée au-dessus de sa penderie. Il avait demandé à Aharon Hayut, un commerçant qui l’avait accompagné pendant son séjour à Jérusalem, qui avait pu la soulever et la placer là.

Hayut était immédiatement parti à Shaarei Rahamim. Rassemblant quelques hommes, il leur avait demandé d’enfiler des vêtements blancs et de l’accompagner au logement occupé par Herzl.

Herzl avait été sidéré en apercevant ces Juifs, d’une stature bien plus robuste que ce qu’il avait pu voir jusqu’à présent, et il avait immédiatement pris une photo. Il avait déclaré aux hommes que si suffisamment de Juifs comme eux immigraient en Palestine, ils seraient alors en capacité de construire un pays tout entier.

Quelques années plus tard, le premier Premier ministre d’Israël, David Ben-Gurion, avait rencontré des Kurdes dans l’une des implantations du nord du pays et leur avait dit presque exactement la même chose.

La voie étroite Hagalil, située dans le quartier Shaarei Rahamim de Nahlaot, une banlieue de Jérusalem. Un grand nombre des rues de ce quartier portent le nom de villages ou de sites géographiques anciens d’Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Après la Première guerre mondiale, des dizaines de milliers de Juifs kurdes étaient venus en Terre sainte (ils sont aujourd’hui au moins 100 000 à Jérusalem seulement). Un grand nombre devait s’établir à Shaarei Rahamim dont les ruelles courtes et très étroites portent le nom d’anciennes villes de l’Etat juif, comme Kfar Baram, Hazor, and Korazin, ou celui de sites géographiques, comme la Galilée (HaGalil).

La plus petite ruelle s’appelle Yiron, du nom d’une ville biblique offerte à la tribu israélite de Naphtali. Yiron est très célèbre, néanmoins, parce que l’une de ses habitations devait jouer un rôle dans le cadre de la guerre de l’Indépendance israélienne : Pendant le siège de Jérusalem par les Arabes, trois contrôleurs aériens avaient été installés dans une « tour » blanche, sur un toit.

De là, ils avaient eu une vue formidable sur une étendue de terre placée de l’autre côté de la rue (qui est devenue aujourd’hui le parc Sacher) et qui avait servi de piste d’atterrissage improvisée où les avions d’approvisionnement se posaient et d’où les soldats pouvaient décoller ou débarquer. Cette tour est encore visible aujourd’hui.

Fiers de leur héritage

Le ministre du Travail et des Affaires sociales Itzik Shmuli pendant une cérémonie au ministère, à Jérusalem, le 18 mai 2020 (Crédit : Shlomi Cohen/Flash90)

Les immigrants kurdes n’étaient pas restés bien longtemps porteurs ou travailleurs dans les carrières. Certains Kurdes issus de la première et de la deuxième génération ont fait leur entrée en politique – comme c’est le cas du ministre des Affaires sociales et du Travail Itzik Shmuli, dont la mère est Kurde.

D’autres sont devenus généraux, comme le ministre de la Défense Itzhak Mordecai, né au Kurdistan. Les parents d’Idan Amedi, musicien, auteur-compositeur-interprète et acteur connu dans le monde entier, étaient des immigrants Kurdes. Extrêmement fier de ces origines, Amedi termine toujours ses concerts par une chanson interprétée en kurde.

Le chanteur israélien Idan Amedi à Tel Aviv, le 2 juillet 2015 (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

En fait, les Kurdes devaient gagner tellement d’influence qu’ils étaient parvenus à obtenir des autorités le changement de certains noms de rue. Ainsi, HaYarkon, par exemple, a été rebaptisée la rue Barashi en hommage à Yitzhak Barashi, un rabbin d’origine kurde qui s’était battu pendant la guerre d’Indépendance.

La Zalman Barashi Ascent, pas très éloignée, porte le nom du fondateur de la plus importante entreprise de construction de Jérusalem. La Barashi Company avait construit la rue Burma, au sein de l’Israël pré-Etat, qui contournait la principale autoroute menant à Jérusalem, qui était assiégée. La firme de Barashi avait installé des lignes électriques et un système de canalisations d’eau reliant les régions côtières à la Vieille Ville, et nettoyé la zone située devant le mur Occidental pour créer la large place où se rassemblent aujourd’hui les fidèles.

Une section de la rue Agrippas, qui borde Nahlaot, a été rebaptisée du nom du rabbin Shmuel Baruch, célèbre pour ses efforts visant à faire venir les migrants à Jérusalem et à unifier les Kurdes en un seul groupe pour des raisons administratives. Pourtant, après avoir traversé l’Irak et la Syrie alors qu’il se rendait en Terre sainte, en 1925, le rabbin avait failli ne jamais terminer son voyage : Lui et son épouse s’étaient attardés pendant quelques jours dans une communauté juive syrienne où sa belle voix et son érudition de la Torah avaient fait tellement impression qu’il avait reçu une proposition lucrative visant à servir de guide spirituel à une communauté de Syriens en Amérique.

Le quartier de Nahlaot à Jérusalem, l’un des endroits les plus prisés de la capitale, avait accueilli un grand nombre des premiers immigrants kurdes au début des années 1990 (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Heureusement, son épouse, Dvora, l’avait convaincu de rejeter cet offre et de reprendre la route vers Jérusalem. Il est facile de voir que le nom a été changé : Le panneau indicateur de la rue initial est décollé sous le nouveau.

Shaarei Rahamim, au début du 20è siècle, avait toujours été pittoresque, et l’endroit l’est resté malgré les rénovations qui ont pu être réalisées à Nahlaot.

Le quartier semble néanmoins avoir été plus ou moins oublié. Il ne figure pas dans un catalogue exhaustif recensant les toutes premières implantations et il figure pas non plus dans les itinéraires touristiques habituellement proposés.

Egalement absent de la liste, Zichron Ahim, dont la construction remonte à la fin des années 1920 et au début des années 1930, qui jouxte Shaarei Rahamim. Accueillant majoritairement des Urfalim, ce quartier charmant a été construit autour d’une longue volée de marches descendantes – et d’une autre longue volée de marches ascendantes (ou vice-versa : Tout dépendant, bien sûr, de l’endroit où vous vous présentez de prime abord).

Nous sommes extrêmement reconnaissants envers Tal Chenya, conférencier et guide touristique de talent qui nous a fourni la majorité de nos documents sur Shaarei Rahamim. Chenya offre des cours sur internet sur l’histoire de Jérusalem, et présente gratuitement de petites vidéos sur la Ville Sainte sur sa page Facebook.

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais sur Israël.
Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes.

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