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Décès de Martine Helene Barda-Meer, survivante d’Auschwitz, à 97 ans

Elle a participé à de nombreuses commémorations de la Shoah et a témoigné dans les écoles du sud de la France autour de son expérience

Martine Helene Barda-Meer. (Crédit : Olivier Barda-Meer)
Martine Helene Barda-Meer. (Crédit : Olivier Barda-Meer)

Martine Helene Barda-Meer, survivante d’Auschwitz, est décédée le 5 août dernier à Nice. Elle était âgée de 97 ans. Ses obsèques ont eu lieu vendredi dernier, à Nice.

Après l’annonce d’une tumeur du pancréas qui la rongeait, elle a décidé avec son fils et ses médecins de s’en aller, mettant fin à ses soins, a rapporté France 3 Régions.

« Elle a dit au médecin qu’elle était égoïste. Le médecin a répondu : ‘Madame, je ne vous connais pas mais j’ai du mal à croire que vous êtes égoïste’ », a expliqué à France 3 son fils Olivier David Barda.

« J’ai été son canal pour expliquer que c’était l’heure de partir, qu’elle avait fait son job et qu’elle pouvait partir tranquille. Qu’elle devait enfin penser à elle… », a ajouté l’homme.

« J’ai passé 4 jours à son chevet à lui parler et, le dernier jour, elle m’a fait un signe pour me dire au revoir. »

Née à Paris le 1er aout 1925, sa famille, dont le père est ingénieur, a des origines ukrainienne et libyenne.

En 1939, face à la menace nazie et à l’antisémitisme, ses parents, elle et son frère ont dû fuir dans l’Eure, puis à Castre et enfin à Nice.

En juin 2021, devant la caméra du Mémorial de la Shoah, elle témoignait : « Ma mère et moi avons trouvé un appartement à Nice, avenue Primerose, où mon père et mon frère nous ont rejoints. Il y avait un pianiste juif dans la villa et on a su qu’on déportait les Juifs étrangers. Mes parents ont eu peur car des gens en dénonçaient d’autres dans ce quartier. On est partis en bicyclette dans un petit village, Gilette, où on pensait être en sécurité. On y a habité, cachés. Mon père ne travaillait pas. Mon frère (Henri-Michel) était parti à Marseille pour ses études de chimie. »

« Un soir vers minuit j’étais couchée. La porte de ma chambre s’ouvre et je vois un Allemand qui crie : ‘Descendez, laissez tout, prenez une couverture, dépêchez-vous !’ Dehors, un car nous attendait avec des Allemands et leurs mitraillettes et des Français qui aidaient les Allemands. »

« Ils nous ont emmenés à l’hôtel Excelsior, près de la gare. On est resté là en essayant de s’échapper en vain », explique-t-elle. « On se disait que, en pleine ville, des gens s’en apercevraient. Je suis enfermée et je ne comprenais pas qu’il n’y ait aucune réaction dans la ville. C’est la première constatation que j’ai fait. Quand nous sommes partis, en rang, vers la gare, j’étais consternée que personne ne nous aide pour s’évader. »

Emmenée au camp de Drancy, elle a ensuite été déportée au camp d’Auschwitz-Birkenau, en territoire polonais. Gardant peu de souvenirs de son arrivée, elle a néanmoins été marquée par les cris, le bruit, l’agitation, les dégradations, la nudité, les maladies et la mort.

Elle n’a jamais retrouvé ses parents à la libération, en 1945.

« Je n’ai pas parlé pendant très longtemps. Les gens posaient des questions et, comme ils n’avaient aucune notion de l’horreur parce qu’ils ne peuvent pas comprendre ce qui est inimaginable, je me suis tue. On était revenu d’un autre monde et je pense que comme moi beaucoup n’ont plus parlé pendant très longtemps », a-t-elle expliqué.

Elle a ensuite retrouvé une tante et son cousin à Sartrouville (Yvelines), avant d’être placée chez son tuteur, un oncle qui vivait à Nice. Elle est ensuite repartie chez une autre tante, à Paris.

En 1947, elle a épousé Raymond Levy – qui deviendrait plus tard le père de l’écrivain Marc Levy –, un grand résistant qui habitait la rue où elle a grandi. Après un divorce, elle s’est mariée à Jacques Barda et ils ont adopté ensemble un fils, Olivier David.

Devenue antiquaire, elle divorce à nouveau et part plus tard s’installer à Villefranche-sur-Mer puis à Nice.

« C’était une force de la nature. Avec une lucidité incroyable qu’elle a conservée jusqu’au bout », a témoigné auprès de France 3 Roger Chaouat, ami de la famille Barda-Meer. « Je garde le souvenir d’une dame qui maniait le second degré, affrontait tout avec beaucoup d’autodérision et d’humour. Martine avait énormément de classe et une élégance exemplaire. »

Elle a participé à de nombreuses commémorations de la Shoah et a témoigné dans les écoles autour de son expérience.

Elle n’a jamais voulu retourner en visite à Auschwitz. « Une fois que vous n’avez plus les Allemands dans un camp, plus la cheminée qui brûle en vous disant que, peut-être, c’est ma mère ou mon père, que les choses ont reverdi parce que la nature reprend ses droits là où il n’y avait que de la pierre… C’est un devoir de témoigner maintenant que les années ont un peu passé, mais y retourner… », a-t-elle déclaré.

Plusieurs responsables politiques du sud de la France lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux.

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