Comment un “investisseur” arnaqué par les options binaires a récupéré son argent
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Comment un “investisseur” arnaqué par les options binaires a récupéré son argent

Les entreprises frauduleuses d’options binaires escroquent un grand nombre de victimes dans le monde entier. La plupart ne récupèrent jamais leur argent. Voici comment un ingénieur têtu de Singapour a réussi le quasi impossible

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

La tour Electra, à Tel Aviv, accueille de nombreuses entreprises ayant basé leur activité sur les options binaires. (Crédit : Lior4040/Wikipedia)
La tour Electra, à Tel Aviv, accueille de nombreuses entreprises ayant basé leur activité sur les options binaires. (Crédit : Lior4040/Wikipedia)

Quand Wenxuan Su, 37 ans, ingénieur en semi-conducteurs de Singapour, a perdu 15 900 dollars à cause de la firme d’options binaires SecuredOptions, il a pensé, « je suis bête, mais je ne suis pas stupide. »

Soupçonnant d’avoir été arnaqué, Su est allé au travail, a méthodiquement cherché sur internet, posté sur des forums, contacté la police de quatre pays différents, envoyé un e-mail à toutes les personnes à qui il pouvait penser. Et voilà que, sept semaines après, SecuredOptions lui a rendu tout son argent.

Su a eu plus de chance et a été plus têtu que beaucoup. La majorité des clients qui font des transactions et perdent d’importantes sommes d’argent au profit des compagnies frauduleuses d’options binaires sont assaillis par le désespoir, la honte et le désarroi, sans mentionner l’incapacité à retrouver les personnes qui leur ont pris leur argent.

Ayant perdu 15 900 dollars, Su n’est en aucun cas un gros poisson dans la mare des victimes d’options binaires. Des centaines de milliers, si ce n’est des millions d’entre elles ont été arnaquées par des entreprises corrompues ces dernières années. Ce qui est remarquable, c’est qu’il ait récupéré tout son argent.

Comment a-t-il fait ça ? Il a suivi la trace de l’argent, et a décrit cela sur internet.

« J’ai récupéré tout mes dépôts initiaux », a récemment déclaré Su au Times of Israël. « Donc je peux dire avec soulagement que ma bataille avec SecuredOptions est terminée, et que j’ai gagné. »

Copier Warren Buffett

La saga de Su a commencé en avril 2016, quand il a discuté avec un collègue de Micron Technology à Singapour qui achetait sur le marché boursier.

« Il semblait plutôt réussir à acheter et vendre des actions par lui-même. »

N’en connaissant lui-même que très peu sur le marché, Su a fait des recherches en ligne, et une publicité pour un robot d’auto-investissement appelé « Copy Buffett » (copier Buffett) est apparue sur son écran. La publicité promettait que l’algorithme du robot copiait les stratégies secrètes d’investissement qui avait permis à l’investisseur célèbre Warren Buffett d’amasser sa fortune estimée à 60 milliards de dollars.

Wenxuan Su (Crédit : autorisation)
Wenxuan Su (Crédit : autorisation)

Intrigué, Su a déposé 250 dollars pour utiliser le robot. Peu après, il a été appelé par un représentant de SecuredOptions, qui a promis à Su qu’il pouvait générer des profits fantastiques pour lui s’il déposait 650 dollars de plus. Il aurait un compte géré, où le courtier ferait les transactions au nom de Su, et Su pourrait également investir lui-même. Su a accepté, a envoyé l’argent, et a commencé à gagner des milliers de dollars, au moins sur son écran d’ordinateur.

Encouragé par son courtier, Su a déposé 5 000 dollars de plus, puis 10 000 dollars, jusqu’à un total de 15 900 dollars. (Une autre publicité liée à SecuredOptions présente une vidéo dans laquelle des acteurs prétendant être des experts vantent un algorithme d’investissement, Neo2, qui prétend battre le marché boursier en prédisant les conditions météorologiques.)

« Il m’a dit ‘nous ne vous garantissons pas de devenir millionnaire dans la nuit, mais de faire des profits constants de 5 à 10 % tous les mois’ », a raconté Su.

Son courtier, qui disait que son nom était « James C. Bennet », a dit à Su qu’il lui parlait depuis Londres, mais Su a appris depuis qu’il appelait d’Israël. « James » était amical et fiable, disant à Su qu’il n’était pas né avec une cuillère en argent, et qu’il avait en fait eu trois emplois pour payer les dettes de sa famille avant de devenir millionnaire.

Pendant plusieurs semaines, la plupart des transactions de Su ont réussi, et Bennet a continué de l’encourager à placer plus d’argent. Quand Su a hésité, Bennet l’a exhorté à emprunter à des amis, à prendre un prêt ou à vendre sa voiture.

