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Cornell dénonce les propos antisémites en ligne d’un étudiant, sans l’exclure

Après avoir refusé de travailler pour des Juifs, Austin Franco persiste et les accuse de lui faire vivre un enfer. L'université Cornell condamne ses propos sans le sanctionner

Une femme passant devant un muret en pierre portant l’inscription “Cornell University” à l’entrée du campus, à Ithaca (État de New York), le 14 janvier 2022. (Crédit : Ted Shaffrey/AP).
Une femme passant devant un muret en pierre portant l’inscription “Cornell University” à l’entrée du campus, à Ithaca (État de New York), le 14 janvier 2022. (Crédit : Ted Shaffrey/AP).

JTA — L’université Cornell a condamné les propos antisémites devenus viraux qui ont été tenus par un étudiant de premier cycle qui est passé dans l’émission « Piers Morgan Uncensored » en début de semaine, mais le président de l’établissement a expliqué qu’aucune sanction n’a été envisagée.

Lors de son passage dans l’émission, l’étudiant, Austin Franco, a justifié ses propos de juin dernier selon lesquels il ne voulait pas travailler avec des Juifs, affirmant qu’il n’aimait pas la plupart des Juifs qu’il avait rencontrés. Ces propos avaient été tenus dans un message privé que l’entreprise destinataire avait ultérieurement rendu public.

« En sa qualité d’université bâtie sur les fondations solides des libertés démocratiques de notre pays, Cornell a l’obligation de défendre farouchement la liberté d’expression — même lorsque nous trouvons ces propos abjects », a déclaré le président de Cornell, Michael Kotlikoff, dans un communiqué publié mercredi soir, peu de temps après que la Jewish Telegraphic Agency a sollicité l’établissement pour commenter le cas de Franco.

« Les déclarations publiques de l’étudiant invoquent des généralisations haineuses et des stéréotypes infondés qui s’inscrivent dans une longue et sombre histoire de préjugés », a déclaré Kotlikoff, ajoutant que « l’antisémitisme en général » était « odieux, stupide et en totale contradiction avec les valeurs de la communauté de Cornell ».

Kotlikoff, qui est juif, n’a pas cité le nom de Franco dans son communiqué, invoquant les lois fédérales sur la protection de la vie privée, et n’a pas non plus précisé quelles déclarations de Franco sur les Juifs l’université jugeait répréhensibles.

Ces propos placent une nouvelle fois Cornell en première ligne des tensions liées à l’antisémitisme sur les campus. L’an dernier, l’établissement avait conclu avec l’administration Trump un accord de règlement d’un montant de 60 millions de dollars suite à des plaintes pour antisémitisme, le tout pour obtenir le dégel des 250 millions de dollars de subventions suspendus suite aux troubles survenus sur le campus après le pogrom du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023.

Cornell a été l’une des premières universités visées par des accusations d’antisémitisme après le 7 octobre 2023. L’un de ses professeurs s’était en effet exprimé lors d’un rassemblement pro-palestinien en se disant « ravi » de l’attaque sanglante qui avait été commise par le groupe terroriste dans le sud d’Israël, au cours duquel plus de 1 200 personnes avaient été tuées et 251 prises en otage.

Le dernier incident en date, avec Franco, n’a quasiment rien à voir avec la guerre à Gaza, du moins jusqu’à mardi, date à laquelle l’étudiant a déclaré à Morgan, sur sa chaîne YouTube, qu’il s’opposait aux Juifs en partie à cause d’Israël, qu’il a qualifié de « pays génocidaire ».

La polémique autour de Franco, étudiant admis en troisième année dans cette université de la Ivy League située à Ithaca (État de New York), avait démarré en juin dernier lorsqu’il a écrit, dans une candidature de stage, que cela ne « l’intéressait pas de travailler pour un Juif ».

Son nom et ses propos avaient été divulgués par les cofondateurs juifs de Handshake, la société technologique auprès de laquelle Franco avait postulé pour un stage, même si avait ce dernier affirme avoir déjà décliné une offre.

Ses propos avaient suscité un véritable tollé en ligne — notamment de la part de Leo Terrell, responsable de la lutte contre l’antisémitisme au sein de l’administration Trump, qui avait publié des dizaines de messages au sujet du jeune homme, âgé de 19 ans.

Franco a reçu un important soutien de la part de l’extrême droite, notamment par le biais d’une campagne de financement participatif lancée sur YouTube par un créateur qui a été critiqué pour avoir dit espérer l’apparition d’« un nouvel Hitler ».

Face à Morgan, Franco a fait des allusions positives au mouvement « America First », le courant nativiste mené par Trump et adopté par l’extrême droite.

