COVID-19 : Israël manque de 15 000 enseignants pour diviser les classes
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COVID-19 : Israël manque de 15 000 enseignants pour diviser les classes

La pénurie d'enseignants préexiste à la pandémie et sera difficile à combler, d'autant que le problème est exacerbé par la nécessité de réduire le nombre d'élèves par classe

Illustration : les élèves du lycée Yehud Comprehensive High School passent leur baccalauréat (Bagrut) de mathématiques en anglais, à Yehud, le 8 juillet 2020. (Yossi Zeliger / Flash90)
Illustration : les élèves du lycée Yehud Comprehensive High School passent leur baccalauréat (Bagrut) de mathématiques en anglais, à Yehud, le 8 juillet 2020. (Yossi Zeliger / Flash90)

JTA – Pour l’application du projet de réouverture des écoles en toute sécurité cet automne, Israël doit embaucher 15 000 nouveaux enseignants. Mais cette foire à l’embauche ne commencera sérieusement que la semaine prochaine, avec l’espoir d’envoyer la moitié des éducateurs nécessaires dans les salles de classe d’ici janvier – soit cinq mois après le début de l’année scolaire.

« C’est un effort national », a déclaré jeudi Yoav Gallant, le ministre de l’Éducation du pays. « Cela ne se fera pas en un jour. »

Lorsque l’école rouvrira le 1er septembre, « il ne sera pas possible de fournir une éducation complète à tout le monde », a ajouté Gallant.

Des efforts à plus petite échelle sont déjà en cours pour ramener les Israéliens dans les salles de classe. Mais des tensions émergent, qui suggèrent que la marche à suivre pourrait être semée d’embûches. Le système scolaire du pays est encore sous le choc de sa réouverture difficile au printemps dernier, caractérisée par des dizaines de foyers de Covid-19 dans les établissements scolaires.

Parmi les défis imminents : la résistance des éducateurs israéliens à des programmes de formation accélérés qui risquent de ne pas fournir aux nouveaux enseignants les moyens de faire du bon travail en ces temps particulièrement difficiles.

« Les enseignants ne sont pas des baby-sitters », a déclaré Ruti Anzel, la directrice du Département de l’enseignement primaire de Tel Aviv, à la Jewish Telegraphic Agency. « On n’apprend pas à être enseignant en un instant. »

Israël a rouvert tous les établissements, tous niveaux confondus, en mai. Mais le mois dernier, les responsables ont annoncé qu’ils ne répéteraient pas cette erreur à l’automne. Ils envisagent plutôt de réduire le nombre d’élèves par classe pour les jeunes enfants, et d’autoriser les étudiants plus âgés à assister aux cours en présentiel seulement à temps partiel. Ces deux décisions exigent des enseignants supplémentaires.

Jeudi, Gallant a révélé de nouveaux détails sur son projet : de la maternelle au CE1, les classes rouvriront comme à l’accoutumée, avec entre 30 et 35 enfants par classe, puisqu’ils semblent être la classe d’âge au taux de contagion le plus faible. Les niveaux CE2 et CM1 rouvriront en groupes de 18 élèves maximum, soit la moitié d’une classe ordinaire. Les étudiants plus âgés étudieront par Zoom la majeure partie du temps, sauf deux jours par semaine où ils étudieront en présentiel sous une forme ou une autre.

Le ministre de l’Éducation Yoav Gallant lors de la cérémonie de passation de pouvoir à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Autorisation : Olivier Fitoussi / Flash90)

La semaine prochaine, a déclaré Gallant, le gouvernement commencera à concevoir des programmes de recrutement et de formation des milliers de nouveaux enseignants nécessaires à la mise en place de ce projet. Israël prévoit un budget de 4,2 milliards de shekels pour la réouverture des écoles, notamment pour l’embauche de nouveaux enseignants.

Cet effort centralisé vient s’ajouter à d’autres déjà en cours pour résoudre la double crise du chômage et de la pénurie d’enseignants en Israël, bien antérieure à la pandémie mais exacerbée par la nécessité de réduire le nombre d’élèves par classe.

Rishon Letzion, une ville du centre d’Israël, a annoncé son intention de dispenser l’année qui vient une formation d’enseignant aux résidents sans emploi. L’Association israélienne des pilotes de ligne a annoncé son intention de former certains de ses membres, parmi les près de 950 pilotes en congé sans solde ou sans travail, tant que le ciel reste pratiquement fermé. Une formation d’enseignant gratuite est à l’étude, pour les nouveaux immigrants qui étaient éducateurs dans leur pays d’origine mais ont été découragés d’enseigner en Israël par la bureaucratie de conversion des diplômes.

Le gouvernement a également initié un effort modeste ce printemps pour recycler les travailleurs dont les emplois ont disparu pendant la pandémie afin qu’ils deviennent enseignants.

Des agents de nettoyage désinfectent une salle de classe du lycée Gymnasia Rehavia à Jérusalem, le 3 juin 2020. (Autorisation : Yonatan Sindel / Flash90)

Lorsque Dana Yadlin a rejoint le million de « chômeurs de coronavirus » d’Israël au printemps dernier, quand son emploi dans une organisation à but non lucratif est devenu obsolète, elle a décidé de réaliser son vieux rêve de devenir enseignante. En mai, elle a été sélectionnée avec quelque 400 autres personnes, pour un programme accéléré de certification des enseignants : 3 mois de cours intensifs sur Zoom, financé par le gouvernement.