Extrait d'une conversation Skype entre “James C. Bennet” et Wenxuan Su (Crédit : autorisation)
Extrait d’une conversation Skype entre “James C. Bennet” et Wenxuan Su (Crédit : autorisation)

Mais même si les dépôts de 15 900 dollars avaient prétendument atteint la somme de 23 000 dollars sur son compte, il a reculé.

Un jour, Su a informé Bennet qu’en raison d’engagements financiers antérieurs, il ne pourrait pas placer plus d’argent dans cet investissement pendant les six prochains mois. « C’est à ce moment que notre relation a tourné au vinaigre. »

Bennet a alors mené cinq transactions sur le compte de Su, a déclaré Su, dont quatre ont entraîné des pertes. Il restait à présent 7 449,50 dollars sur son compte. Su a envoyé des e-mails au service conformité et au service comptabilité de SecuredOptions, et à James C. Bennet, pour qu’ils arrêtent immédiatement d’effectuer des transactions sur son compte, et a affirmé qu’il souhaitait retirer son argent.

Un responsable de compte lui a proposé de l’aider à récupérer ses fonds… à condition qu’il place plus d’argent

Mais plusieurs jours après, Su a remarqué que quelqu’un avait placé la plupart de la somme restante sur deux autres transactions, qui ont toutes deux entraîné des pertes. Son compte était descendu à 1 800 dollars.

Su a appelé sur Skype « James Bennet », qui l’a informé qu’il avait été appelé par ses chefs pour une action disciplinaire, et qu’il ne pouvait pas continuer leur relation. Il a envoyé Su vers un autre responsable de compte, qui lui a proposé de l’aider à récupérer ses fonds… à condition qu’il place plus d’argent.

« Je n’ai pas placé plus d’argent. J’ai arrêté immédiatement », a déclaré Su. Il a eu honte d’avoir placé tant d’argent, et s’est lancé dans une action pour tenter de récupérer son argent.

(Le Times of Israël a dévoilé et détaillé les arnaques des options binaires et du forex dans une série d’articles ces derniers jours, en commençant par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv ».

Les firmes frauduleuses prétendent guider leurs clients pour des investissements à court terme lucratifs, mais utilisent en fait plusieurs ruses, dont la manipulation des plate-formes de transaction, pour simplement voler l’argent de leurs clients. L’Autorité des titres israélienne a à présent interdit aux compagnies locales de cibler les Israéliens, mais elles sont toujours libres de cibler des clients à l’étranger.

La France, la Roumanie, le Canada et d’autres pays enquêtent sur les activités des escrocs israéliens dans leurs pays. La police et les autorités judiciaires israéliennes n’ont jusqu’à présent pas pu ou voulu empêcher la fraude, ce qui toucherait des centaines d’entreprises ayant des milliers d’employés en Israël, et brassant plus d’un milliard de dollars par an.)

Les réponses évasives

Su a commence à poster sur un site appelé « Forex Peace Army » (l’armée pacifique du forex), qui dit être un groupe de surveillance interne à l’industrie, qui publie des avis de clients qui ont le sentiment d’avoir été arnaqués. Là, il a trouvé d’autres investisseurs du monde entier qui avaient eu une expérience similaire à la sienne avec SecuredOptions.

Su a ensuite contacté la police de Singapour, qui a déclaré que l’affaire ne relevait pas de sa juridiction, mais qu’elle la transférait aux autorités de protection des consommateurs. Comme SecuredOptions affirmait être à Londres, Su a également contacté la Financial Conduct Authority (FCA, le régulateur des marchés britannique), ainsi que ActionFraud UK, le centre sur le cyber-crime et la fraude national du Royaume-Uni, mais sans résultat. Il a contacté econsumer.gov, un consortium d’agences de protection des consommateurs du monde. Il a même contacté la CFTC américaine, la Commission de régulation des marchés à terme.

Finalement, ayant été informé que SecuredOptions se situait en fait en Israël, il a contacté l’Autorité des titres israélienne (ATI) et la police du pays.

Itzik Shurki de l'Autorité israélienne des titres, responsable de la supervision des plateformes de négociation (Crédit : autorisation)
Itzik Shurki de l’Autorité israélienne des titres, responsable de la supervision des plateformes de négociation (Crédit : autorisation)

L’ATI n’a pas répondu, a déclaré Su. La police israélienne lui a envoyé une réponse automatique suggérant de porter plainte dans un poste de police israélien.

Su a insisté, écrivant à la police israélienne qu’il était citoyen de Singapour, vivant à Singapour, et qu’il existait de nombreuses autres personnes dans son cas, avec qui il était en contact sur internet, qui pensaient avoir été arnaquées par la même compagnie israélienne.

