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Décès de Léon Cligman, grand industriel du textile, mécène et résistant français

Ces dernières années, il a fait don de son importante collection d'œuvres d'art à la Région Pays de la Loire, conduisant à la création du musée d’Art moderne de Fontevraud

Léon Cligman, en 2012. (Crédit : Service de presse - Issoudun / CC BY-SA 4.0)
Léon Cligman, en 2012. (Crédit : Service de presse - Issoudun / CC BY-SA 4.0)

Léon Cligman, grand industriel du textile, mécène et résistant français, est décédé le 15 mai dernier à l’âge de 101 ans.

Né Leib Cligman à Tighina, ville de l’ancienne URSS aujourd’hui nommée Bender et située en Moldavie, sa famille a fui les pogroms antisémites en Russie.

Pendant la guerre, en 1941, il est entré dans la Résistance française et est devenu secrétaire du Comité départemental de Libération pour la région d’Issoudun en 1944. À la Libération, il a un temps été maire de cette ville et assuré l’intérim avec les nouvelles institutions.

Formé à l’École supérieure de commerce de Paris, promotion 1938, Léon Cligman a été nommé président (1940), cogérant (1946) puis gérant (1961) de la Confection de l’Indre à Issoudun, entreprise fondée par son père Serge en octobre 1939. En 1955, la Confection de l’Indre est devenue Indreco. Il a été gérant (1958) puis cogérant (1961) de la Manufacture tourangelle de confection, animateur des établissements textiles Lemmel (1960), Duthilleul (1964) devenus Cidel SA (1969), Labrosse et Fils (1964), entités du groupe Indreco qu’il présidait depuis 1989.

Entre-temps, il a aussi été administrateur (1973) puis vice-président (1977-1991) des Nouvelles Galeries réunies, gérant de Devanlay-Recoing (1975-1984), puis président de Devanlay SA (1984-1998), qui possède les marques Lacoste, Scandale, Jil, Orly. À la fin des années 1970, le groupe Indreco-Devanlay employait plus de 40 000 salariés. En 1998, Léon Cligman a vendu Devanlay au groupe suisse Maus pour un montant de 2,9 milliards de francs.

Il s’est ensuite associé à Pierre Bergé, président d’Yves Saint Laurent, pour contrer l’OPA lancée par Maurice Bidermann sur Saint Laurent via le groupe Mendès SA, fondé par Cerf Mendès France en 1902, dépositaire des licences Yves Saint Laurent. Léon Cligman est devenu président de Mendès SA (1989-2000) puis a cédé Mendès au Gucci Group en 2000 (devenu Kering en 2013).

Le géant du textile Indreco a également possédé la marque New Man. Léon Cligman a pris la présidence de New Man en 1986 et le groupe Jacques Jaunet SA a été rebaptisé du nom de la marque. En 2000, il a revendu New Man au groupe Morepeace.

L’homme s’est en outre beaucoup investi dans des activités de mécénat, et a notamment été vice-président de l’Observatoire du patrimoine religieux aux côtés de Bernadette Chirac, administrateur (depuis 1990) et président d’honneur (depuis 2012) de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra national de Paris, ou encore administrateur de la Fondation du patrimoine et du Musée des arts décoratifs de Paris. Il a aussi été vice-président fondateur de la Ligue française contre la sclérose en plaques (depuis 1987).

Il a également tenu des mandats en tant qu’administrateur d’Uniprix, de Printemps SA, de la BNP, de Christian Dior SA, ou encore de Diffusion Rive Gauche – YSL.

Ces dernières années, il a fait don de son importante collection d’œuvres d’art à l’État et à la Région Pays de la Loire. Cette donation de 1 200 œuvres, notamment des peintures de Camille Corot, Henri de Toulouse-Lautrec, Maurice de Vlaminck, des sculptures de César, Eugène Delacroix, Edgar Degas, des dessins de Jean-Baptiste Carpeaux, Kees van Dongen, ou encore des objets d’antiquités (Afrique, Égypte, Grèce, Rome), est à l’origine de la création du musée d’Art moderne de Fontevraud, ouvert en septembre 2021.

Commandeur de la Légion d’honneur, il a été décoré par le président de la République François Mitterrand au Palais de l’Élysée. Il était également Grand-croix de l’ordre national du Mérite, Croix de guerre 1939-1945, Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres et Officier de l’ordre du Ouissam alaouite.

Léon Cligman était marié à Martine Lévy, dite « Martine Martine », artiste peintre et sculptrice, fille des grands collectionneurs Pierre et Denise Lévy, donateurs du musée d’Art moderne de Troyes. Il était le père de l’avocate Olivia Cligman.

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