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Des archives déclassifiées témoignent de fortes réserves sur les accords d’Oslo

30 ans plus tard, on découvre que Peres craignait que les Palestiniens ne renoncent pas au terrorisme et fassent moins de concessions et que Rabin avait anticipé son assassinat

La poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, accompagnés de Bill Clinton, après la signature des Accords d'Oslo, le 13 septembre 1993. (Crédit : Vince Musi/The White House/Wikimedia commons)
La poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, accompagnés de Bill Clinton, après la signature des Accords d'Oslo, le 13 septembre 1993. (Crédit : Vince Musi/The White House/Wikimedia commons)

Ce fut l’un des Conseils des ministres les plus retentissants depuis la création de l’État, la plus importante avancée vers la paix israélo-palestinienne et une décision qui allait modifier le cours de l’histoire.

Il donnera lieu à une poignée de main historique, mais aussi à l’assassinat d’un Premier ministre et d’innombrables attentats terroristes.

Un voile vieux de 30 ans a été levé mardi, par la déclassification du compte-rendu (en hébreu) du Conseil des ministres du 30 août 1993 qui approuva la première partie des accords d’Oslo avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Ce compte-rendu ne cache rien des importantes réserves des ministres, du Premier ministre Yitzhak Rabin et du chef d’état-major de Tsahal, Ehud Barak, s’agissant des répercussions de cet accord très controversé sur la sécurité du pays et sa cohésion, mise à mal par les manifestations de grande ampleur de l’aile droite dirigée par le chef de l’opposition de l’époque, Benjamin Netanyahu.

Les ministres décident finalement de donner une chance à la paix en dépit des risques, en l’absence de meilleure alternative. Ils sont seize à voter en faveur de l’accord, deux s’abstiennent.

« C’est un accord difficile », déclare Rabin au début du Conseil des ministres, selon le compte-rendu dont certaines parties resteront classifiées 90 ans après la réunion. « Bien sûr, si nous avions négocié seuls, la formulation aurait été bien meilleure. Certaines formulations sont désagréables, c’est le moins qu’on puisse dire, mais nous devons voir les choses dans leur globalité. »

Rabin estime qu’Israël fait plus de concessions que les Palestiniens et qu’il y a finalement « très peu » d’engagements de la part d’Arafat, sans garantie aucune que les Palestiniens renonceront au terrorisme.

Au cours de ce Conseil des ministres, Rabin critique le mouvement d’implantation en Cisjordanie, qui « complique les choses » et est purement « politique », « sans aucun avantage sécuritaire ».

Le Premier ministre Yitzhak Rabin, à gauche, et son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres lors de la reconnaissance de l’OLP, le 10 septembre 1993, au cabinet du Premier ministre, à Jérusalem. (Crédit : AP Photo/Jerome Delay)

Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Shimon Peres, prend ensuite la parole, soulignant le manque de clarté sur la manière dont les Palestiniens vont éradiquer le terrorisme. Il est d’avis que les dirigeants palestiniens pourraient être démis et remplacés par des éléments plus extrémistes, comme cela s’est produit à Gaza en 2007 lorsque l’organisation terroriste du Hamas a violemment pris le pas sur l’Autorité palestinienne suite au retrait et à l’évacuation des implantations par Israël en 2005.

« Il est possible que l’accord avec l’OLP tombe et que le Hamas instaure une sorte d’Iran à la place, déclare Peres. « Nous devons être prudents. Nous n’avons aucune certitude qu’ils resteront au pouvoir, avec toutes ces rébellions, toutes ces pressions et tout le reste. »

« Nous devons nous demander : mettons que l’OLP disparaisse, que se passera-t-il alors ? Avec qui parlerons-nous ? Sur quoi et avec qui négocierons-nous ? » ajoute Peres.

Les Accords d’Oslo, dont la première partie est officiellement signée avec le dirigeant de l’OLP de l’époque, Yasser Arafat, deux semaines plus tard à Washington, et dont la deuxième partie est signée en 1995, créent l’Autorité palestinienne, qui confère pour la première fois aux Palestiniens une autorité limitée sur la Cisjordanie et la bande de Gaza. Israël reconnaît officiellement l’OLP et ces accords permettent à Arafat et d’autres de se rendre en Cisjordanie depuis la Tunisie.

La première partie des accords d’Oslo prévoit que l’armée israélienne se retire de Gaza et de la région de Jéricho, dans le centre de la Cisjordanie, sauf pour la sécurisation des implantations israéliennes. La deuxième partie dispose que l’armée cèdera le contrôle d’autres zones de Cisjordanie aux forces de l’ordre de l’Autorité palestinienne.

Le chef de l’OLP, Yasser Arafat, écoute une question lors d’une série d’interviews en route pour Washington à bord du Boeing 707 affrété par le gouvernement marocain, le 12 septembre 1993. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

Les deux parties de l’accord font face à l’opposition farouche de la droite israélienne, qui organise de nombreuses manifestations de très grande ampleur contre le gouvernement, au motif que les accords d’Oslo causeront un désastre sécuritaire et donneront aux Palestiniens les armes qu’ils utiliseront contre Israël.

En effet, les attentats terroristes palestiniens se multiplient les années suivantes : des centaines d’Israéliens y perdent la vie, ce qui ravive les tensions internes et la violence verbale, qui échappent à tout contrôle et culminent avec l’assassinat de Rabin en novembre 1995 par un extrémiste juif de droite.

Lors du Conseil des ministres de 1993, la principale opposition à l’accord émane du chef de Tsahal, Ehud Barak, qui sera plus tard un Premier ministre plutôt conciliant. Ce dernier n’a pas pris part à la rédaction des accords d’Oslo et découvre le texte peu de temps avant la réunion.