« S’il vous plaît, comment pouvons-nous porter plainte sans être physiquement présents ? »

La police israélienne a répondu : « Merci de porter plainte au poste de police le plus proche de chez vous en soumettant toutes les informations que vous avez. Elle enquêtera sur le sujet avec la police israélienne via Interpol.

Mais Su ne pensait pas que cela arriverait vraiment.

« En introduisant une chaîne si complexe et des obstacles en devant passer par la police locale, puis Interpol, puis la police israélienne, il y a de grandes chances que toute plainte soit perdue ou que certaines autorités soient réticentes à la suivre », a-t-il pensé.

N’abandonnant pas, Su a contacté plusieurs détectives privés et des cabinets juridiques.

Il comptait commencer une action judiciaire locale contre SecuredOptions, a-t-il déclaré.

Finalement, la victoire

« J’étais sur le point d’appuyer sur le bouton (et de lancer une action judiciaire) quand un ‘Mike Jansson’, qui affirmait être le directeur du département juridique de SecuredOptions, m’a contacté le 21 juin », a-t-il déclaré.

Selon Su, « Jansson » a promis que SecuredOptions lui rendrait son argent à condition qu’il supprime tous les commentaires négatifs qu’il avait publiés sur l’entreprise sur différents forums internet. Jansson a également demandé à Su d’annuler une plainte contre la firme auprès de MoneyNetInt, une entreprise de paiement. Su pense que MoneyNetInt a été crucial pour qu’il récupère son argent.

Su avait transféré son plus gros dépôt (10 000 dollars) à SecuredOptions en utilisant MoneyNetInt. MoneyNetInt avait transféré l’argent à une banque polonaise, Bank Millenium, à Varsovie. Le 1er juin, Su avait envoyé une plainte à la compagnie, enregistrée au Royaume-Uni, affirmant qu’elle faisait partie d’un processus qui permettait une arnaque.

MoneyNetInt se décrit comme un « fournisseur de services financiers et de paiement, une institution monétaire électronique autorisée, établie à Londres, Royaume-Uni ». L’entreprise, régulée par la FCA, semble aussi avoir une politique stricte de prévention de la fraude, du blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers, affirmant sur son site internet que « la politique de MoneyNetInt, Ltd. est de prendre des mesures appropriées et raisonnables pour empêcher les individus engagés dans le blanchiment d’argent, la fraude, et d’autres crimes financiers, dont le financement de terroristes ou d’organisations terroristes (ci-dessous collectivement appelés ‘blanchiment d’argent’ d’utiliser les produits et les services MNI. »

‘Restez aussi loin des « investissements » liés aux options binaires que possible’

MoneyNetInt a récemment fait l’actualité parce qu’elle propose des services de paiements à plusieurs entreprises d’options binaires, dont LBinary et NRGBinary, contre qui le cabinet juridique londonien Giambrone a annoncé qu’il préparait un recours collectif aux noms de milliers de clients présumés victimes d’arnaques dans le monde entier.

MoneyNetInt vend ses services aux courtiers d’options binaires pendant des conférences et des foires commerciales du secteur. Elle agit comme entreprise enregistrée en Grande-Bretagne, et une entreprise avec un nom similaire, MoneyNet International Money Transfers Ltd., est enregistrée en Israël. Dans les deux cas, ses directeurs sont Raphael Golan et Yishai Trif, citoyens israéliens, et Leon David Isaacs, citoyen britannique. Il n’y a aucune preuve que MoneyNetInt soit impliqué dans une fraude.

Su pense que MoneyNetInt a pris sa plainte au sérieux et a fait pression sur SecuredOptions pour qu’il lui rende son argent.

« SecuredOptions semblait désespérer », a déclaré Su au Times of Israël. Il a dit que « Jansson » (dont le nom et le titre changeait de mail en mail) lui avait dit que MoneyNetInt retenait une somme équivalente à ce qu’il avait déposé pendant qu’elle enquêtait sur la transaction. « SecuredOptions m’a demandé d’annuler la plainte, et qu’après il me rendrait tout l’argent que j’avais déposé : pas seulement [l’argent transféré] par MoneyNetInt, mais aussi les paiements faits par carte de crédit. »

A la fin du mois dernier, « j’ai récupéré tous mes dépôts initiaux », a-t-il déclaré.

Le Times of Israël a appelé plusieurs fois les bureaux de MoneyNetInt à Londres, mais personne n’a répondu. Le Times of Israël a également appelé SecuredOptions, qui nous a demandé d’envoyer nos questions par écrit, ce que nous avons fait. Au moment de l’écriture de cet article, SecuredOptions n’avait pas répondu.

Le conseil de Wenxuan Su à ceux qui ont perdu leur argent ?

« Restez aussi loin des ‘investissements’ liés aux options binaires que possible. »

Mais si vous avez été arnaqués, « n’abandonnez pas le combat. »

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