Piers Morgan interviewe Austin Franco, étudiant à l’université Cornell, devenu viral après avoir déclaré à un recruteur que cela ne « l’ intéressait pas de travailler pour un Juif », le 28 juillet 2026. (Capture d’écran via YouTube via la JTA)

Cornell avait annoncé l’ouverture d’une enquête sur Franco au moment de la révélation de ses propos. Le jeune homme est, par la suite, resté sous les feux de l’actualité après avoir été filmé à son insu lors d’une opération piège d’Accuracy in Media, un groupe d’activistes de droite qui s’en prend aux étudiants et dirigeants universitaires pro-palestiniens jugés antisémites.

La semaine dernière, Franco a déclaré devant une caméra cachée de ce groupe que l’enquête de l’université n’avait pas mené à grand-chose et qu’il retournerait à Cornell.

Invité par Morgan, mardi, à faire part de ses convictions, Franco a affirmé que l’un de ses camarades juifs de l’université Virginia Tech, où il était inscrit avant de venir à Cornell, « disait qu’il faudrait commettre un génocide contre tous les Palestiniens », avant de faire état d’autres « mauvaises expériences avec des Juifs » qu’il aurait eues à l’université, et notamment des Juifs qui auraient « dit des choses fausses sur son compte », ce qui aurait « fait de sa vie un enfer ».

Alors que Morgan le poussait à admettre qu’il était antisémite, l’étudiant a maintenu qu’il ne l’était pas.

« Ne pas vouloir fréquenter des personnes juives ne signifie pas qu’on ne les aime pas », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une de ses ex-compagnes « était à moitié juive ». Revenant sur le sujet d’Israël, un peu plus tard dans la conversation, il a soutenu qu’il s’agissait d’un « pays génocidaire » dirigé par des Juifs qui s’obstinent à vouloir « tuer des Palestiniens et des journalistes et à entraîner l’Amérique dans des guerres à l’étranger ». Il a conclu : « Non, je n’ai pas envie de m’associer à ces gens-là. »

« C’est un sentiment largement partagé », a affirmé Franco. « Si vous pensez qu’il n’y a que moi, vous vous trompez complètement. »

Morgan a, pour sa part, conclu : « Vous vous êtes en quelque sorte rendu inemployable. »

Franco a fait face à des conséquences plus immédiates, comme il l’a annoncé sur X mercredi :

« Mes parents m’ont mis à la porte », a-t-il écrit, ce qui lui a valu des offres de soutien de la part de plusieurs personnalités éminentes de l’extrême droite.

Comme beaucoup d’autres établissements confrontés à des troubles après le 7-octobre, Cornell a pris des mesures pour lutter contre l’antisémitisme sur le campus tout en s’efforçant de préserver la liberté académique, notamment en raison de son accord de règlement avec l’administration Trump.

L’université a mis en place un groupe de travail sur l’antisémitisme et elle a lancé plusieurs initiatives, notamment de nouveaux sondages sur le climat sur le campus et une meilleure application du Titre VI. Elle a également pris des sanctions disciplinaires à l’encontre d’étudiants pro-palestiniens.

Mais en ce qui concerne Franco, un professeur juif de Cornell a estimé que les mains de l’administration étaient liées.

« Il faut faire avec », a déclaré à la JTA Menachem Rosensaft, professeur invité à la faculté de droit de Cornell et ex-conseiller juridique du Congrès juif mondial. « Il exprime une pensée odieuse qui ne porte atteinte physiquement à personne. »

Rosensaft a été au centre d’autres polémiques liées à l’antisémitisme à Cornell, notamment en 2024, lorsqu’il a poussé Kotlikoff à critiquer le projet de cours d’un autre professeur juif sur Gaza — une intervention que le syndicat des enseignants de l’université avait qualifiée d’atteinte à la liberté académique.

Dans le cas de Franco, Rosensaft estime dorénavant que Cornell ne doit pas « faire de lui un martyr du Premier Amendement » mais qu’il pourrait y avoir des motifs de sanction disciplinaire si Franco revenait sur le campus et qu’il tenait des propos contre les Juifs en cours ou dans des espaces publics.

En 2025, Jonathan Greenblatt, PDG de l’Anti-Defamation League, avait rendu hommage au travail de Kotlikoff pour sa « démarche globale de lutte contre l’antisémitisme ». Le porte-parole de l’ADL n’a pas répondu à la demande de commentaire de la JTA concernant la dernière déclaration de Cornell concernant Franco.

Franco a quant à lui lancé une seconde campagne de financement participatif pour payer son logement.

« Je redis que mes parents ne partagent pas mes opinions, et il semble qu’ils ne souhaitent plus me fournir un toit », a-t-il écrit dans le descriptif de la collecte. « Je sais que le chemin à venir sera difficile, mais c’est la voie que j’ai choisie. J’aurais pu mener une vie plus conventionnelle, comme mes parents, et peut-être qu’à une autre époque je l’aurais fait. Mais ce n’est pas le monde dans lequel nous visons aujourd’hui, et pour cette raison, j’ai choisi un chemin différent de la plupart des gens. »

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