Des militants du Labour et un journaliste poursuivent Corbyn pour diffamation
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Des militants du Labour et un journaliste poursuivent Corbyn pour diffamation

Cette décision intervient après que le parti d'opposition a admis avoir fait de fausses allégations concernant sept anciens employés qui tentaient de lutter contre l'antisémitisme

Le dirigeant du Parti travailliste Jeremy Corbyn quitte son domicile à Islington, au nord de Londres, le 16 décembre 2019. (Isabel Infantes/PA via AP)
Le dirigeant du Parti travailliste Jeremy Corbyn quitte son domicile à Islington, au nord de Londres, le 16 décembre 2019. (Isabel Infantes/PA via AP)

Un journaliste de la BBC et plusieurs lanceurs d’alerte qui l’ont aidé à dénoncer la mauvaise gestion des plaintes pour antisémitisme au sein du Parti travailliste britannique l’année dernière poursuivent Jeremy Corbyn, l’ancien chef du parti, pour diffamation, ont rapporté les médias britanniques.

Cela intervient après que le principal parti d’opposition britannique a présenté mercredi des excuses « sans réserve », retiré ses accusations et accepté de verser des dommages et intérêts substantiels aux sept lanceurs d’alerte qui ont poursuivi le parti en justice pour diffamation.

Les sept anciens employés, qui étaient chargés d’enquêter sur les plaintes pour inconduite au sein du parti, y compris d’antisémitisme, ont participé l’année dernière à une émission d’enquête de la BBC visant à déterminer si le Labour s’était rendu coupable d’antisémitisme. Ils ont critiqué le traitement des plaintes d’antisémitisme par le parti, et ont poursuivi celui-ci en justice lorsqu’il a publié une déclaration les décrivant comme ayant « des axes personnels et politiques à broyer ».

Les anciens employés ont également été accusés d’avoir tenté de nuire à Jeremy Corbyn, leader travailliste de l’époque.

L’avocat Mark Lewis, qui représente le journaliste John Ware et les lanceurs d’alerte, a été cité mercredi comme confirmant avoir été « chargé de prendre les dossiers ».

Dans une tribune libre pour le Jewish Chronicle Wednesday, il a expliqué en détails pourquoi il poursuivait Corbyn, et a ajouté qu’il allait également engager des poursuites contre une série de « médias alternatifs et d’individus ».

L’avocat a déclaré que la réaction du Parti travailliste – « imputer un motif malveillant, malhonnête et conspirateur aux réalisateurs de programmes de la BBC » – avait déclenché « une avalanche de mensonges pendant un an de la part d’un flot de blogueurs de gauche, de ‘militants’ des médias, de la faction travailliste Momentum et de médias alternatifs de gauche ».

« À ce jour, les théoriciens du complot pro-Corbyn persistent à répéter leurs mensonges », a-t-il dénoncé. « Ils sont convaincus de la justesse de leurs efforts pour détruire l’émission Panorama de la BBC pour avoir donné une voix aux personnes qui se sentaient victimes d’antisémitisme. »

Pendant ce temps, une campagne de collecte de fonds en ligne a été ouverte mercredi par les partisans de Corbyn pour financer sa défense juridique. La campagne GoFundMe a permis de récolter plus de 130 000 livres (143 000 euros) en deux jours, dépassant de loin l’objectif initial de 20 000 livres.

« Les attaques incessantes contre M. Corbyn, un homme d’intégrité, d’honnêteté et d’humilité, ne peuvent plus durer et nous avons ici l’occasion de lui offrir un soutien pratique », a écrit Carole Morgan, qui a lancé la collecte de fonds.

Le leader du parti du Labour, Jeremy Corbyn, à gauche, donne un verre d’eau au secrétaire d’Etat au Brexit du cabinet fantôme, Keir Starmer, lors d’un événement de campagne sur le Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)

Le nouveau chef du parti, Keir Starmer, s’est engagé à lutter contre l’antisémitisme dans ses rangs. Il essaie de ramener le parti au centre du terrain après le mandat de Corbyn, son prédécesseur de gauche, qui a semé la discorde.

Mark Henderson, représentant du Parti travailliste, a déclaré mercredi à la Haute Cour de Grande-Bretagne que le parti a reconnu que « les affirmations concernant les requérants sont fausses » et s’est excusé auprès du groupe pour les avoir diffamés et avoir diffusé de fausses allégations à leur sujet. « Le Parti travailliste est ici aujourd’hui pour rétablir publiquement les faits et pour présenter ses excuses aux requérants pour la détresse et l’embarras qu’il leur a causés », a fait savoir le parti dans une déclaration lue au tribunal.

Le Labour a également accepté de payer des dommages et intérêts au journaliste qui a réalisé l’émission de télévision, et s’est excusé d’avoir prétendu à l’époque qu’il avait « inventé des citations » et « bafoué l’éthique journalistique ».

Le montant total des dommages et intérêts n’a pas été divulgué. De nombreux médias britanniques l’ont estimé à 500 000 livres (549 000 euros), tandis que le Guardian a indiqué que le parti avait dépensé quelque 600 000 livres (659 000 euros), avec environ 180 000 livres de dommages et intérêts pour les huit personnes.

Corbyn a critiqué cet accord, le qualifiant de décevant. « La décision de régler ces plaintes de cette manière est décevante et risque de donner de la crédibilité à des allégations trompeuses et inexactes sur les mesures prises pour lutter contre l’antisémitisme au sein du Parti travailliste ces dernières années », a-t-il réagi dans une déclaration.

« La décision du parti de présenter des excuses aujourd’hui et de verser des sommes importantes aux anciens employés qui ont poursuivi le parti en justice en rapport avec le programme Panorama de l’année dernière est une décision politique et non juridique », a-t-il affirmé. « Notre avis juridique était que le parti avait une défense solide. »

Le nouveau chef du Labour, Keir Starmer, arrive aux studios de la BBC, à Londres, le 5 avril 2020. (Crédit : Aaron Chown/PA via AP)

L’une des requérantes, Louise Withers-Green, qui travaillait au service des plaintes du parti, a commenté auprès du Guardian qu’un chapitre était en train de se clore avec le retrait de la plainte pour diffamation contre elle et les autres anciens employés, mais que ce n’était « qu’un premier pas pour le parti dans la lutte contre l’antisémitisme ».

« Je ne m’attendais pas à ce que le parti accueille le programme Panorama à bras ouverts. Mais je m’attendais à ce qu’ils assument la responsabilité à long terme de ce qui se passait et qu’ils veuillent vraiment agir. Je ne m’attendais pas à ce qu’on nous traite d’acteurs de mauvaise foi ». Politiquement, « les excuses signifient beaucoup », a-t-elle déclaré, et « personnellement, c’est certainement un tournant ».

« L’antisémitisme a été une tache sur le Parti travailliste ces dernières années », a déploré la formation dans une déclaration mercredi. « Si nous voulons restaurer la confiance de la communauté juive, nous devons faire valoir le changement de direction. »

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