« J’identifie de très graves problèmes dans la mise en œuvre de l’aspect sécuritaire de cet accord », déclare Barak. « Des policiers palestiniens ont déjà été formés en Jordanie. Ils pourraient créer un appel d’air, allant jusqu’à des personnes ayant des antécédents militaires ou paramilitaires palestiniens.

« Je ne vois pas comment nous pourrons nous coordonner avec la police palestinienne pour introduire des soldats de la brigade Givati dans Jabaliya, à Gaza, pour les déloger », avertit Barak. « Lorsque nous aurons des informations sur des personnes recherchées à Jabaliya ou sur un projet d’attentat terroriste dans l’un des camps de réfugiés, il ne sera pas simple d’agir efficacement. Il y aura toujours un risque que les agents de la police palestinienne sur le terrain informent… les auteurs d’attentats terroristes. »

De gauche à droite : le Premier ministre Yitzhak Rabin, le chef d’état-major de Tsahal Ehud Barak, l’assistant de Rabin, Elyakim Rubinstein, et le directeur de cabinet du Premier ministre, Shimon Sheves, s’entretiennent dans l’une des salles du palais du roi Hussein de Jordanie, à Aqaba, en Jordanie, le 29 septembre 1994. (Crédit : Tsvika Israeli/GPO)

« Je vous rappelle qu’il y aura toujours des éléments extrémistes au sein de la société palestinienne qui voudront saboter cet accord », poursuit Barak.

« Comme dans la société israélienne, mais ce n’est pas de votre ressort », le coupe Rabin, dans une sorte de prémonition de son assassinat, deux ans plus tard, de la main de Yigal Amir, un jeune juif dont l’intention déclarée est de saboter les accords d’Oslo.

Nombreux sont ceux qui estiment que les accords sont à l’origine, entre autres causes, de la deuxième Intifada, longue période d’attentats terroristes palestiniens qui, au début des années 2000, coûtent la vie à plus d’un millier d’Israéliens.

Le gouvernement de 1993 a peut-être été le plus conciliant de toute l’histoire d’Israël, composé essentiellement de membres du parti travailliste au pouvoir et du Meretz, plus à gauche, ainsi que du parti haredi Shas – alors dirigés, comme toujours aujourd’hui, par Aryeh Deri.

Deri, dont une grande partie de l’électorat est de droite, est très défavorable aux accords. Shas quittera ensuite le gouvernement, qui recevra l’appui de deux partis arabes.

Aryeh Deri à la Knesset, le 27 septembre 1993. (Crédit : Flash 90)

« C’est très difficile pour moi de vous parler. Il m’a fallu beaucoup de courage pour venir », déclare le jeune Deri, alors âgé de 32 ans, rappelant l’importance de la paix pour le chef spirituel de son parti, le rabbin Ovadia Yossef. « Nous représentons des électeurs qui sont assez à droite… Ils ont du mal à accepter cet accord. Jusqu’à présent, nous sommes les seuls à avoir fait des concessions, ce que la droite sait utiliser avec beaucoup d’efficacité. »

Deri annonce que les ministres du Shas vont s’abstenir, « non pas parce que nous sommes contre l’accord, mais parce que nous ne pouvons pas endosser la responsabilité de la poursuite des négociations ».

Trente ans plus tard, aujourd’hui membre du gouvernement le plus à droite qu’ait connu Israël, Deri déclare à l’antenne de la Douzième chaine : « Je n’ai aucun doute … après la deuxième Intifada et tout ce sang versé, le rabbin Yossef donnerait aujourd’hui pour consigne de voter contre les accords et de ne pas laisser les dirigeants de l’OLP pénétrer dans notre pays. »

L’Autorité palestinienne est toujours au pouvoir aujourd’hui en Cisjordanie mais les accords d’Oslo qui l’ont créée sont moribonds, car incapables d’instaurer la paix ou du moins d’accroître la confiance entre Jérusalem et Ramallah. Le processus de paix est au point mort depuis 2010, et les possibilités de parvenir à une véritable réconciliation dans un avenir proche semblent bien minces.

Le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu lève le poing alors qu’il s’adresse au plénum de la Knesset, le 30 août 1993, à Jérusalem. Netanyahu a accusé le Premier ministre Yitzhak Rabin d’« avoir trahi la nation » avec ses plans de paix avec les Palestiniens et demandé la convocation d’élections générales. (Crédit : AP Photo/Jacqueline Arzt)

Le compte-rendu contient également un échange qui fait écho aux manifestations de grande ampleur de cette année contre les tentatives du gouvernement Netanyahu de réformer le système judiciaire et à ceux qui estiment que le gouvernement et les forces de de l’ordre sont sur une ligne dure pour les décourager.

Au moment où se tient ce Conseil des ministres, en 1993, une grande manifestation de l’opposition se tient devant les portes closes. La colère gronde et les propos vindicatifs contre le gouvernement Rabin se multiplient. Haim Ramon, alors ministre, déclare : « Nous devons garantir leur droit à manifester en toute légalité, c’est la responsabilité du gouvernement. »

« N’en faisons pas trop », lui répond Rabin.

« Au contraire, il le faut car c’est une question de démocratie. Nous devons permettre aux citoyens de manifester dans la légalité. Les autorités doivent leur permettre de le faire », insiste Ramon.

« Oui, mais pas ce harcèlement incessant », répond Rabin.

« Reste à savoir quelle définition de la légitimité on retient. »

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