À la fin du mois d’août, Yadlin et les autres étudiants du programme de formation auront rempli environ 80 % des crédits nécessaires à leur certification. Ils recevront une formation complémentaire, notamment un mentor, pendant l’année scolaire, alors qu’ils enseigneront déjà en parallèle dans leurs propres classes. Ils recevront également une subvention pouvant atteindre 14 000 shekels (4 100 dollars).

« J’ai toujours voulu me réorienter vers l’enseignement, mais la vie ne me l’a jamais permis », raconte Yadlin, qui a deux enfants et dont le mari a été licencié depuis l’apparition du virus. « Je veux trouver un emploi stable, mais je ressens aussi que c’est une mission. Si nous souhaitons que la société israélienne soit plus tolérante, plus compatissante, qu’elle ait davantage de compassion envers les autres, nous devons nous investir. »

Tous les participants du programme de formation accélérée ne semblent pas partager cet enthousiasme. Shirli Bithan, qui a perdu son emploi de manager dans une grande chaîne hôtelière au printemps, a suscité de vives critiques après avoir déclaré à la télévision israélienne en juin qu’elle estimait qu’elle n’avait pas eu le choix ; il lui fallait remplacer son revenu, deux fois plus important que le salaire classique des enseignants israéliens.

« Quelle est l’alternative ? Pour le moment, le revenu dans l’industrie hôtelière est nul », a dit Bithan à la chaîne de télévision. « Soit je n’ai aucun revenu, soit je vais enseigner. »

Sur des groupes Facebook, des éducateurs israéliens sont entrés dans une colère noire. « Je suppose que le statut des enseignants n’était pas assez bas et dévalorisé, il fallait que le ministre de l’Éducation le rabaisse et le piétine encore plus », a répondu Saar Zemach, enseignant de Ramat Gan.

Les salaires des enseignants israéliens en début de carrière – environ 6 000 shekels brut (1 760 dollars) – peuvent être inférieurs au salaire type des serveurs ou du personnel de nettoyage. Le 2018 Global Teacher Status Index (l’indice mondial du statut des enseignants) a révélé que les enseignants israéliens figurent parmi les moins respectés au monde. Selon une enquête publiée par The Marker, un enseignant israélien sur cinq abandonne la profession au cours des trois premières années.

Des élèves ultra-orthodoxes de l’école Bnei Moshe Kretchnif portant des masques faciaux en classe, Rehovot, le 24 mai 2020. (Autorisation : Yossi Zeliger / Flash90)

Les enseignants s’insurgent depuis longtemps contre le fait que les administrateurs de l’éducation n’émanent généralement pas du corps enseignant. Gallant, ministre de l’Éducation depuis mai, était auparavant un commandant haut-gradé de l’Armée de défense d’Israël.

« Ce style très militariste n’est pas adapté à cette crise », a déclaré Tammy Hoffman, directrice de la politique éducative à l’Israel Democracy Institute. « Nous ne sommes pas au front, ce n’est pas une hiérarchie comme à l’armée ou à l’usine. Il y a de nombreux acteurs sur le terrain : la société civile, les parents, les enseignants… Beaucoup de directeurs et d’enseignants ressentent un manque de confiance. »

La pandémie a amplifié cette dynamique. Au printemps dernier, on a demandé aux enseignants de trouver comment parvenir à gérer les élèves qui étaient en classe et ceux qui ont choisi d’étudier de chez eux ; de travailler avec des élèves dont les familles ne disposent pas d’ordinateurs ou d’accès Internet pour leur permettre d’étudier à distance ; et de répondre aux besoins croissants des familles. L’organisation à but non lucratif Elem a rapporté que, à cause des coupes budgétaires qui ont conduit à la fermeture des programmes éducatifs et sociaux pour les jeunes à risque, l’appauvrissement de cette population a augmenté de
57 %.

Certains éducateurs affirment qu’ils préféreraient s’attaquer aux nouveaux défis posés par la pandémie avec le personnel et les ressources déjà présents dans leurs écoles. Anzel, le responsable des écoles de Tel Aviv, a déclaré qu’à l’automne, les enseignants seraient mieux préparés à gérer la logistique et les exigences de l’enseignement en temps de pandémie qu’ils ne l’étaient au printemps.

Liron Filos, une enseignante de CP à l’école Pa’amonim de Raanana, a déclaré qu’en mai, lorsque les écoles élémentaires sont passées à l’apprentissage en capsules, les horaires des enseignants ont été remaniés pour permettre les demies classes. Cela pourrait fonctionner à nouveau cet automne, a-t-elle déclaré.

Les programmes de recrutement du gouvernement, a ajouté Filos, « ne peuvent pas être une sorte de pansement, et ils ne peuvent pas être accessibles à tous. Ils doivent être très, très supervisés ».

Le nouveau programme auquel Yadlin participe pourrait devenir un modèle, a déclaré Rony Ramot, directrice de la formation des enseignants au Séminaire HaKibbutzim à Tel Aviv, qui a accueilli 120 étudiants dans le cadre de ce programme gouvernemental. Elle a noté que, bien qu’accélérée, la formation exige une participation des étudiants environ sept heures par jour, cinq jours par semaine.

Ramot a déclaré que la situation du coronavirus exigeait des solutions créatives pour équiper les écoles d’Israël en personnel. Elle ajoute qu’en toutes circonstances, il est toujours difficile d’être un nouvel enseignant.

« Le processus d’acclimatation à une nouvelle école est toujours très laborieux, l’école est un endroit chaotique », a déclaré Ramot. « Mais nous avons sélectionné des individus qui, selon nous, ont suffisamment de connaissances et seront capables de s’intégrer rapidement dans un nouveau système. »

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